Notre sélection de livres photo à offrir pour Noël

Noël approche à grands pas, et avec lui, l’éternelle quête du cadeau parfait, celui qui saura émouvoir, surprendre ou tout simplement faire plaisir à vos proches. Dans un monde où les écrans dominent nos vies, offrir un livre photo est bien plus qu’un simple présent : c’est une invitation à ralentir, à contempler et à s’émerveiller devant des images qui racontent des histoires, dévoilent des démarches artistiques, procurent des émotions, qui révèlent surtout la grande variété de regards sur notre monde que posent les photographes les plus talentueux.

Dans ce guide complet, Blind a rassemblé une sélection des meilleurs livres photo publiés en 2025.

Mary’s Book de Robert Frank

© Robert Frank

Robert Frank, surnommé le « poète avec un appareil photo », surtout connu pour son livre Les Américains, publié pour la première fois par Delpire en 1958 et qui a révolutionné la Street photography, a débuté sa carrière artistique dans l’effervescence du Paris de l’après-guerre. Les séjours qu’il y a faits entre 1949 et 1953 ont influencé le reste de son existence et de son art. C’est en 1949 qu’il réalise Mary’s Book, une chronique de la vie parisienne destinée à sa fiancée restée aux États-Unis. Ce scrapbook témoigne d’une grande poésie. Ces quelques feuillets enchâssés les uns dans les autres, combinant photographies coupées et collées et écriture manuscrite, dans un subtil mélange de français et d’anglais, touche le lecteur par sa simplicité et sa beauté. Moment clé dans la vie personnelle de Robert Frank, il est également l’acte de naissance de sa pratique du livre photo. Cette façon particulière d’agencer les images dans la page se retrouvera dans tous ses livres.

Delpire & co
136 pages, 60€
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L.A. Polaroids de Robbie Müller

© Robby Müller

Dans les années 1980, le célèbre directeur de la photographie néerlandais Robby Müller passe des mois entiers loin de chez lui, collaborant avec des réalisateurs de renom tel que Wim Wenders pour créer certains des films les plus marquants de la décennie, comme Repo Man, Paris – Texas, ou Vivre et mourir à Los Angeles. Après de longues journées de tournage, Müller rentre au Kensington Motel à Santa Monica, un simple hôtel-résidence situé juste derrière Ocean Boulevard et à deux pas de la plage. Il apprécie son confort modeste : une planche à repasser escamotable, une cafetière qui mijote sur le feu, et Garfield, le chat de l’hôtel, qui lui tient compagnie. Il emporte toujours son appareil photo Polaroid SX-70, capturant des images empreintes de tendresse pendant ses pauses, apportant à l’Amérique ce que William Friedkin appelle « un regard d’étranger ». Dans ces Polaroïds, Müller immortalise un Los Angeles disparu : des chambres exiguës, des bords de plage, des coins de rue, une ville conçue pour les voitures, vue par un directeur de la photographie qui préférait marcher. Elles révèlent un homme loin de chez lui, en quête de calme et de lumière dans les interstices.

Stanley Barker
96 pages, 50£
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The Dead Are Glad to Be Remembered de Todd Hido

© Todd Hido

Entre livre d’artiste et album de scrapbook, l’ouvrage The Dead Are Glad to Be Remembered, signé et numéroté à 500 exemplaires, nous invite à une déambulation dans l’œuvre de Todd Hido en dialogue avec sa collection de photographies vernaculaires. Chacune des pages de l’album offre un nouveau récit composé par Todd Hido, avec la complicité de sa femme Marina Luz, laissé volontairement ouvert. L’ouvrage présente une sélection de portraits, de vues de maisons urbaines et de paysages de Todd Hido, à la fois inédits et iconiques, ponctuée par des cartes postales, couvertures de livres et affiches de film vintage, d’anciens portraits amateurs, des dessins, des photomatons, etc. La photographie trouvée est restituée dans toute sa matérialité. Les genres se mêlent pour créer une œuvre singulière jouant sur différentes atmosphères autour des thèmes du désir, de la solitude, de la mémoire, de l’inconscient et du subconscient, caractéristiques du travail du photographe. Ces thèmes que l’on retrouve dans l’essai de l’auteur Brad Zellar, au cœur de l’ouvrage, et qu’il vient interroger à travers ces fragments d’expériences et d’histoires entrecoupés de citations littéraires.

