« Travailler comme éditeur photo pour une agence comme Reuters, c’est avoir une place au premier rang des plus grands événements mondiaux au moment même où ils se déroulent », explique Rickey Rogers, Global Editor chez Reuters Pictures. « C’est un privilège, mais aussi une immense responsabilité que de travailler avec des photographes. »
Reuters a été fondée à Londres en 1851, avec pour mission de présenter au monde les informations qui comptent. Mais l’agence ne dispose pas, à l’origine, de son propre service photo identifié comme tel. Celui-ci voit le jour en 1985, lorsque Reuters rachète les services photographiques de United Press International, connus sous le nom d’UPI. Relativement récente à l’échelle du temps, Reuters Pictures est pourtant devenue un acteur majeur des agences de presse, diffusant aujourd’hui plus de 1,5 million de photographies par an auprès de médias du monde entier.
Le nouveau livre In the Moment: 40 Years of Reuters Photojournalism revient sur cette histoire impressionnante, ainsi que sur les récits et les images qui ont marqué les quatre dernières décennies. Réunies, les plus de 500 photographies rassemblées dans l’ouvrage forment un témoignage puissant de la force de la photographie.
« Nous disposons aujourd’hui d’un document unique qui permet aux lecteurs de mieux comprendre ce que signifie couvrir l’actualité. Si l’on dit souvent qu’une image raconte une histoire, ce livre révèle les récits qui se cachent derrière certaines de nos photographies les plus fortes », dit Rickey Rogers. « C’est une célébration des quarante premières années de Reuters Pictures, ainsi que des photographes et éditeurs qui l’ont construite, image après image. »
Les photographes de Reuters documentent les événements au moment même où ils se produisent, partout dans le monde. Catastrophes naturelles, apparitions politiques, révolutions, guerres, famines, crises migratoires : ils ont tout vu. Leurs images racontent les histoires, les personnes et les événements, majeurs ou minuscules, qui façonnent le monde dans lequel nous vivons.
Mais le photojournalisme n’est ni simple, ni sans danger. Il est, par nature, risqué. Être photojournaliste implique d’être sur place, parfois au péril de sa vie. Les images à distance ne sont pas possibles. Certains photographes de l’agence ont ainsi été blessés en mission, d’autres ont perdu la vie. Leur travail a néanmoins été salué par de nombreuses récompenses au fil des décennies, dont dernièrement un prix Pulitzer en 2024 pour la couverture photographique de l’actualité brûlante de la guerre entre Israël et le Hamas.
Aujourd’hui, Reuters, comme d’autres agences et médias, fait face à une nouvelle série de défis qui menacent l’importance et la crédibilité de la photographie — cette même photographie pour laquelle ses photojournalistes continuent de prendre des risques afin de raconter les histoires les plus difficiles du monde.
La confiance dans le journalisme s’érode sous l’effet des attaques partisanes. Le public se tourne de plus en plus vers les réseaux sociaux pour s’informer, au détriment des médias traditionnels. Dans le même temps, l’essor de l’intelligence artificielle favorise la circulation d’images truquées, capables d’influencer les regards avant même que l’on en comprenne la nature. Lutter contre la désinformation, les fausses nouvelles et la confusion entre faits et fiction n’a jamais été aussi crucial dans le monde polarisé qui est le nôtre.
« Il est vrai que la confiance dans le journalisme est mise à l’épreuve ; nous ne pouvons plus considérer comme acquis que ce que nous lisons, entendons ou voyons est factuel. Cela rend notre travail plus difficile », explique Rickey Rogers. « Mais le monde continue de consommer de l’information, que ce soit par les médias traditionnels ou les plateformes sociales, et nous devons être à la hauteur du défi. Nous avons toujours affirmé que l’on ne peut faire confiance à une photographie qu’à hauteur de la confiance que l’on accorde à sa source. C’est pourquoi le rôle des éditeurs est plus important que jamais. Je suis convaincu que nous pouvons restaurer la confiance dans le journalisme et le photojournalisme en respectant des standards éthiques élevés, en faisant preuve de transparence dans les corrections et en restant accessibles au public. »
In the Moment: 40 Years of Reuters Photojournalism est publié par Thames & Hudson et disponible pour 65$.