Un livre et une exposition, intitulés Un village, dévoile une vingtaine d’années du travail et de la vie de cette photographe franco-américaine. Au cœur des années 1970, elle a documenté en couleur le quotidien, les événements d’une communauté, et la vie intime des habitants d’un village breton en pleine mutation.

Un village © Madeleine de Sinéty

Au cours des 40 dernières années, Madeleine de Sinéty, photographe autodidacte passée par l’École des Arts décoratifs de Paris, s’est intéressée sur divers continents à l’existence de ceux qui peuplent les régions les plus rurales du monde. Au début des années 1970, elle tombe ainsi sous le charme d’un petit village de Bretagne qui réveille ses souvenirs d’enfance à la campagne. Poilley, 500 habitants, à 60 kilomètres au nord de Rennes, s’organise autour de son clocher de granit, de ses maisons de pierre. Une vingtaine de fermes s’éparpillent aux alentours du bourg.

Un village © Madeleine de Sinéty

Le temps semble s’y être arrêté. Sur un coup de tête, Madeleine de Sinéty s’y installe et y habite entre 1972 et 1981. Très vite, elle se lie d’amitié avec plusieurs familles, qu’elle photographie inlassablement au travail et dans leur vie quotidienne. De temps à autre, elle invite tout le monde à une projection de diapositives. Il fallait alors transporter depuis l’église, jusqu’à la salle des fêtes au plancher en terre battue, assez de bancs pour asseoir tous ceux qui venaient admirer, au milieu des cris et des rires, leur propre vie, leur travail de tous les jours, étonnés de trouver cela si beau.

Un village © Madeleine de Sinéty

En 1981, elle quitte Poilley pour aller vivre aux États-Unis, après avoir épousé un Américain, Daniel Behrman, en 1978. Elle vit d’abord en Californie avant de s’installer dans le Maine, participant notamment aux ateliers du Maine Photo Workshop avec les célèbres photographes Mary Ellen Mark, Lucien Clergue et Arnold Newman, tout poursuivant son travail personnel. Mary Ellen Mark, qui a été l’un des mentors de Madeleine de Sinéty, a d’ailleurs contribué à l’exposition du Portland Museum of Art en 2011 sur ses images de campagne en Afrique, Europe et Amérique, organisée peu de temps avant sa mort.

Un village © Madeleine de Sinéty

 

Un village © Madeleine de Sinéty

Fruit d’un travail d’observation patiente et d’une relation intime avec le sujet rural, l’archive photographique qu’elle a constituée du village breton, de ces êtres, de ce temps, paraît unique. Elle nous montre avec tendresse les couleurs d’une France surannée, un village, une communauté soudée, avec ses rituels et ses moments forts: fête de village, match de football dans la boue, cueillette des pommes, classe de mathématiques, découpage du cochon.

Madeleine de Sinéty a produit 33 280 diapositives couleur et 23 076 négatifs noir et blanc, ainsi qu’un journal intime de plusieurs centaines de pages. On y décèle la qualité de sa relation aux personnes photographiées, la richesse et la diversité des rencontres effectuées à Poilley, et toujours cette intimité qui a l’air si familière.

Un village © Madeleine de Sinéty

 

Un village © Madeleine de Sinéty

Décédée en 2011, elle n’aura pas eu le temps d’ordonner elle-même son archive. C’est donc sans elle, avec Peter, son fils, que le Centre d’art GwinZegal de Guingamp s’est appliqué à articuler ses images pour rendre hommage à son travail. Une œuvre qui n’est ni celle d’une photographe répondant à une commande, ni celle d’une anthropologue, mais celle d’une artiste partageant simplement la vie d’une communauté soudée, d’un microcosme rural à l’orée de la modernité.

 

Un village © Madeleine de Sinéty

 



Madeleine de Sinéty, Un village
18 septembre 2020 - 17 janvier 2021
Centre d’art GwinZegal 
4 Rue Auguste Pavie
22200 Guingamp
https://gwinzegal.com/

Livre publié aux Éditions GwinZegal
35€
https://gwinzegal.com/editions/madeleine-de-sinety-une-village

 
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