En partenariat avec l’ONG Marine Stewardship Council (MSC) qui lutte contre la surpêche, le photojournaliste Théo Giacometti a suivi pendant plusieurs semaines des pêcheurs de thon rouge en mer Méditerranée. Portraits d’hommes qui défendent une pêche artisanale et respectueuse. 

© Théo Giacometti

La pêche est ici une histoire d’artisans. Loin de l’imaginaire des chalutiers monstres qui raflent à la mer des tonnes de poissons dans leurs filets géants, le photojournaliste Théo Giacometti s’est rendu à Sète, au bord de la Méditerranée, à la rencontre des hommes qui vivent d’une pêche artisanale, durable et respectueuse. Un projet photographique réalisé en partenariat avec l’ONG Marine Stewardship Council (MSC), qui lutte contre la surpêche grâce à la mise en place d’un label certifié pêche durable. 

© Théo Giacometti

Un lien de confiance

« Je voulais aller à la rencontre de ces gens qui sont des artisans, qui sont tous seuls sur leur bateau, qui connaissent le milieu », explique le photographe. Direction le port de Sète, niché entre l’étang de Thau et la Méditerranée. Théo Giacometti a embarqué avec les pêcheurs de thon rouge, espèce reine de la Méditerranée qui a failli disparaître et dont la pêche est très réglementée. Ces pêcheurs défendent une pêche traditionnelle, à la force des bras. Pour le photographe, il fallait déjà gagner la confiance, dans un milieu où l’on n’aime pas trop montrer la réalité du métier. « J’ai beaucoup travaillé avec le milieu paysan et j’ai trouvé des similitudes. Ces gens ne sont pas habitués à avoir un appareil photo braqué sur eux toute la journée, à être mis en avant et je trouve que c’est une raison de plus de le faire », explique Théo Giacometti sensible au « côté sauvage de la mer et des bonhommes ». Doucement se faire oublier. Se faire accepter dans le bateau. Etre là sans déranger. 

© Théo Giacometti
© Théo Giacometti

Instants décisifs

Comme le photographe, ces pêcheurs sont armés de patience. Des heures en mer, du petit matin à la fin de journée, parfois sans un seul poisson dans les bacs de retour. « Si j’ai appris une chose, c’est bien qu’en mer il y a toujours un truc qui ne va pas. C’est beaucoup d’attente, de temps morts où il ne se passe rien. Il y a toujours de la magie à ça. Tu peux passer des journées sans poisson. Ça reste du hasard », raconte Théo Giacometti. Comme le photographe, le pêcheur est aussi à l'affût de l’instant décisif. Et soudain le thon est là, au bout de la ligne. « Ça fait 4 heures que tu attends et d’un coup tout se met en branle. Tu passes du calme à la tempête. Tu n’as qu’une chance, il ne faut rien rater. Tout bouge, il ne faut pas être dans leurs pattes. C’est là que ça se passe. » 

© Théo Giacometti
© Théo Giacometti

Sur le bateau, Théo Giacometti n’est équipé que de son Leica M et son 35 mm. Avec un grain et un cadre assumés, il sort du cliché « trop Géo », « où l’on voit tout le bateau, avec un 16 mm où l’image est très propre et où tu as toutes les informations. Ce n’est pas vraiment ma façon de travailler. Là je suis sur un tout petit bateau au 35mm. Je sais que je ne pourrai pas tout avoir. J’ai un cadre et c’est sûr que je perds des infos mais c’est un parti pris qui me permet de garder une certaine cohérence. »

Se contraindre à un cadre, garder une cohérence et une intimité de l’image. Où les détails délivrent toute leur émotion. Ces cartes postales de Saint Pierre et de la Vierge Marie, sommairement posées sur la vitre de la cabine, ondulées par l’humidité du bateau. La force exercée sur la canne par Vincent D’Aquino, le pêcheur encagoulé dans le froid de décembre, la tête argentée du thon sortie de l’eau… Le tout sur un bateau bringuebalé par les vagues.

« Il y a une certaine difficulté car le bateau bouge et j’ai besoin de mes deux mains pour faire la mise au point, contrairement à un appareil avec un autofocus. J'essayais de me caler le plus possible contre le bateau. » Se pose la question d’embarquer sur un petit zodiac et de photographier les pêcheurs au téléobjectif. « Ça ne m’intéresse pas. Je veux être dedans, sur le bateau, marcher dans le sang, c’est là que tu récupères plus que des informations, tu récupères de l’émotion. » 

© Théo Giacometti
© Théo Giacometti
© Théo Giacometti

« Je fais de l’artisanat comme eux, à la force des poignets » 

Comme le pêcheur et sa canne, l’outil du photographe est très précaire. « Je n’ai pas un assistant, pas un flash. Je n’ai qu’un boîtier, je règle mes ISO, je bouge pour trouver le cadre mais c’est tout. » Sans artifice. « Je fais de l’artisanat comme eux, à la force des poignets. C’est un côté très primaire de la photo qui correspond à ma façon de photographier. » Théo Giacometti aime aussi apporter à l’émotion des images, celle des mots, pour donner à voir le hors champ. « Le texte n’est pas juste une petite information supplémentaire à la photo. J’aime écrire pour apporter autre chose, un peu plus de subjectivité, de rythme, de poésie, d’émotion de ce que j’ai ressenti. »

En ressort une série de portraits d’hommes, du bateau à la criée. Des scènes dynamiques de pêches et des lumières naturelles superbes. Le thon rouge sort de l’eau, magistral. L’univers de la pêche capturé avec le respect du photographe pour le métier, l'œil artisanal et authentique. En reste des instants d’échange. Après 4 heures d’attente en mer, le partage d’une Tielle sétoise, spécialité à base de poulpe. « On passe des heures à discuter, on sort les canons de rosé. On fait aussi ce métier pour ces moments de partage. »

 

Par Michaël Naulin

Michaël Naulin est journaliste. Passé par les rédactions de presse régionale et nationale, il est avant tout passionné de photographie et plus particulièrement de photoreportage.

 

Plus d’informations sur Théo Giacometti ici.

 

© Théo Giacometti
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