Atelier EXB
144 pages, 185€
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The stillness of life de Don McCullin

© Don McCullin

The Stillness of Life est un nouveau livre de natures mortes et de paysages signées Sir Don McCullin, dont la plupart sont inédites. Sa publication coïncide avec le 90e anniversaire du photographe et propose une relecture contemplative et méditative de son œuvre, qui s’étend sur plusieurs décennies. Depuis le début des années 1980, McCullin crée ainsi des natures mortes dans son abri de jardin du Somerset. Chaque composition est construite avec lyrisme, à partir d’éléments naturels : fleurs coupées (lys, digitales, glaïeuls), fruits ou champignons, souvent associés à des souvenirs précieux de ses voyages : un dragon de bronze d’Orient, un vase chiné, une statuette de déesse hindoue. Il agence des objets inanimés disparates avec des fruits et des fleurs, créant ainsi une sorte d’autel pour rendre hommage à l’idée de fugacité face à la permanence. Ces autels improvisés célèbrent la beauté, le cycle des saisons et l’écoulement imperceptible du temps. Les paysages présentés dans ce livre sont issus de toute la carrière de McCullin : de ses premières photographies du nord industriel de l’Angleterre à l’Inde, l’Afrique et des images plus récentes prises plus près de chez lui.

Gost Books
112 pages, 95€
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Atlantic Coast de Anastasia Samoylova

© Anastasia Samoylova

En 1954, la photographe américaine Berenice Abbott entreprend de documenter la Route 1, route historique des États-Unis, pressentant déjà les bouleversements profonds que le développement rapide du réseau autoroutier inter-États va engendrer dans les petites villes et les grandes métropoles qui la bordent. Traversant les treize colonies d’origine et au-delà – de Fort Kent, dans le Maine, à Key West, en Floride –, la Route 1 s’est formée sur trois siècles à partir de tronçons de ce qu’on appelait autrefois la Route de l’Atlantique. Inspirée par les observations fines et poétiques d’Abbott sur la vie le long de la Route 1, et à l’occasion du 70e anniversaire de son projet, la photographe floridienne Anastasia Samoylova se lance à son tour dans un voyage pour revisiter ces communautés à jamais transformées par l’autoroute. Travaillant en couleur et en noir et blanc, Samoylova offre un regard plus intime sur le paysage américain, irrémédiablement modifié par l’expansion incessante de l’industrie, du commerce et du développement, ainsi que par le déplacement et la ténacité des populations et de la faune sauvage.

Aperture
144 pages, $65
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The great acceleration de Edward Burtynsky

© Edward Burtynsky

Rétrospective des quarante dernières années de la photographie d’Edward Burtynsky, The great acceleration révèle la profondeur de son exploration de la transformation des paysages naturels par l’homme à travers le monde, mettant en lumière leur fragilité actuelle et leur beauté intemporelle. Des mines à ciel ouvert d’Amérique du Nord aux derricks pétroliers d’Azerbaïdjan, des rizières en terrasses de Chine au soutage de pétrole au Nigéria, Burtynsky a parcouru le monde, animé par une soif insatiable de découvrir comment l’activité humaine organisée a transformé la Terre, d’hier à aujourd’hui. Rassemblant nombre de ses images emblématiques, dont certaines inédites, cet ouvrage est un appel urgent à l’action, nous invitant à apprécier la grandeur qui subsiste dans la nature tout en approfondissant notre compréhension des défis et des responsabilités qui nous incombent.

Steidl
136 pages, 45€
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The heart of the matter de Carrie Mae Weems

© Carrie Mae Weems

Dépassant les frontières du médium, de la chronologie et de l’espace, The heart of the matter (Au cœur du sujet) place l’artiste – ainsi que ses parcours spirituels et philosophiques – au centre du débat. Weems est une artiste incontournable, reconnue pour son travail explorant l’histoire, l’identité et le pouvoir. Cette monographie exhaustive présente de larges extraits d’œuvres majeures, de « Family Pictures and Stories » (1981-1982) à sa série la plus récente sur l’Église noire. Tout au long de l’ouvrage, les réflexions spirituelles de l’artiste offrent un éclairage essentiel sur la pensée et le regard de cette figure emblématique. Des essais inédits et des contributions de penseurs et d’universitaires de renom, issus de différentes générations, soulignent la valeur singulière de la vision de Weems face aux complexités et aux injustices du monde qui nous entoure. Le livre accompagne une exposition à la Gallerie d’Italia de Turin, qui ouvrira ses portes en avril 2025.

