Julian Lennon, la photographie comme instants sacrés

L’artiste, musicien et humanitaire continue de s’imposer sur la scène photographique à travers son premier beau livre dont le regard rétrospectif, sensible et empathique transparaît de toute part.

« Si l’art est indéniablement subjectif, la photographie offre un lien direct avec l’âme. Pas d’intermédiaire, pas d’interférence. Ce que vous voyez est ce que vous obtenez… » C’est avec ces mots dans l’introduction de Life’s Fragile Moments (teNeues Verlag, 2024) que Julian Lennon résume sans doute le mieux son amour pour le médium.

Ce premier ouvrage capte ainsi tous « les moments fragiles de sa vie », alliant portraits de ses amis célèbres, visages envoûtants d’anonymes, images de nature et paysages désaturés pris lors de ses voyages pour la White Feather Foundation qu’il a fondée. Une parution inaugurale, qui s’est accompagnée de sa première rétrospective, Whispers, au musée Stanze della Fotografia à Venise. Aujourd’hui, les photographies sont visibles et accessibles au public dans sa galerie virtuelle.

Observateur assidu

Son nom n’est familier pour personne. C’est bien l’un des deux fils de John, l’aîné, issu du premier mariage entre l’icône et l’artiste Cynthia Lennon. Auteur-compositeur-interprète, philanthrope, photographe, réalisateur, producteur, conteur pour enfants… Julian Lennon ne cesse de dévoiler ses multiples facettes.

Eze, France, 2012 © Julian Lennon

Ce natif de Liverpool de 62 ans a commencé sa carrière dans la musique avec des titres se hissant rapidement au top des charts, comme Valotte (1984), Too Late for Goodbyes (1985), Saltwater (1991) ou encore I Should Have Known (1998). Mais son attrait pour la photographie s’est très tôt manifesté, en partie grâce au Polaroid SX-70 Land de son père qui l’a fasciné dès ses 10 ans. « J’ai toujours aimé prendre des photos, mais il est vrai que l’appareil de mon père était celui qui me procurait le plus de plaisir, grâce à la satisfaction immédiate de voir l’image se développer en cinq minutes. C’est aussi pour cette raison que la photographie numérique m’attirait. », explique-t-il. 

Sa passion s’est transformée en vocation. Sa première exposition a eu lieu des années plus tard, en 2010, avec Timeless à la Morrison Hotel Gallery de New York. « J’ai eu l’impression d’avoir une attaque dès le premier soir de l’exposition ; je m’attendais à être critiqué, car je pensais que la scène artistique allait s’en prendre à moi, musicien débutant dans le monde de la photographie. Mais j’ai été très agréablement surpris par l’accueil. Les critiques ont été fabuleuses. Les fans étaient adorables et c’était incroyable de revoir mes amis et ma famille, que je n’avais pas vus depuis des années, venus me soutenir. » 

Depuis lors, Julian Lennon multiplie les expositions et « Life’s Fragile Moments » en est une première consécration. « J’ai toujours rêvé d’un livre de photographies d’art. J’ai tenté à plusieurs reprises et soumis l’idée à plusieurs éditeurs, mais ils sont toujours revenus avec peu, voire pas, d’enthousiasme, jusqu’à ce que teNeues me contacte. J’étais ravi de l’idée, car le timing semblait parfait : lancer le livre en même temps que l’ouverture de ma rétrospective. Et les deux se sont avérés totalement compatibles sur le plan créatif. »

Montreal, Canada, 2017 © Julian Lennon

Vision du monde et de l’intime

Au fil des 240 pages, les images nous transportent dans les paysages et les villages d’Afrique, les déserts d’Amérique, les panoramas marins d’Europe, les peuplades d’Amérique du Sud, les villes de New York, Los Angeles, Berlin, Saigon, Paris, ou encore le bleu turquoise des Caraïbes.

Le livre se ponctue également de visions nuageuses méditatives, de textes courts, personnels et poétiques, et bien sûr d’une myriade d’artistes du monde de l’art, de la musique et de la photographie, comme Ai Wei Wei, Bono, Sting, Paul Buchanan, Henry Diltz, Timothy White, Mick Rock, Courtney Love, Lana Del Rey, son demi-frère Sean Ono Lennon… « Chaque personne ici est spéciale pour moi à sa manière, mais parmi celles mentionnées dans le livre, celles qui me sont les plus proches sont mon frère Sean et mon plus vieil ami d’enfance Justin Clayton, ainsi que feu Mark Spiro, un ami cher et un collaborateur pendant de nombreuses années. »

Provence, France, 2023 © Julian Lennon
Uruguay, 2024 © Julian Lennon
Corse, France, 2023 © Julian Lennon

De « Whispers » à « Life’s Fragile Moments », cet amoureux du road trip concilie ainsi toutes ses passions, offrant un large spectre de son travail artistique dans une diversité de styles entre noir et blanc, pastel et sépia. Il en va de même dans ce jeu d’ombres et de lumières qui laisse filtrer ces instants d’humanité. En couverture du livre ? Charlene Wittstock se préparant à épouser le prince Albert II de Monaco. « Avec l’éditeur, nous avons trouvé qu’elle faisait écho au titre et au thème général du livre. Je trouve aussi très intéressant que beaucoup ne se rendent pas compte que je suis sur la photo. », confie-t-il avec humour.

