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Jonk parcourt le monde à la recherche de lieux abandonnés qu’il aime photographier. Il vient de publier un livre, Goodbye Lenin, sur des sites situés dans la partie Europe de l’Est de l’ex Union soviétique. Il nous a livré ses conseils et réflexions sur l’art de photographier des lieux abandonnés. 


De la série Naturalia (Serre, Belgique) © Jonk

Depuis quand photographiez-vous des lieux abandonnés ? 

J’ai commencé il y a une dizaine d’années. D’abord, je suis allé dans des friches industrielles en région parisienne, puis j’ai élargi mon spectre. C’est devenu une passion grandissante et je me suis mis à voyager de plus en plus à travers le monde. J’ai découvert d’autres lieux que les friches industrielles, comme des hôtels, des hôpitaux, des châteaux, des écoles, des églises… 

Quels sont les lieux que vous avez préféré visiter ? 

Il y a le cosmodrome de Baïkonour au Kazakhstan. Un site géré par les militaires russes dont une partie est abandonnée… Là-bas, j’ai vu des navettes spatiales abandonnées et une fusée abandonnée. C’était une sacrée expédition ! Le site était extrêmement sécurisé et ce n’était pas évident de passer entre les mailles du filet. Et puis, il y a aussi Tchernobyl. La zone est vraiment la Mecque dans l’univers des lieux abandonnés. J’y vais très régulièrement.  


De la série Baïkonour © Jonk

Quels conseils donneriez-vous à quelqu'un qui veut se lancer dans ce type de photographies ? 

D’abord il ne faut pas avoir peur de faire de la route. Si tu veux faire de belles photographies, il faut être prêt à bouger. Il ne faut pas avoir peur de l’aventure aussi. Faudra-t-il esquiver des gardiens ? Faudra-t-il faire particulièrement attention à cause de la dangerosité des lieux ? Tu ne vas pas dans une friche comme tu vas au château de Versailles. Il faut faire attention à l’endroit où tu poses les pieds. 

Est-ce qu'il y a un équipement particulier à avoir ? 

En termes de photographie, je recommande d’abord d’avoir un grand angle, notamment parce que tu as souvent affaire à des pièces exiguës. Ensuite, un trépied, car il faut faire des poses longues en raison de l’obscurité qui règne souvent dans les lieux. Il faut avoir un sac sur lequel tu peux accrocher ton trépied, car il peut t’arriver d’avoir à grimper. Par ailleurs, au niveau des habits, je conseille de mettre des vêtements de randonnées et de porter des chaussures à la semelle épaisse, car il arrive fréquemment de marcher sur des clous, débris de verre, etc. Enfin, je recommande le port d’une lampe frontale, aussi à cause de l’obscurité générale des lieux qu’on va voir. 


De la série Goodbye Lenin (Théâtre, Ukraine) « APPRENEZ LES SCIENCES MILITAIRES CORRECTEMENT. LÉNINE » © Jonk

Est-ce qu'il y a une attitude particulière à observer, notamment faire attention à la dangerosité des lieux ou à l'interdiction qu'il y a parfois à y aller ? 

Je dirais qu’il y a surtout une éthique à observer. Je ne rentre par exemple jamais dans un lieu par effraction. Si le lieu est totalement fermé, je ne casse jamais une fenêtre ou une porte pour entrer. Je m’y refuse, même si j’ai fait une très longue route pour y arriver. Par ailleurs, je ne prends jamais aucun objet qui traîne dans les lieux, même si certains d’entre eux ont beaucoup de valeur. Je crois que c’est important de respecter les lieux. 

Qu'est-ce qui vous plaît dans le lieu abandonné ? 

Je trouve qu’il y a dans ces lieux une atmosphère particulière. Il y a une espèce de sérénité incroyable. J’adore m’y trouver pour cette raison. Et puis, les décors sont très photogéniques. On voit le passage du temps. La peinture écaillée, les différentes teintes de rouilles, le retour de la nature… C’est cette atmosphère que je cherche. Dans mon livre, Goodbye Lenin, il y a cet univers d’un temps révolu, d’un temps qui est passé. Un théâtre soviétique où il y a encore une vieille banderole de propagande. J’aime ce que j’appelle des “capsules temporelles”. Je les trouve un peu partout, mais notamment en Europe de l’Est où je voyage depuis maintenant cinq ans. Je vais bientôt aller en Arménie et en Azerbaïdjan dans le Caucase, à la recherche de ces “capsules temporelles”. 


De la série Goodbye Lenin (Base militaire, Ukraine) « EST-CE QUE TU T’ES INSCRIT EN TANT QUE VOLONTAIRE ?  » © Jonk

 


De la série Goodbye Lenin (Base militaire, Biélorussie) © Jonk

 


De la série Naturalia (Bar, Croatie) © Jonk

 


De la série Goodbye Lenin (Station radar, Ukraine) « TROUPES DE DÉFENSE ANTI AÉRIENNE DES FORCES TERRESTRES - TROUPES D’ALERTE CONSTANTE » © Jonk

 


De la série  Naturalia (Garage, Belgique) © Jonk

 

Propos recueillis par Jean-Baptiste Gauvin

 

Goodbye Lenin, Jonk

Editions Pyramyd

240 pages, 35€

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