Aperture
264 pages, 75€
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The classroom de Hicham Benohoud

© Hicham Benohoud

The Classroom explore les notions de contrôle et de discipline au sein de l’identité marocaine postcoloniale à travers des mises en scène d’images de classe à l’atmosphère étrange, réalisées entre 1994 et 2002. Frustré par la rigidité du système éducatif marocain des années 1990, Hicham Benohoud, professeur d’art, a alors utilisé la photographie comme outil pédagogique. Il a aménagé une chambre noire improvisée dans sa classe afin de favoriser un apprentissage collaboratif et pratique, encourageant ses élèves à explorer leur créativité et leur identité. Les images qui en résultent, créées avec ses élèves, sont empreintes de tension et d’aliénation. Elles mêlent absurdité, humour et malaise dans des compositions à la fois finement cadrées et subtilement désarmantes. En juxtaposant la monotonie de la classe à une exploration visuelle de la liberté et du contrôle, The Classroom propose une critique ludique et existentielle de l’identité postcoloniale, où des gestes créatifs enfantins se fondent dans une esthétique plus ambiguë qui évoque l’oppression, la violence et l’isolement.

The classroom de Hicham Benohoud a reçu le prix Paris Photo-Aperture du meilleur livre photo de l’année.

Loose Joints
144 pages, 47€
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The Ramble, NYC 1969 de Arthur Tress

© Arthur Tress

En 1969, Arthur Tress commence à emporter son appareil photo lors de ses promenades au Ramble, un coin de Central Park envahi par la végétation et devenu le lieu de rencontre en plein air le plus connu des homosexuels de New York. Conçu comme un bois pittoresque au 19e siècle, il devient sauvage à la fin des années 1960, puis un lieu caché, presque oublié, propice aux rencontres fortuites en plein cœur de la ville. Pendant un peu plus d’un an, Arthur Tress y retourne régulièrement, immortalisant le ballet quotidien des rencontres et créant ce qui est aujourd’hui reconnu comme le premier témoignage photographique connu de ce phénomène en pleine nature. Ses images montrent le flux d’hommes dans « The Ramble », certains saisis à distance, d’autres posant ou mis en scène avec délicatesse. Tress considère ces photographies non seulement comme un document, mais aussi comme une sorte de nature morte homosexuelle, à la fois allégorie et rêve.

Stanley Barker
112 pages, 60£
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You are what you do de Daniel Arnold

© Daniel Arnold

Ces 15 dernières années, Daniel Arnold est devenu une figure culte de la scène visuelle de New York, reconnu pour ses rencontres brutes et authentiques avec ses habitants. S’inscrivant dans la grande tradition de la photographie de rue new-yorkaise, il capture le chaos, l’audace, l’humour et la vitalité qui caractérisent la ville. Pourtant, You are what you do révèle quelque chose de plus : une tendresse qui transparaît dans chaque cliché. On y trouve des moments de tristesse et de chagrin sincères, mêlés à la joie, ainsi que des scènes spontanées et authentiques dignes du cinéma de rue, le tout agrémenté d’images prises sur le vif lors de shootings de mode et de tournages.

Loose Joints
184 pages, 54 €
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Sônia de Claudia Andujar

© Claudia Andujar

En 1971, Claudia Andujar rencontre à São Paulo la jeune Sônia Carvalho, qui tente sa chance comme mannequin. Par un jeu de filtres colorés et de cadrages inattendus, la photographe transforme leur unique séance photo en une audacieuse radiographie du corps féminin, signant là l’une de ses premières œuvres expérimentales, aussi psychédélique que sensuelle. Ce livre est le premier consacré à cette série cardinale dans l’œuvre d’Andujar, célèbre pour son travail consacré au peuple Yanomami.

Textuel
64 pages, 49€
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Shima no ama de Kusukazu Uraguchi

© Kusukazu Uraguchi

Depuis plusieurs siècles, les ama – pêcheuses-plongeuses japonaises – nourrissent l’imaginaire nippon. Ces plongeuses en apnée collectent des ormeaux, coquillages et algues dont la vente leur assure l’autonomie financière au sein de leur foyer. Depuis le milieu des années 1950 et pendant plus de trente ans, Kusukazu Uraguchi (1922-1988) les a photographiées dans la région de Shima, le long de la côte Pacifique du Japon. Fruit d’un important travail de recherche parmi près de 40 000 négatifs – pour la quasi-totalité inédits –, cette archive remarquable de paysages, portraits et vues sous-marines raconte à la fois le quotidien et la place particulière de la communauté des ama au sein de la société japonaise. Les images de Uraguchi parlent d’héritage culturel autant que de modernité alors que ces communautés ont connu de profondes mutations suite à la vague d’urbanisation qui a parcouru le Japon après la guerre. Son langage photographique – la force plastique de ses noirs et blancs contrastés, son sens du décadrage, les gestes saisis dans leur spontanéité – célèbre la liberté des corps, la solidarité et l’esprit d’indépendance.