L’humanitaire en point d’orgue

Si la photographie s’est construite au fil du temps, son attachement à l’environnement, à la planète et à l’humanitaire s’est concrétisé activement en 2007. Julian Lennon devient philanthrope et crée La White Feather Foundation, axée sur la préservation des cultures autochtones.

« Mon père m’a dit un jour que s’il venait à décéder, s’il existait un moyen de me faire savoir qu’il irait bien – ou que nous irions tous bien –, le message me parviendrait sous la forme d’une plume blanche. Puis, un événement m’est arrivé, alors que j’étais en tournée avec l’album Photograph Smile en Australie. Iris, une aînée de la tribu aborigène des Mirnings, m’a offert une plume blanche, ce qui m’a coupé le souffle. Après l’avoir reçue, j’ai su que cette initiative ferait partie intégrante de mon destin. »

Ethiopie, 2014 © Julian Lennon
Japon, 2019 © Julian Lennon

Aujourd’hui, la fondation a élargi son action dans trois autres domaines : l’eau propre, l’environnement, ainsi que l’éducation et la santé. Se joint à cette démarche la bourse Cynthia Lennon, lancée en 2015, à la mémoire de sa mère. En dix ans, 75 aides ont été accordées à des jeunes filles de sept pays.

Dans l’intervalle, Julian Lennon continue d’embrasser d’autres formes d’expression. Il est aussi auteur pour enfants (trilogie Touch the Earth sur l’écologie) et réalisateur de documentaires (Kiss the Ground et Common Ground sur l’impact positif de l’agriculture régénératrice). Il reste cependant avant tout un homme engagé. « Nous vivons dans un monde « connecté » grâce à la technologie, mais nous sommes de plus en plus déconnectés de l’essentiel. L’avenir de l’humanité dépend de la bonne santé de nos sols et de nos océans, et plus nous sommes connectés à la planète Terre, plus il est facile de la protéger de nouvelles atteintes pour les générations à venir. »

Toujours à la croisée des disciplines

Celui qui a été l’inspirateur d’un des hits les plus légendaires des Beatles, Hey Jude, écrit par Paul McCartney pour lui quand il était enfant, a marqué son retour à la musique après dix ans d’absence avec Jude, son dernier album en 2022. Son œuvre sans doute la plus introspective, liée à son héritage, ses blessures intérieures, son existence. « J’ai pris possession de Jude avec le titre de mon album, et surtout lorsque j’ai légalement changé mon nom par acte uninominal en 2020 pour Julian, inversant ainsi mon deuxième prénom, comme à la naissance, au premier, qui était à l’origine John. »

Europe du sud, 2012 © Julian Lennon
Nevada, USA, 2014 © Julian Lennon

En 2025, ses actualités restent plurielles. À commencer par son exposition photographique Whispers Too pendant la Design Milan Week en avril dernier, retraçant son parcours artistique à travers certaines œuvres de sa rétrospective vénitienne. 

Côté musique, si son collaborateur de longue date, Gregory Darling, a sorti le morceau A New Dream, avec lui au chant, Julian Lennon se concentre désormais sur les singles et les EP. « Créer un album est un travail intense et long, et même si j’ai assez de matériel pour en enregistrer plusieurs autres, je préfère largement le format des singles et des EP. La consommation musicale est différente de ce qu’elle était à mes débuts. Si le vinyle fait un retour bienvenu, les habitudes d’écoute sont davantage ancrées dans l’instant présent. » 

Homme discret, artiste protéiforme et créateur à part entière, Julian Lennon poursuit ainsi sa route photographique, musicale et humanitaire. « Ma vie et ma carrière sont en constante évolution. Je suis toujours impatient de découvrir de nouveaux endroits et de partager de nouvelles expériences, tant sur le plan personnel que créatif. »

Whispers est à voir en galerie virtuelle
Life’s Fragile Moments, est disponible aux Éditions teNeues Verlag au prix de 70 €.
Le site officiel de Julian Lennon

Venise, Italie, 2013 © Julian Lennon

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