Cette semaine, le Grand Palais rouvre ses portes de verre aux photographes, collectionneurs et passionnés venus du monde entier. Après une période de rénovation, la foire retrouve pour la deuxième année son écrin historique, réaffirmant son rôle central de lieu de rencontre du monde photographique. Sous la vaste nef de fer et de verre, 179 galeries et 43 éditeurs dessinent une carte vivante du médium — des pionniers du 19e siècle aux expérimentations les plus audacieuses d’aujourd’hui.
Pour ses directrices Florence Bourgeois et Anna Planas, l’édition 2025 marque un renouveau. La nouvelle scénographie, expliquent-elles, propose un « parcours séquencé qui raconte une histoire de l’image ». Pensée comme une série de rencontres — entre artistes et commissaires, collectionneurs et nouveaux venus, passé et avenir —, Paris Photo continue d’élargir son dialogue avec l’image en mouvement, la performance et la culture numérique.
Cette année, la foire s’articule autour de cinq grands secteurs : Principal, Voices, Digital, Émergence et Éditions. Auxquels s’ajoutent le parcours Elles × Paris Photo, le programme Carte Blanche et les expositions partenaires à travers la ville. Autant d’espaces qui composent un portrait d’une photographie en mouvement — un lieu où voir devient une expérience à part entière.
Paris Photo peut aussi être une expérience déroutante, c’est pourquoi Blind a dressé pour vous une liste de 10 choses à faire au Grand Palais.
1. Redécouvrir le Grand Palais
Le retour de Paris Photo au Grand Palais est plus que symbolique. Le monument restauré, baigné de lumière, offre un écrin d’une grande beauté qui reflète la vitalité de la foire. À chaque détour, la lumière change — comme pour rappeler la multiplicité des pratiques photographiques réunies ici. « Paris Photo demeure un lieu de rencontres pour tout l’écosystème », confie Florence Bourgeois. Des archives historiques aux installations les plus expérimentales, la foire rappelle que la force de la photographie réside dans sa capacité à relier les époques, les continents et les regards.
2. Explorer le secteur Principal
Au centre de la nef, le secteur Principal forme le cœur battant de Paris Photo. Cette année, 138 galeries venues de 27 pays présentent un ensemble exceptionnel de projets — entre figures majeures, redécouvertes et premières.
Parmi les temps forts, l’installation monumentale de Sophie Ristelhueber avec la galerie Poggi s’étend sur 36 mètres de mur, réunissant plusieurs décennies de travail sur les paysages marqués par le conflit. Chez Klemm’s (Berlin), Adrian Sauer interroge la construction de l’image avec « Truth Table », tandis qu’Isabel Hurley (Málaga) dévoile la « Thermofax series » (1975–77) de Marisa González, une expérience pionnière de reproduction thermique présentée pour la première fois en France. Plus loin, les œuvres conceptuelles de Mario Cresci (Large Glass et Matèria) dialoguent avec les collages de Nicoletta Deva Tortone et Paolo Gioli (Alberto Damian), tandis que Rolf Art (Buenos Aires) met en lumière les carrières croisées de Sara Facio et Alicia D’Amico. Chez la galerie Clémentine de la Ferronière, les images dorées de Lee Shulman éblouissent. A travers la foire, on retrouve également des valeurs sûres: Jack Davison, Peter Hujar, Guy Tillim, MArk Power, Sabiha Çimen, Sofia Coppola…
Une constellation de monographies enrichit ce panorama : les portraits des Yanomami par Claudia Andujar (Vermelho, São Paulo), la série d’adolescence « At Twelve » de Sally Mann (Jackson, Atlanta), ou encore les compositions troublantes de Paul Kooiker (tegenboschvanvreden, Amsterdam). De la couleur urbaine de Fred Herzog (Equinox, Vancouver) aux figures spectrales de Ming Smith (M77, Milan) et à l’intimité brute de Larry Clark (Ruttkowski;68, Cologne), le secteur Principal incarne ce qu’Anna Planas décrit comme « un vaste projet de correspondances entre mémoire et invention ».
3. Écouter les Voix
Au cœur de la foire, la section Voices poursuit son exploration curatoriale. Cette année, Devika Singh et Nadine Wietlisbach confrontent deux approches : la politique du paysage et la complexité des liens familiaux. La sélection « Landscapes » de Singh réunit Gauri Gill, Daniele Genadry et Mohammad Ghazali, dont les images transforment la géographie en métaphore. « Where We Meet – Ambiguous Kinship », proposée par Wietlisbach, rassemble Rinko Kawauchi, Torbjørn Rødland et Paul Mpagi Sepuya autour des thèmes de la vulnérabilité et de l’appartenance. « La photographie est à la fois une lumière et un langage — elle éclaire ce que nous partageons, et ce qui nous sépare », souligne-t-elle.