Atelier EXB
168 pages, 49€
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Place de la République de Thomas Boivin

© Thomas Boivin

Au cœur de Paris se dresse la place de la République, carrefour où les vies s’entrecroisent brièvement. Depuis le 19e siècle, elle est le théâtre de manifestations, de grèves, de veillées et de célébrations – un espace où Paris se révèle à elle-même. Aujourd’hui, elle demeure une place symbolique de rassemblement et de vie quotidienne, un lieu où les jeunes viennent flâner, discuter, attendre et observer. Pendant cinq ans, Thomas Boivin a photographié les jeunes Parisiens qui la traversaient, capturant l’harmonie éphémère de la ville. Ses portraits constituent un témoignage discret d’une génération grandissant dans une ville en perpétuelle mutation. Son objectif saisit les petits détails – la mode, la posture, les gestes – qui révèlent comment les jeunes Parisiens construisent leur identité et l’image qu’ils souhaitent projeter. Ensemble, ces portraits reflètent la manière dont la jeunesse trouve sa place au centre-ville : s’approprier l’espace, se croiser, tracer de nouvelles perspectives sur l’identité, le genre et l’appartenance dans l’espace ouvert de la place. « J’ai commencé à fréquenter la place de la République en 2018, une vaste place au cœur de Paris », dit le photographe. « Par de chaudes matinées ensoleillées, j’y retournais, attirée par l’opportunité de représenter les personnes qui s’y rassemblaient. »

Stanley Barker
84 pages, 46£
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Les rêveries d’Agnès de Agnès Varda

© Agnès Varda

Ce livre, qui accompagne l’exposition du musée Soulages de Rodez, est une invitation à la (re)découverte de l’univers enchanté d’Agnès Varda. Depuis les plages de son enfance à Sète, la rencontre décisive avec la famille Schlegel et Linou (Valentine Schlegel) surnommée Linou-bliable… jusqu’à Noirmoutier, l’île d’élection où Agnès, Jacques Demy et leurs enfants passent leurs vacances. Sans oublier les cabanes, le cirque, les rêveurs…

Delpire & co
160 pages, 29€
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Un aller simple pour le Viêt-nam 1966–1968 de Catherine Leroy

© Catherine Leroy

Première femme à recevoir la médaille d’or Robert Capa, qui récompense un reporter pour son courage et son esprit d’indépendance, Catherine Leroy est l’une des rares femmes photographes à couvrir la guerre au Viêt-nam entre 1966 et 1968. Elle a tout juste vingt-et-un ans lorsqu’elle s’envole, un aller simple en poche, pour Saigon, avec pour seuls bagages un boîtier Leica et une centaine de dollars. Très vite, la jeune femme sympathise avec les soldats américains et partage leur quotidien – ils appartiennent à la même génération. Durant trois ans, elle va couvrir le conflit au plus près de l’action. Elle suit les patrouilles en mission, partage avec les soldats leurs rations et couchages de fortune. Ses cadrages serrés et sa très grande proximité avec les Marines saisissent les visages et les corps pris dans la tourmente des tirs. Dans la chaleur et la boue de la jungle vietnamienne, Catherine Leroy capture les moments de courage, de peur, de tension, mais aussi l’amitié, la solidarité et la détresse de jeunes hommes foudroyés par la violence du terrain. Son objectif restitue la fulgurance des combats, le désespoir du peuple vietnamien, les ravages de chaque côté du conflit. Faite prisonnière à Hué par les soldats nord-vietnamiens durant l’offensive du Têt, elle réalise un reportage exceptionnel et fait la couverture de Life. Ses photographies font le tour du monde.

