La 22e édition du festival photo de La Gacilly, en Bretagne, est consacrée à la photographie britannique, sans renier pour autant son engagement pour la protection de l’environnement. L’événement, qui est accompagné de conférences lors de son inauguration le premier weekend de juin, a proposé le samedi 7 juin la projection du film de Lee Shulman consacré au célèbre photographe Martin Parr, intitulé sobrement I am Martin Parr, sorti en octobre 2024 et également disponible en accès libre sur le site de France Télévisions.
A cette occasion, l’audience présente a pu assister à une conversation entre Cyril Drouhet, directeur de la photographie au journal Le Figaro et commissaire des expositions du festival, et les photographes anglais Martin Parr et Don McCullin.
Cyril Drouhet: Martin Parr, il y a quelque chose qui revient beaucoup dans le film: on apprend que vous avez une pratique obsessionnelle.
Martin Parr: Pour réussir, je crois que chaque artiste doit être atteint de trouble obsessionnel.
Cyril Drouhet: Il y a aussi une phrase que dit François Hébel dans le film qui, à mon avis, résume votre travail: vous vous affranchissez de toutes les conventions.
Martin Parr: C’est très gentil de sa part. Je pense que d’une part, je m’inscris dans la tradition de la photographie, ce cadre historique des grands photographes et qu’en même temps, j’essaie de rajouter mon grain de sel quand je regarde le monde à ma manière.
Cyril Drouhet: Est-ce que vous travaillez encore à des projets qui s’intéressent à la société britannique ?
Martin Parr: Pas tout de suite, mais je m’apprête à publier en septembre une biographie intitulée Utterly Lazy and Inattentive (Paresseux et inattentif), qui correspond au commentaire de mon professeur de français sur mon bulletin scolaire, quand j’étais encore à l’école. Cette biographie contient 140 photos et un texte que j’ai écrit, et quelqu’un pourrait bien le deviner. Elle sortira au Royaume-Uni, et même en France. Elle sera donc disponible en librairie en France en septembre.
Cyril Drouhet: Le film de Lee Shulman montre qu’il y a des gens qui ne comprennent pas forcément votre photographie. Certains n’aiment pas ce que vous faites et d’autres, au contraire, adorent.
Martin Parr: Demandez au public de lever la main s’il me déteste!
Cyril Drouhet: Vous avez d’ailleurs provoqué une polémique lorsque vous êtes entré à l’agence Magnum.
Martin Parr: Quand j’étais en lice pour rentrer chez Magnum, la moitié des photographes ont menacé de quitter l’agence, car je n’étais pas selon eux représentatif de l’humanisme des photographes qui la composaient historiquement. A commencer par Cartier-Bresson. Cela m’a appris une chose: si les gens étaient autant contre moi, c’est que j’étais sur la bonne voie.
Cyril Drouhet: En Angleterre, vous vous fondez parmi la foule, vous arrivez à prendre des photographies au plus près des gens. Je n’ai pas l’impression qu’en France, cela fonctionnerait aussi facilement.
Martin Parr: Non, en effet. Je pense que, de manière générale, les Français sont beaucoup plus réticents à être pris en photo dans la rue. Et puis, on connaît la loi française qui stipule que, sans l’autorisation d’une personne photographiée de près, on s’expose à des poursuites judiciaires. Ce n’est pas le cas en Grande-Bretagne. C’est pour ça que mes photos prises en France sont généralement des photos de touristes.
Cyril Drouhet: Cette année, à La Gacilly, nous avons deux grand photographes britanniques présents dans nos expositions: vous, Martin Parr, et Don McCullin. C’est un peu improvisé, mais peut-être pourriez vous tous les deux dialoguer.
Don McCullin: Je suis très heureux que nous célébrions ton travail ici, Martin. Et je vais te défendre, car tu as eu des moments difficiles chez Magnum, à cause de deux ou trois photographes snobs qui n’ont pas compris qu’il fallait s’adapter à son époque. La photographie ne pouvait pas stagner, se contenter de reproduire les mêmes clichés en noir et blanc. Et d’ailleurs, Martin, tu es un excellent photographe en noir et blanc. Tu avais un œil exceptionnel, et tu as transposé cet œil au monde de la couleur. C’est vrai, nous n’avons pas le droit de photographier les inconnus dans la rue. Nous en sommes tous coupables. Mais si on le fait comme Martin, on ne vole rien, on a leur bénédiction. Martin, tu es donc une somme de choses formidables: ta façon de travailler, la façon dont tu as révolutionné la photographie couleur, tu es une très belle personne.
Martin Parr: Don est vraiment l’une des grandes figures de la photographie britannique et je suis ravi d’avoir la chance de le connaître. On se connaît un petit peu plus depuis cinq ans. Il ne vit pas très loin. Je descends souvent le voir dans le Somerset, il vient signer des livres aussi à notre studio. C’est vraiment une belle collaboration, j’apprécie beaucoup sa compagnie. Je suis aussi admiratif de ce qu’il arrive encore à faire à l’âge de 89 ans, continuer à partir en mission sur le terrain. Je lui tire mon chapeau.
Martin Parr et Don McCullin sont exposés jusqu’au 5 octobre 2025 au festival photo de La Gacilly, intitulé « So British » pour sa 22e édition. Plus d’informations ici.