4. Entrer dans la sphère numérique
Sous le commissariat de Nina Roehrs, le secteur Digital relie art et technologie à travers treize galeries expérimentant avec l’intelligence artificielle, la blockchain ou l’image virtuelle. Kevin Abosch, Anna Ridler et Reuben Wu repoussent les limites du médium vers le code et l’immatériel. Sur le balcon, l’installation « A Garden » de Cole Sternberg, réalisée en collaboration avec l’initiative Giga de l’UNICEF et de l’UIT, invite à réfléchir à l’accès numérique et à l’éducation. Comme le résume Roehrs, « le numérique ne remplace pas la photographie — il en élargit le territoire ».
5. Découvrir les talents émergents
Sur les balcons supérieurs, la section Émergence présente vingt expositions monographiques révélant la vitalité d’une nouvelle génération d’artistes. Des explorations matérielles de Sylvie Bonnot (Hangar, Bruxelles) aux portraits puissants de Camila Falquez (Hannah Traore, New York) et aux relectures lumineuses de l’identité par Atong Atem (MARS, Melbourne), la section affirme la diversité des écritures photographiques. Les voix françaises de Marine Lanier, Bérangère Fromont et Chloé Azzopardi prolongent cet élan, dessinant les contours d’un langage contemporain pluriel.
6. Parcourir les Éditions et assister aux Book Talks
Le livre demeure au cœur de Paris Photo. Le secteur Éditions réunit 43 éditeurs de 17 pays, dont MACK, Aperture, delpire & co et Atelier EXB. Plus de 400 signatures d’artistes animeront les galeries supérieures, transformées en librairie vivante. Nouveauté de cette édition, les Book Talks — coorganisés avec Printed Matter — proposent chaque jour des discussions autour du livre photographique. Éditeurs, artistes et commissaires y interrogent son évolution, entre objet d’art et espace de pensée.
7. Suivre le parcours Elles × Paris Photo
Créé avec le ministère de la Culture, le programme Elles × Paris Photo met à l’honneur la place croissante des femmes photographes, passée de 20 % en 2018 à 39 % en 2025. Sous le commissariat de Devrim Bayar, cette édition explore le dialogue entre figure et décor, avec des photographies de Letizia Battaglia, Marie-Laure de Decker, Dora Maar, Julia Margaret Cameron, Gabriele Stötzer, Sabiha Cimen, Sibylle Bergemann, Graciela Iturbide, Claudia Andujar, Eve Arnold ou encore Myriam Boulos. Les œuvres de Ming Smith, Carmen Winant, Agnès Varda et Huda Takriti questionnent la visibilité, la mémoire et la performativité du regard. « Une image n’est jamais neutre — elle porte la présence de celles et ceux qui la créent et de celles et ceux qui y apparaissent », rappelle Bayar.
8. Visiter « The Last Photo » — la collection Estrellita B. Brodsky
Présentée pour la première fois en Europe, « The Last Photo » réunit plus de 60 œuvres issues de la collection Estrellita B. Brodsky consacrée à l’art latino-américain. Sous le commissariat de José Esparza Chong Cuy et Marie Perennès, l’exposition rassemble Diane Arbus, Bernd et Hilla Becher, Vik Muniz et Rosângela Rennó, dont l’œuvre éponyme donne son titre à l’ensemble. À travers photographie, vidéo et installation, l’exposition médite sur la fragilité de l’image — de la permanence analogique à la fugacité numérique.
9. Assister aux conversations et aux prix du livre
Tout au long de la semaine, le programme Conversations réunit artistes, chercheur·euses et écrivain·es. Parmi les temps forts : un échange entre Laure Adler et Sophie Ristelhueber, un séminaire mené par Michel Poivert et ses étudiants de la Sorbonne, ainsi que des lectures de Carmen Winant et Martine Gutierrez. Les Paris Photo–Aperture Foundation PhotoBook Awards récompenseront une nouvelle fois les meilleurs ouvrages de l’année, un moment que Florence Bourgeois décrit comme « une célébration de ce qui relie artistes et lecteurs — l’image imprimée comme témoignage et mémoire ». Les lauréats seront annoncés le 14 novembre – un événement à ne pas manquer pour les collectionneurs et les éditeurs.
10. Découvrir les expositions partenaires à Paris Photo et dans tout Paris
Au-delà de la foire elle-même, la ville devient une extension de Paris Photo. La MUUS Collection présente « Looking Out, Looking In » avec des œuvres de Lisette Model, Larry Fink et Rosalind Fox Solomon. Photo Elysée dévoile le projet « Why Don’t You Dance? » de Hannah Darabi. Chloé, BMW et Belmond proposent des commandes où se rencontrent mode, artisanat et mémoire. Le programme Carte Blanche avec SNCF Gares & Connexions investit la gare de Lyon, présentant quatre photographes émergents sélectionnés parmi plus de six cents candidatures.
Avec ses cinq secteurs et une constellation de voix, Paris Photo 2025 saisit une fois encore l’énergie d’un art en perpétuelle réinvention, tout en offrant la possibilité d’acheter ses estampes préférées. Comme le souligne Anna Planas, « la photographie est un médium ouvert — elle contient le passé et anticipe l’avenir ». Des murs monumentaux de Sophie Ristelhueber aux paysages fragiles de Gauri Gill, en passant par les regards neufs d’une nouvelle génération, la foire invite à regarder autrement — et à imaginer comment le monde peut encore être vu.
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