Atelier EXB
240 pages, 49€
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Les Espagnols de Luis Baylón

© Luis Baylón

Toute sa vie, Baylón a cherché, selon ses mots, à « retranscrire la réalité de manière naturelle. Sans composer ou modifier la scène. […] Photographier les gens tels qu’ils sont, tels qu’ils se présentent au monde et non tel que le photographe souhaiterait qu’ils soient. » À 26 ans, son père lui offre un Rolleiflex qu’il ne quittera plus et avec lequel il tente de capter l’âme des gens. Il saisit sur le vif les enfants, les mendiants, les prostituées, les marginaux. Chiens et chats errants, musiciens de rue, amoureux fugaces, rien n’échappe à son regard précis. Son ami Quico Rivas décrit la « recette Baylón » comme le mélange d’« une grande sincérité, un peu de ruse, une certaine effronterie et d’excellents réflexes ». Ce livre révèle son univers à travers une sélection d’images en noir et blanc prises entre 1982 et 2014 dans différentes villes d’Espagne (principalement Madrid mais aussi Barcelone, Benidorm, Murcie, Valence ou encore Zamora). Les textes du romancier Andrés Barba et du photographe Bernard Plossu, tous deux proches de Luis Baylón, apportent chacun un témoignage sensible sur la démarche et le regard singulier de leur ancien complice.

Delpire
184 pages, 42€
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Konkursas de Francesca Allen

© Francesca Alle

Konkursas, Francesca Allen met en scène les participantes au concours annuel lituanien Konkursas Pasaulio Ilgaplaukės, qui récompense les cheveux les plus longs du monde. Des centaines de jeunes filles et de femmes aux cheveux de plusieurs centaines de mètres défilent sur le podium, leurs chevelures soigneusement coiffées étant mesurées par des juges gantés, avant de les secouer lors d’une cérémonie finale. Fascinée par le rituel et le passage à l’âge adulte, Allen s’est intéressée à ce concours, qui mêle faste et folklore et lui permet d’approfondir sa réflexion sur la place des cheveux dans la féminité : « Les cheveux influencent la façon dont les autres nous perçoivent, notre image professionnelle, notre identité, notre religion et notre culture. Ils jouent un rôle primordial dans la construction de soi, mais aussi dans notre façon de juger les autres. » Les photographies qui en résultent – ​​à la fois troublantes, drôles et légèrement surréalistes – explorent la dichotomie entre modernité et tradition, obsession et aspiration, et les conceptions de la féminité et de l’enfance.

Steidl
72 pages, 75€
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Un désir absolu de mémoire de Pauline Vermare

© Estate of Akihiko Okamura

Pendant près de 30 ans, l’Irlande du Nord a été déchirée par l’un des conflits les plus violents du 20e siècle en Europe, « Les Troubles » (1969-1998), qui  firent près de 4 000 victimes. Ces années de tension extrême ont donné lieu à une production exceptionnelle d’images réalisées par des photographes venus du monde entier. Ce septième titre de la collection TXT, créée en 2018 et dirigée par Agnès Sire, permet d’analyser comment ce conflit a engendré de nouvelles façons de photographier. La singularité et la géographie des « Troubles » a fait évoluer l’approche photographique de ceux qui en étaient témoins. Pauline Vermare détaille les différentes méthodes, du photojournalisme à des réalisations plus artistiques, du souci de documenter à celui de se remémorer, qui vont nourrir cette « archive photographique irlandaise ». S’attachant à des moments historiques clés, notamment la Bataille du Bogside (1969), Bloody Sunday (1972) ou encore la mort de Bobby Sands (1981), l’auteure tisse deux histoires parallèles : celle de la photographie et celle de l’Irlande. Ce conflit voit apparaître des personnalités telles que Gilles Caron, Don McCullin, et Gilles Peress, pour qui l’Irlande du Nord occupera une place centrale dans leur œuvre. Des images moins diffusées ou plus inattendues sont également mises en lumière, comme celles d’Akihiko Okamura, de Rosalind Fox Solomon ou de Frankie Quinn. L’ouvrage s’intéresse à l’émergence de nouvelles formes de représentations visuelles dépassant les codes traditionnels du journalisme pour créer des langages nouveaux, plus ouverts.

Atelier EXB
384 pages, 24€
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Fashion de Mark Power

© Mark Power

Les photographies de Fashion ont été réalisées par Mark Power sur une période de 27 ans et dans 23 pays. Elles ont été prises sur des chantiers, dans des usines, des carrières, des chantiers navals, des fonderies, des centres de recyclage, des théâtres et autres lieux de production. La plupart de ces images ont été réalisées sur commande. Certaines représentent des monuments architecturaux reconnaissables, d’autres des sites plus confidentiels. Certaines s’attardent sur des détails infimes, souvent négligés, tandis que d’autres témoignent du talent de Power pour saisir le monumental. Ensemble, elles révèlent une pratique continue où chaque photographie est composée et réfléchie avec minutie. Fait important, les images du livre sont dépourvues de légendes, de descriptions et de dates. De ce fait, elles ne sont classées ni par lieu ni par ordre chronologique, mais uniquement par des liens visuels de couleur, de forme et de lumière. Un humour subtil se dégage souvent des détails : un trou dans une chaussure, des rangées de gants blancs qui sèchent ou une armoire à balais et brosses soigneusement rangée. Détachées de leur contexte commercial ou industriel d’origine, elles deviennent énigmatiques et poétiques.

