Le dictionnaire amoureux de Douglas Kirkland 

Composé par l’amour de sa vie, Romance présente une sélection de clichés sensuels signés du photographe des légendes du cinéma.

De retour d’un vernissage, peu après la disparition de son mari, Françoise Kirkland ne pleure pas : elle ouvre ses archives. « J’ai compris que mon désespoir ne venait pas seulement de l’absence de Douglas, mais de la certitude qu’il ne prendrait plus jamais de photographies », écrit-elle.

« Ses images possèdent une chaleur et une humanité rares ; elles relèvent moins de l’amour que du romantisme, cet état émotionnel intensifié », commentent le réalisateur Baz Luhrmann et sa femme Catherine Martin, qui ont bien connu le photographe canadien, décédé en 2022 à Los Angeles.

Feuilletant l’ouvrage, on découvre Elizabeth Taylor et Richard Burton enlacés à Paris en 1964. Leurs visages sont si proches qu’on devine leur souffle mêlé – lui, le regard aimanté vers elle ; elle, paupières closes, abandonnée. L’image de cette passion volcanique, qui ferait presque rougir, a été choisi pour faire la couverture du livre.

Elizabeth Taylor et Richard Burton,1964. © Douglas Kirkland

Plus loin, Marilyn Monroe apparaît allongée dans des draps blancs. Pour photographier la star à son apogée, en 1961, sur le tournage du film An evening with Marilyn Monroe, le photographe s’est placé à même le sol, légèrement en-dessous d’elle, pour un effet de contre-plongée. De cette série de 55 clichés pour Look Magazine, qui l’ont rendu célèbre, émane une étonnante douceur.

Passé par l’atelier d’Irving Penn, Douglas Kirkland avait compris que le génie photographique résidait dans l’épure. Pour la séance avec Marilyn Monroe en 1961, un seul élément fut exigé : « Un lit avec des draps en soie blanche. » Françoise Kirkland assume pleinement la subjectivité érotique de ces images. « La tension érotique qui fait naître le désir est quelque chose de physique – oui, très physique – et pourtant aussi mental. » affirme-t-elle sans ambages. « Contempler mon amant à son insu, le désirer et l’admirer tandis qu’il se livre à sa passion, m’ôte le souffle. »

Marilyn Monroe, Autoportrait, Hollywood, 1961. © Douglas Kirkland


Le livre déroule ainsi son vocabulaire sentimental. On y voit Kate Winslet et Leonardo DiCaprio, enlacés sur le tournage de Titanic, mais aussi Nicole Kidman et Ewan McGregor dansant devant une Tour Eiffel de studio pour Moulin Rouge. Et Paul Newman et Joanne Woodward à Beverly Hills, en 1980 dans une complicité rayonnante.

Co-éditrice, Sarah Menahem qualifie l’ensemble de « dictionnaire joyeux de l’amour ». L’un des clichés les plus amusants du livre est probablement celui de Peter Sellers braquant son objectif sur Britt Ekland depuis une Fiat 500 rouge cerise devant le Colisée. Les deux acteurs, alors mariés, tournaient Paparazzo à Rome en 1965 – lui photographe amateur passionné, elle muse consentante filant en scooter.

Douglas et Françoise, selfie à L’Hôtel, Paris, 1972. © Douglas Kirkland
Peter Sellers et Britt Ekland, Rome, 1965. © Douglas Kirkland

Un autre, tout aussi étonnant, représente Tom Hanks portant Daryl Hannah, habillée en sirène aux écailles nacrées pour le film Splash. Un autre encore voit Grace Jones, le corps peint par Keith Haring, surgir du studio comme une divinité nocturne. Un cliché en particulier amuse Françoise : un autoportrait pris à Paris, en 1972. « Nous préparions un sujet pour un magazine sur L’Hôtel parisien, jadis dernier refuge d’Oscar Wilde, reconverti en adresse prisée du Tout-Paris au tournant des années 1970. »

L’appareil est posé au pied du lit, la télécommande cachée sous les draps. « Douglas faisait des selfies bien avant que le mot n’existe », raconte-t-elle. La scène est à la fois légère et surprenante de par son intimité. « C’est un souvenir tendre. » Quand on lui demande si Douglas la photographiait vraiment chaque matin, comme le veut la légende, elle temporise avec humour : « S’il m’avait réellement photographiée tous les matins, cela représenterait plus de vingt mille images. »

Pam Dawber et Robin Williams, Hollywood, 1979. © Douglas Kirkland
Daryl Hannah et Tom Hanks, Hollywood, 1983. © Douglas Kirkland

Ces images pourraient-elles être incorporées son prochain projet, « Muse », consacré aux femmes photographiées par Douglas ? « Je les ai toutes gardées, mais je doute que le monde brûle d’envie de les voir. »  Romance, quant à lui, se clôt sur ce que Françoise Kirkland décrit comme « la volonté de s’abandonner corps et âme. Se sentir sauvage, insouciante, le cœur plein de contradictions, plein d’amour — c’est un état de grâce. »

Son livre ne regarde jamais en arrière. Il célèbre l’amour au présent de l’éternité. « Plein les yeux. Plein la tête. Plein le cœur. Plein le corps. »

Romance, par Françoise Kirkland et Sarah Menahem, avec les photographies de Douglas Kirkland, est publié chez Damiani et disponible au prix de 50 €.

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