Depuis plus de huit ans, le photographe sillonne les mers du monde à la recherche de beaux sujets. Cachalot, grand requin blanc, léopard des mers… Il sait faire des portraits subtils et élégants de la faune marine tandis qu’il plonge en apnée et descend parfois jusqu’à 30 mètres sous l’eau. 


Marianne au milieu d'un groupe de cachalots © Alex Voyer

Pour prendre un café avec Alex Voyer, il faut être patient. Toujours de passage à Paris, il ne reste jamais longtemps. Vous le retrouvez un 15 août au matin, il sera au Mexique le lendemain pour réparer le voilier sur lequel il a décidé de passer le plus clair de son temps avec sa compagne, Marianne, avec qui il organise son travail photographique. Tout a véritablement commencé en 2011 quand, tandis qu’il est ingénieur du son sur un documentaire consacré à l’apnée, le réalisateur du film accepte de lui prêter son matériel, c’est-à-dire son réflex et son caisson qui valent tous les deux environ 10.000 euros, alors qu’Alex se rend dans l’océan Indien et compte observer les cachalots. C’est une révélation. « Je me suis dit qu’il fallait que je fasse quelque chose de ce matériel qu’on m’avait prêté. Je n’avais aucune base en photographie et soudain, tout est allé très vite. », explique-t-il. Quelques photographies suffisent à lui donner le goût de cette pratique. Surtout, sa compagne, qui est végétarienne, n’aime pas vraiment qu’Alex revienne avec des poissons morts accrochés à sa ceinture de plomb comme il était habitué à le faire jusque-là. « Je suis passé de chasseur sous-marin à photographe ». 


Les sirènes jouant sur une épave aux Caraïbes © Alex Voyer

“Un très gros prédateur“

Très vite sa nouvelle passion prend de l’ampleur. Alors que son ami Fred Buyle part à Guadalupe au Mexique nager avec de grands requins blancs, Alex accepte d’être de la partie. « Au début, avant de plonger, tu as toujours une part de toi qui ne veut pas y aller, qui pense au film Les Dents de la mer, qui est peu rassurée... » avoue le quarantenaire,« mais une fois que tu es dans l’eau, la peur se dissipe très vite. L’eau agit comme une sorte de filtre. Tout est au ralenti. Alors, tu prends un plaisir inouï... » Alex Voyer n’est pas peu fier d’être le seul au monde avec son ami Fred Buyle à détenir un papier des autorités mexicaines les autorisant à nager avec de grands requins blancs afin d'aider un groupe de scientifiques mexicains. À une période, il y a eu des abus. « Des gens faisaient n’importe quoi, ils se mettaient en danger » détaille Alex qui ajoute : « c’est quand même une bête de 1,5 tonne, un très gros prédateur... ». Le fait de plonger en apnée l’aide à approcher ces colosses sous-marins. Tout comme avec les cétacés, ne pas porter de bouteille sur le dos permet d’être plus agile sous l’eau et d’avoir une intimité plus grande avec les animaux marins. D’autant qu’Alex tient quatre minutes sans remonter à la surface. « Pas trop mal pour un apnéiste parisien », s’amuse-t-il à dire lui qui passe pas moins de deux cents jours par an dans l'eau. 


Marianne jouant avec un cachalot ou l'inverse © Alex Voyer

Manchots et léopards de mer 

« En 2015 nous sommes allés dans l’Océan Indien Marianne et moi », raconte Alex, « nous avons rencontré une mère cachalot et son petit. Au bout d’un moment la mère a complètement disparu et nous a laissés seuls avec son enfant. Le petit faisait quand même huit à neuf mètres de long… Nous avons passé une heure et demie avec lui à jouer sous l’eau. Il descendait, puis remontait. Il tapotait sa tête contre nos palmes. C’était un moment incroyable... ». Des instants qui restent gravés dans la mémoire de cet aventurier qui n’est pas sans histoire de ce type. En 2013, il s’est rendu en Antarctique pour la première fois. « Le voyage de ma vie », estime-t-il. Dans une eau à zéro degré, il passait deux à trois heures par jour à traquer les manchots et léopards de mer. Deux ans plus tard, tandis qu’il a montré ses images sur Internet, une boîte de production britannique l’appelle et lui propose d’être caméraman pour un gros documentaire où il s’agira de filmer les manchots en apnée pour mieux les approcher. Banco. Il décolle pour l’Antarctique où il restera pas moins de 45 jours en compagnie des plus grands noms du milieu de la photographie animalière. 


Apnée statique dans une piscine crée par un iceberg en Antarctique © Alex Voyer

Canal de l’Ourcq

Mais pour Alex Voyer l’aventure est partout. « On la trouve en bas de chez soi », assure-t-il tandis qu’il vous raconte qu’il a passé un an à se baigner tous les jours dans le canal de l’Ourcq à Paris. Il s’y baigne d’ailleurs fréquemment et promet qu’il n’y a aucune crainte à avoir d’un point de vue sanitaire. « C’est très propre. D’ailleurs, il y a une piscine maintenant et elle est contrôlée régulièrement. », avance-t-il en guise de preuve. Cet été, il est allé nager dans la Marne avec sa compagne. Pour lui, c’est important de dire qu’il n’est pas forcément nécessaire de traverser le monde pour découvrir des horizons nouveaux. Surtout, il souhaite montrer que nous avons tous une place dans la nature. « S’il y a un message que j’aimerais faire passer, c’est bien celui-là », dit-il. Mettre en lumière des êtres humains sous l’eau au contact de la faune et de la flore marine. Et faire en sorte que nous puissions regarder avec émerveillement cet océan qu’il aime tant. 

 


"Suis-je resté imprimé dans la mémoire de ce cachalot ?" se demande Alex Voyer © Alex Voyer

 


Le vol des manchots en Antarctique © Alex Voyer

 


L'océan Pacifique, le plus sauvage © Alex Voyer

 


Face à face avec un requin bleu aux Açores © Alex Voyer

 

Par Jean-Baptiste Gauvin 

 

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