Gost Books
520 pages, 90€
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Loin du ciel de Laurent Ballesta

© Laurent Ballesta

Dans Loin du ciel, le photographe et plongeur sous-marin Laurent Ballesta dévoile les images de ses découvertes faites au cours des 15 dernières années. Dans ce foisonnement hétéroclite de surprises, il fallait mettre de l’ordre. Alors, il a invité Pierre Descamp, son vieux camarade de plongée, à faire le tri dans les souvenirs et raconter ces tranches de vie. Ensemble, ils nous entraînent dans un monde où la mer est un véritable coffre aux mystères.

Andromède Editions
296 pages, 70€
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Blank notes de Marshall To

© Marshall To

Marshall To a grandi dans une famille d’immigrants chinois de deuxième génération, dans la campagne canadienne. Sa famille, taoïste, tenait un restaurant chinois. Le père de To croyait que les humains vivaient dans un monde surnaturel, parallèle au monde physique. Il pensait que nous étions entourés des esprits de nos proches, de ceux qui attendaient la réincarnation et de ceux qui erraient encore, agités et vengeurs. Dans le taoïsme, le quinzième jour du septième mois lunaire, les portes de l’Enfer s’ouvrent pour permettre aux esprits affamés de parcourir à nouveau la Terre en quête de nourriture. Les familles taoïstes vénèrent les morts durant cette période. Elles prient leurs défunts pour qu’ils les protègent et brûlent des billets de l’Enfer (de l’argent) pour aider les esprits à vivre confortablement dans l’au-delà. Ces esprits affamés sont dangereux. Ils prennent de nombreuses formes : hiboux, serpents, papillons de nuit, oiseaux, renards, loups et tigres. Certains peuvent même se métamorphoser en beaux hommes ou belles femmes pour séduire et posséder. Cette période de l’année est une fête, mais aussi un avertissement : il faut agir avec prudence. C’est le moment de veiller à ne pas offenser ceux que nous ne voyons pas. Il faut être prudent, car les portes sont ouvertes et les fantômes ont faim.

Charcoal Press
144 pages, 75$
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Radio Ballasteath de François-Xavier Gbré

© François-Xavier Gbré

Photographe franco-ivoirien, François-Xavier Gbré développe une pratique artistique qui explore les territoires et revisite l’histoire. Son travail s’intéresse particulièrement au langage de l’architecture comme témoin de mémoire et des changements sociaux. Dans le cadre du programme Latitudes de la Fondation d’entreprise Hermès dont il est le premier lauréat, il a choisi de suivre la ligne de chemin de fer qui relie Abidjan au Niger. Construite dans l’ancienne Afrique occidentale française (AOF), la ligne autrefois dédiée au transport des matières premières ivoiriennes, burkinabés et nigériennes, dans une démarche extractiviste, ainsi qu’aux transports de voyageurs, reste aujourd’hui active mais est uniquement réservée aux marchandises. Les petites gares, typiques de l’architecture moderniste coloniale, et certains tronçons ferroviaires sont désormais abandonnés : la nature luxuriante des régions traversées s’est peu à peu infiltrée, envahissant salles d’attente, hangars et ballasts vétustes… Pendant plus d’un an, François-Xavier Gbré a parcouru les territoires traversés par la voie de chemin de fer, photographiant wagons, gares, ateliers de maintenance et diversité des paysages. Ses images sont chargées d’une certaine mélancolie, celle d’un regard porté sur le passage du temps sur la matière. En contrepoint aux photographies de paysages, baignés de lumière et d’où s’exhale l’humidité de la terre, répond un ensemble d’images de fragments : surfaces pelées par le passage du temps ou rongées par la rouille… Peu à peu, il se dégage des lieux une atmosphère surannée, la sensation d’un temps suspendu. Le voyage auquel nous convie le photographe parle d’une histoire certes révolue mais dont les échos résonnent encore sur des zones longtemps morcelées par la présence coloniale et dont l’empreinte de cette dernière perdure malgré les aléas de la nature et des hommes.

Atelier EXB
104 pages, 45€
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