Avec la série « Sibadala Sibancane », la photographe Lebogang Tlhako évoque les liens qu’elle entretenait avec sa mère dans des collages où mode et nostalgie se côtoient.

Sibadala Sibancane © Lebogang Tlhako

Expression familière utilisée en zoulou (l’une des onze langues officielles d’Afrique du Sud)  pour signifier que vous n’êtes pas certain de l’âge d’une personne à en juger par son apparence, « Sidabale Sibancane » qui signifie nous sommes vieux, nous sommes jeunes, est le titre de l’exposition de l’artiste sudafricaine Lebogang Tlhako présentée aux rencontres d’Arles 2021. Lauréate de la bourse de recherche curatoriale – projets Afrique des Rencontres d’Arles et de l’Institut français, la commissaire d’exposition Fulufhelo Mobadi qui avait été photographe avant d’être curatrice, a comme projet de représenter les femmes noires dans l’industrie de la photographie « où notre place est vraiment minuscule » déclare-t-elle dans un entretien donné à l’institut français.

Créée dans le cadre du programme de l'incubateur The Market Photo Workshop, la série « Sidabale Sibancane » qui d’abord avait été montrée sur des tote bags (la photographe souhaitant s’éloigner de la forme traditionnelle d'affichage d'images) a finalement trouvé sa place dans une salle d’exposition. À travers ces collages qui superposent les images d’archives tirées de sa mère à des paysages ou des portraits découpés d’enfants issus de sa propre communauté, la photographe dresse un portrait intime où elle fait revivre cette nostalgie qui lui est chère. « La nostalgie est la principale motivation derrière ce projet tourné sur pellicule pour lui donner cet élément intemporel », dit la photographe. 

Sibadala Sibancane © Lebogang Tlhako
Sibadala Sibancane © Lebogang Tlhako

Très portée par la mode, Lebogang Tlhako est actuellement membre de l’équipe éditoriale de The Nice Magazine, une revue qui offre un espace aux voix et aux œuvres créatives des artistes d’Afrique dont le troisième numéro est justement consacré à l’Afrique du Sud. Ce n’est pas un hasard pour celle qui petite, aimait découper des pages de magazine ou de choses qu’elle aimait. « C’était thérapeutique », avoue-t-elle. En parallèle de son travail de photographe, Tlhako tient deux comptes Instagram : Sisterbozza où elle partage des photographies des vêtements et des bijoux qu'elle vend en ligne, et Sho Ngwana où elle réalise, en duo avec l’artiste Natik Gobe, différentes séries photographiques. 

Toutes prises en 35 mm, les photographies de cette série évoquent la relation qu’elle entretenait avec sa mère et la façon dont celle-ci a façonné et influencé la jeune fille, comme les tailleurs de sa mère toujours rangés dans un coffre qui lui inspirèrent plusieurs photographies. « Une autre influence a été l’album photo de ma mère et les textiles de sa garde-robe. J’aimais aussi parcourir l’album photo de ma grande sœur qui avait des photos découpées de fleurs qu’elle alignait avec celles des vêtements et des images. » Avec « Sidabale Sibancane », la photographe reconnecte avec son enfance, sa famille, ses premiers émois, tout en s’appropriant son histoire. « C’est une exploration de soi », dit-elle à propos de ses images qui pourraient composer son album photo à elle.

Sibadala Sibancane © Lebogang Tlhako

Par Sabyl Ghoussoub

 

« Sidabala Sibancane », de Lebogang Tlhako, Jardin des voyageurs, Arles. Jusqu'au 26 septembre 2021 (Rencontres d’Arles 2021).

Lire aussi: L’afrosurf : retour aux sources

 

 

 

 

 

 

 

Article précédent Article suivant