Une étoile de mer écarlate couronne une chevelure sombre émergeant des eaux turquoise de la Méditerranée. Dans Essència de la Mediterrània, Gala Vilarrasa Richard, 16 ans, saisit cet instant suspendu où le monde marin semble sacrer l’humain. L’image épate par sa maturité. Plus loin, une enfant et son père s’éclaboussent dans une fontaine urbaine : Retorn a la infància fixe cette allégresse éphémère, propre aux premières années de la vie.
La série « Creixement » – « Croissance » en catalan – déploie ainsi quatre métaphores visuelles où le gros plan d’un visage mordant une orange incandescente dialogue avec une scène de rue. Michel Poivert, historien de la photographie et président du jury, salue là « un exercice à la fois impulsif et réfléchi qui fait confiance aux images et à leur puissance de résonance ».
Anne-Lise Broyer, lauréate du Prix Niépce 2024, y décèle quant à elle « une écriture photographique qui sait déjà jouer sur plusieurs registres et les conjuguer, force et fragilité, à l’image des deux âges où l’on ne sait pas et où on ne sait plus ». Elle-même lauréate 2024 et jurée de cette édition, Lynn Salvat abonde : « Je trouve que cette série est assez osée et singulière, et c’est là que réside toute sa beauté. »
Mathieu Vernier, 16 ans également, décroche la deuxième place avec « lost in », un quadriptyque où la solitude se décline en scénettes existentielles. Sur un sol de jeux aux couleurs pop, un adolescent chevauche, à la façon d’un triste cowboy urbain, un cheval à bascule destiné aux tout-petits : (lost in) transition cristallise la déréliction de l’entre-deux âges. Puis deux visages se rapprochent dans une pénombre ambrée, cigarettes jointes pour partager une flamme : (lost in) relation capture l’intimité clandestine d’une complicité naissante.
Trois silhouettes pensives soulignent la froideur d’une architecture de béton brut dans (lost in) socialisation, tandis que quatre jeunes gens posent dans un champ de blé doré, entourés d’objets incongrus – lampe, guitare, appareil photo ancien – pour (lost in) emancipation. Michel Poivert y voit « une évocation généreuse et séduisante des interrogations existentielles », saluant « le sens de la mise en scène, celui de la création d’atmosphère particulière ». « Cette série est pour moi parfaite » renchérit avec enthousiasme Lynn Salvat. « Le message est profond, bien représenté, dans un style marqué.
Avec « Une vie en 4 », Luka Piaud, troisième lauréat, opte pour la rigueur taxinomique. Ses natures mortes inventorient les objets-totems de chaque époque : peluche, feutres multicolores et minuscules chaussures pour l’enfance ; diplôme du brevet, manette de jeu vidéo, ballon de handball et tenue de jeune sapeur-pompier pour l’adolescence ; MacBook, chemise blanche, chaussures cirées et uniforme de pompier professionnel pour l’âge adulte ; albums photos jaunis, chaussons, gilet tricoté et boules de pétanque pour la retraite.
Dans ce travail, Michel Poivert décèle « une sociologie visuelle pleine de poésie » quand Anne-Lise Broyer loue « une réponse simple et conceptuelle très juste au regard de la thématique », ajoutant qu’« une précision dans les compositions des natures mortes nous emmène immédiatement dans un vrai questionnement du temps ». Lynn Salvat confie à son tour avoir beaucoup aimé cette série, dont elle admire la « vraie cohérence dans les photos », et l’évolution qui expose poétiquement « une représentation minimaliste de chaque grande période de notre vie ».
Delphine Piovant, fondatrice du laboratoire d’impression d’art D-Images, et Benoît Pelletier, éditeur du magazine Process, complétaient ce jury exigeant de leur regard technique et éditorial. La Nomination spéciale The Dreamers & La Kabine, dédiée aux jeunes du Sud de la France, distingue Soan Beltran, 15 ans, pour « Doudou ».
Dans cette série en noir et blanc, une peluche traverse les âges : entourée de ses congénères dans la profusion du Début de la vie, puis solitaire parmi les cahiers à la Rentrée à l’école, comprimée entre des classeurs au collège, enfin abandonnée dans un cône de lumière sur fond de ténèbres pour La fin.
Enfin, Charlie Frapolli-Denis, 16 ans, obtient la seconde place avec la série « A travers l’usage », terriblement efficace. Quatre mains sur fond blanc content l’usure du temps : la paume potelée de l’enfance, celle de l’adolescence ornée d’une bague en argent, celle de l’adulte aux ongles vernis de rouge carmin, enfin celle du grand âge, veinée, tavelée, mais parée d’un rose tendre.
Fondée à Paris, l’association Rêve œuvre pour la promotion de la photographie auprès des jeunes à travers l’éducation et les expositions. Avec le concours « The Dreamers », son projet phare, elle révèle chaque année de nouveaux talents âgés de 12 à 16 ans, issus du Grand Paris et de la région PACA, leur offrant formations, revue de portfolio et accompagnement par des professionnels.
Les trois premiers lauréats bénéficieront cette année d’un stage d’auto-édition au Lavoir Numérique animé par Andrea Eichenberger, d’un portfolio Hahnemühle France, d’une lecture d’images par le festival Circulation(s) et d’une demi-journée en studio amap. Soan Beltran et Charlie Frapolli-Denis présenteront leurs travaux au Festival Off Arles 2026.
De quoi nourrir des vocations déjà bien affûtées. La suite leur appartient !
L’exposition « The Dreamers 2025 » est à découvrir à la galerie La Moulinette jusqu’au 10 février 2026.