Mimi Plumb, l’œil inquiet de l’Ouest américain
Depuis les années 1970, la photographe californienne documente une Amérique de l’Ouest incandescente et fissurée. « Blazing Light », sa première exposition solo muséale, réunit plus de cent tirages au High Museum of Art d’Atlanta.
Par Guénola Pellen. Photos de Mimi Plumb.
C’est dans la banlieue de Walnut Creek, aux portes de San Francisco, que Mimi Plumb commence à photographier au début des années 1970. Née en 1953, formée au San Francisco Art Institute, elle a 20 ans à peine quand le béton prolifère autour d’elle, la guerre froide sourd et le monde vacille déjà. Elle ne milite pas, mais fixe sur la pellicule son environnement et ses bouleversements avec une approche visuelle d’une crudité singulière
Sa série « The White Sky » (1972-1978) capte les derniers éclats d’innocence de l’après-guerre, au moment précis où la façade du rêve américain commence à se lézarder. Des corps désœuvrés dérivent dans l’architecture en série, noyés sous une lumière blanche, crue, qui ne consent à rien voiler.
Chez Mimi Plumb, le soleil californien n’embellit jamais. Il dénude et exhume ce que la suburbia s’acharne à enfouir : le vide, l’angoisse sourde, le confort comme anesthésie. Ses images en noir et blanc, granuleuses et frontales, amplifient la tension.
« Landfall » et « The Golden City » (1984-2020) marquent la bascule. L’insouciance se fissure, le paysage naturel s’effiloche, des manœuvres militaires traversent le cadre. La photographe y dépeint une société qui bascule dans le chaos à mesure qu’un désastre ambigu se profile.
Depuis 2020, Mimi Plumb arpente les rives exsangues du lac Folsom, près de Sacramento, ravagé par vingt-trois ans de mégasécheresse.
Le lit asséché ressemble à un épiderme craquelé, une géographie de l’épuisement qu’elle nomme l’« aridité sans relâche ».
« The Reservoir » (2021-2025), sa série la plus récente, donne à voir un monde désolé, comme au lendemain d’une apocalypse indéfinie. Des baigneurs cherchent un répit dans la fournaise. Récréation et catastrophe cohabitent.
Récipiendaire d’une bourse Guggenheim en 2022, autrice de cinq monographies saluées par la critique, Mimi Plumb livre ici une œuvre qui n’a pas pris une ride parce qu’elle n’a jamais regardé en arrière mais toujours au présent.
Plus de 100 tirages, dont 26 acquisitions récentes, sont à découvrir dans cette grande exposition qui voyagera ensuite au Herbert F. Johnson Museum of Art de Cornell University, au Norton Museum of Art (West Palm Beach) et au Museum of Contemporary Photography de Chicago.
L’exposition « Blazing Light: Photographs by Mimi Plumb » est à découvrir jusqu’au 10 mai 2026 au High Museum of Art, Atlanta.
Le catalogue de l’exposition, Blazing Light, coédité avec Radius Books, 256 pages, est disponible au prix de $65.