Durant 60 ans, Bruce Davidson a réalisé une quantité impressionnante de photographies couleur, aussi remarquables que peu connues.

Pacific Coast Highway, 1993 © Bruce Davidson, avec l'aimable autorisation de Steidl

Selon Bruce Davidson, son sens de la couleur prend naissance en 1949, alors qu’il est adolescent. Employé, à l’époque, dans un magasin de matériel photographique local, il fait la connaissance de Al Cox Jr., un photographe commercial travaillant dans la ville d’Oak Park, dans l’Illinois. Cox invite Davidson à l’assister dans diverses tâches, notamment le processus minutieux du tirage couleur dans la chambre noire : « A dix-sept ans, cela m’a laissé une impression indélébile », écrit Davidson dans Bruce Davidson: In Color, qui vient d’être réédité pour la première fois depuis cinq ans.

Dans les années 1950, après avoir obtenu son diplôme du Rochester Institute of Technology, Davidson entre dans le département de design de l’université de Yale. Là, il fait la connaissance de l’artiste et professeur Josef Albers, l’un des plus grands théoriciens de la couleur au XXème siècle. « Son enseignement a eu un impact sur moi, à l’époque, mais la couleur ne représentait pas encore un mode de vie à mes yeux », écrit Davidson.

Lower East Side, 1957 © Bruce Davidson, avec l'aimable autorisation de Steidl
New York Harbor and the Statue of Liberty, 1985-1986 © Bruce Davidson, avec l'aimable autorisation de Steidl

En 1957, après deux ans de service dans l’armée américaine, Bruce Davidson revient à New York pour reprendre sa pratique de la photographie. Attiré par l’atmosphère « vieux monde » de Lower East Side, Davidson découvre les liens communautaires qui unissent les vendeurs poussant leurs charrettes, les tailleurs et les commerçants, des gens tels que son grand-père, qui avait émigré de Pologne à l’âge de 14 ans. Et les photographies que Davidson réalise à l’époque montrent la ville telle qu’elle était alors, marquée par la culture des immigrants qui s’étaient établis à New York.

Les couleurs de la vie

Peu de temps après avoir rejoint Magnum Photos, Bruce Davidson réalise sa série phare, « Brooklyn Gang », une chronique de la vie des « Jokers », des adolescents blancs mécontents de leur sort et luttant pour trouver leur voie, en cette fin des années 1950. Alexander Lieberman, directeur de la création chez Vogue, remarque le talent particulier de Davidson pour saisir la beauté, et invite le jeune photographe à se charger de la photographie de mode pour le magazine.

Vogue Fashion 1960-1964 © Bruce Davidson, avec l'aimable autorisation de Steidl
Wales, 1965 © Bruce Davidson, avec l'aimable autorisation de Steidl

Plus tard, Vogue confie à Bruce Davidson la mission de « photographier le Shah d’Iran avec sa famille dans la luxueuse Diamond Room du Marble Palace », rapporte-t-il. « Mais nous étions constamment escortés par une camionnette pleine de gars baraqués qui m’observaient, tandis que je prenais des photos des tapis persans, fraîchement lavés dans le ruisseau, et mis à sécher sur des pierres chaudes. »

Bruce Davidson joue de la couleur comme d’un instrument de musique. Ses photographies sont tantôt des symphonies majestueuses, pénétrées de joie, tantôt des mélodies lugubres ou mélancoliques. En 1965, il photographie Diana Ross & The Supremes pour les magazines Esquire et le Sunday Times – et ces images, élégantes autant que paisibles, témoignent d’une approche très personnelle de la beauté, de la forme, du rythme et de la grâce.

Martha’s Vineyard, 1979-1988 © Bruce Davidson, avec l'aimable autorisation de Steidl

A travers ce livre, Davidson fait la preuve que la photographie couleur peut contribuer à façonner et améliorer notre compréhension de la vie. En 1963, tandis qu’il photographie Caernarfon Castle pour le magazine Holiday, Davidson se rend pour son propre compte dans une région minière du Sud. Là, il fait la connaissance du poète Horace Jones, qui le conduit dans le bassin houiller. Le photographe y réalise des images inoubliables, témoignant d’une persévérance à toute épreuve, et fait une découverte : « J’ai compris que la couleur pouvait articuler toute la dureté de la vie, et que le noir et blanc n’y parvenait pas toujours. »

 

Par Miss Rosen

Miss Rosen est auteur. Basée à New York, elle écrit à propos de l'art, la photographie et la culture. Son travail a été publié dans des livres et des magazines, notamment Time, Vogue, Artsy, Aperture, Dazed et Vice.

 

Bruce Davidson: In Color, publié par Steidl, $85.

 

Chicago, 1989 © Bruce Davidson, avec l'aimable autorisation de Steidl
Central Park, 1991 © Bruce Davidson, avec l'aimable autorisation de Steidl

 

Lire aussi : Erwin Blumenfeld : la photo de mode à l’épreuve du dadaïsme

 

Article précédent Article suivant