Josh Aronson, l’adolescence comme territoire à partager

Le photographe américain recompose un territoire longtemps façonné par la dureté et la rivalité. Entre intimité, jeu et mise en scène, ses images proposent une autre adolescence: lente, tactile, et poreuse.

Dans « Florida Boys », Josh Aronson explore ce qu’il reste de l’adolescence quand on retire le bruit des écrans et les postures imposées par la société. Pendant cinq ans, entre 2020 et 2025, il a sillonné les routes secondaires de Floride et mis en scène des jeunes hommes dans les forêts, les sources et les marais du Sud. Le photographe parle d’« une série de photographies mises en scène », mais le terme dissimule l’essentiel : Aronson ne cherche pas à fabriquer une fiction, il tente de libérer un espace où la vulnérabilité masculine redevient possible.

La belle image de couverture intitulée Creek, 2024 — une bande de garçons perchés sur un arbre tombant au-dessus d’un étang — semble spontanée, presque saisie sur le vif. Bien sûr, elle a été composée avec la rigueur d’un tableau. « Les images brouillent la frontière entre documentation et fiction », précise t-il. Ce trouble est la clé de la série : l’artiste met en scène des rencontres entre des jeunes qui ne se connaissaient pas et des paysages qu’ils découvrent pour la première fois. La scène n’est pas un souvenir, c’est une promesse.

Josh Aronson, Closely, 2025, archival pigment print, © Josh Aronson.
Josh Aronson, Eclipse, 2025, archival pigment print, © Josh Aronson.
Josh Aronson, Sirens, 2025, archival pigment print, © Josh Aronson.
Josh Aronson, Ophelia, 2025, archival pigment print, © Josh Aronson.

Josh Aronson, contributeur régulier du New York Times entre autres publications majeures, collabore ici avec des groupes de garçons souvent issus de familles immigrées aux États-Unis, ou de fils d’immigrés, appartenant aux communautés créatives de Miami. Il ne cherche pourtant pas à produire un manifeste sur la masculinité : il observe comment la proximité naît entre des inconnus et comment, à travers le simple fait de poser, leurs corps se détendent et apprennent à se connaitre. Les influences sont assumées : la photographie narrative de Justine Kurland et Ryan McGinley, Gregory Crewdson, Jeff Wall, mais aussi le cinéma de coming-of-age et les mythologies floridiennes. L’atmosphère, qui d’une certaine manière rappelle aussi la série Netflix Stranger Things, s’épaissit dans les images de marécages et de sources, où la lumière mêle beauté et danger. « La série explore l’archétype du garçon du Sud américain à travers des scènes de tendresse, de vulnérabilité et de jeu. »

Le geste photographique devient alors un outil pour réécrire un territoire longtemps associé à une masculinité dure, bruissante de rivalité et de solitude. L’expérience prend racine dans la géographie intime d’Aronson : né au Canada mais élevé en Floride, il connaît ces paysages par le corps — la chaleur moite de l’été, le silence menaçant des lacs noirs, la porosité des frontières entre paradis et péril. « Florida Boys se déploie comme une fantaisie ; un Sud fictionnalisé où la masculinité est poreuse, communautaire et sans armure. »

Josh Aronson, Puddle, 2025, archival pigment print, © Josh Aronson
Josh Aronson, Painless, 2025, archival pigment print, © Josh Aronson.
Josh Aronson, Climbers, 2024, archival pigment print, © Josh Aronson.
Josh Aronson, Vast Night, 2025, archival pigment print, © Josh Aronson.
Josh Aronson, Pond, 2025, archival pigment print, © Josh Aronson.

À travers cette écriture visuelle, il laisse entrevoir une autre adolescence : lente, tactile, sans ironie ni performance. Si les garçons de Josh Aronson semblent parfois suspendus, c’est qu’ils incarnent une possibilité — celle d’un Sud qui n’a pas besoin de se durcir pour se tenir debout. En révélant la sensibilité comme une forme de force, la série esquisse un langage où l’intimité n’est pas une faille mais une manière d’être au monde.

« Florida Boys », de Josh Aronson, a été exposée à Miami au mois de novembre 2025. Il est représenté par la galerie Baker–Hall. Plus d’informations sur Josh Aronson sur son site internet et son Instagram.

Josh Aronson, Surrender, 2025, archival pigment print, © Josh Aronson.
Josh Aronson, Creek, 2024, archival pigment print, © Josh Aronson.

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