Lulu en dentelle verte et résille, 2025. © Roe Ethridge 2026 avec l'aimable autorisation de Loose Joints
EN IMAGES

Lascif (et tant mieux)

Dans Rude in the Good Way, le photographe américain Roe Ethridge orchestre une collision jubilatoire entre glamour commercial, instantanés égarés et érotisme frontal dans un bricolage visuel incendiaire.


By Guénola Pellen. Photos by Roe Ethridge.

Moi et les chaussures de Lulu à Church Mouse, 2025. © Roe Ethridge 2026, avec l'aimable autorisation de Loose Joints
Glace dégoulinante sur un sachet de persil, 2025. © Roe Ethridge 2026 avec l'aimable autorisation de Loose Joints

Roe Ethridge, né en 1969 à Miami, œuvre depuis deux décennies entre commandes publicitaires (Calvin Klein, Chanel, Louis Vuitton) et projets d’art. Il érige ici un théâtre des désirs où natures mortes luxueuses ou lubriques côtoient peintures et vanités dans une confusion délibérée des genres.

Chanel n° 5 de 1924 sur plateau de perles et damier miroir, 2025. © Roe Ethridge 2026 avec l'aimable autorisation de Loose Joints
Lulu avec culotte à nœud rose, 2025. © Roe Ethridge 2026 avec l'aimable autorisation de Loose Joints

Les images hyper-composées de l’actrice Lindsay Lohan dialoguent avec des clichés désinvoltes de Lulu Sylbert, l’écrivaine et collaboratrice de Roe Ethridge, dont le corps dénudé oscille entre complicité créative et imagerie libidinale. Le couple interroge ainsi les rapports de pouvoir inhérents à la photographie érotique, comme dans Lulu in Green Lace and Fishnets (2025), où la mise en scène emprunte aux codes de la pin-up.

Les pieds de Louise et le cordon téléphonique, 2015. © Roe Ethridge 2026 avec l'aimable autorisation de Loose Joints

 

Myla en t-shirt rayé, 2008. © Roe Ethridge 2026 avec l'aimable autorisation de Loose Joints

L’artiste traque également le studio érotiquement chargé du peintre John Currin, captant des fragments irrésolus qui télescopent peinture et photographie dans une méditation sur les échanges romantiques et artistiques. Son regard ausculte ces zones de friction où l’image commerciale, éditoriale et artistique se heurtent.

Nœud rouge sur tabouret bleu, 2025. © Roe Ethridge 2026 avec l'aimable autorisation de Loose Joints
Lindsay avec un fusil à air comprimé, 2019. © Roe Ethridge 2026 avec l'aimable autorisation de Loose Joints

Le livre agrège des autoportraits sarcastiques, des captures d’écran de webcams météorologiques et des rappels constants à l’univers visuel que Roe Ethridge édifie depuis vingt ans — un monde photographique qui refuse toute assignation, où chaque fragment interroge : qu’est-ce qui est grossier, qu’est-ce qui ne l’est pas ?

Décapotable rouge dans le canal, 2022. © Roe Ethridge 2026 avec l'aimable autorisation de Loose Joints
Petit écolier LU moitié fondu, 2025. © Roe Ethridge 2026 avec l'aimable autorisation de Loose Joints

C’est le cas de l’image LU Cookie Half Melted (2025), où la sensualité du chocolat fondant étalé sur un tissu sombre, à la frontière entre le food porn et le clin d’œil aux natures mortes et autres vanités du 17e siècle aiguise notre appétit scopique.

Dans le studio de John Currin, 2008. © Roe Ethridge 2026 avec l'aimable autorisation de Loose Joints
Lila dans les vagues à Rockaway Beach, 2025. © Roe Ethridge 2026 avec l'aimable autorisation de Loose Joints

Le photographe raffine ainsi son univers jusqu’à ce point critique où désir, consommation et mise en scène de soi se superposent si complètement qu’ils deviennent indiscernables. L’image alors vacille, teste nos limites, sonde ce qui nous stimule et ce qui nous révulse.


Rude in the Good Way de Roe Ethridge est publié par Loose Joints et disponible au prix de 46€.

La série accompagne une exposition personnelle de Roe Ethridge à la galerie Gagosian d’Athènes, visible jusqu’au 7 mars 2026.

Vous avez perdu la vue.
Ne ratez rien du meilleur des arts visuels. Abonnez vous pour 7€ par mois ou 84€ 70€ par an.