À l’occasion de sa première rétrospective majeure, accompagnée de l’ouvrage Sunil Gupta: From Here to Eternity, Sunil Gupta explore la réalité de l’homosexualité pour un homme en Inde.

Untitled 22, de la série Christopher Street, 1976 © Sunil Gupta

Avec l’ouverture de la première rétrospective majeure consacrée à son œuvre, Sunil Gupta reçoit enfin son dû, à l’âge de 67 ans. Intitulé « From Here to Eternity » à la Photographer's Gallery de Londres, et accompagné d’un livre éponyme, l’événement est organisé par le commissaire Dr. Mark Sealy MBE, qui a ressorti de cette carrière singulière plusieurs travaux explorant l’homosexualité pour un homme en Inde.

Élevé au sein d’une famille de classe moyenne et anglophone, Sunil Gupta grandit à New Delhi, en Inde. Sa vie de privilégié l’isole des ravages que subit la nation après avoir arraché son indépendance au Royaume Uni. Tout change pourtant, lorsque ses parents partent pour le Canada, à Montréal, et qu’il se retrouve seul, sans amarres. Ce n’est qu’en arrivant à l’université qu’il rejoint les rangs d’un groupe d’étudiants militants et découvre sa destinée. Armé de son appareil photo, le jeune étudiant en commerce trouve là un moyen de s’exprimer et d’explorer son identité, à l’aube du mouvement de libération gay.

Untitled #22 © Sunil Gupta

 

Portraits en Studio, Dehli, 1962 © Suni Gupta

Au milieu des années 1970, il s’installe à New York, où il crée la série en noir et blanc Christopher Street (1976), dédiée à des hommes faisant le trottoir, dans le quartier qui avait vu les émeutes de Stonewall quelques années plus tôt. En 1978, il part pour Londres et se retrouve pour la première fois confronté au racisme le plus abject. Il prend alors toute la mesure de l’impact et de l’étendue de la suprématie des blancs.

Portrait d'un l’artiste radical

Untitled #13 © Sunil Gupta

Tout en étudiant pour obtenir son Master en photographie au Royal College of Art, Gupta obtient une bourse qui lui permet de voyager, et retourne pour la première fois en Inde. Il passe six mois dans un village, étudiant les façons dont le dénuement extrême est incrusté dans la structure sociale des lieux. De retour à Londres, il cherche à exprimer ce qu’il a vu, et se rend compte que personne n’a envie d’entendre. Les éditeurs ne s’intéressent qu’à des photos touristiques sophistiquées, destinées à aiguiser le goût des bourgeois pour l’exotisme, ou à des évocations paupéristes reflétant les divagations du poète britannique Rudyard Kipling et de son œuvre Le fardeau de l’homme blanc.

Écœuré, Sunil Gupta se détourne du photojournalisme et de la photographie commerciale, pour s’ancrer dans la communauté locale des photographes londoniens. En 1988, il participe à la création d’Autograph ABP. « Nous étions fermement décidés, non seulement à inclure des sujets noirs et asiatiques dans nos clichés, mais également à faire en sorte qu’eux aussi prennent des photos », explique Sunil Gupta, depuis sa résidence de South London.

Jama Masjid © Sunil Gupta

Pour lui, le personnel est politique. Séropositif depuis 1995, Sunil Gupta est un battant et un rescapé. Au cours des cinq dernières décennies, il a assisté à la décriminalisation de l’homosexualité aux États-Unis, au Royaume Uni et en Inde, et consacre toute son énergie à décoloniser la photographie, image après image.

L’exposition rassemble des œuvres tirées des séries Exiles (1986-87), qui documente la vie secrète des hommes indiens gays, Memorials (1995), qui honore la mémoire des victimes de crimes de haine homophobes, et The New Pre-Raphaelites (2008), créée pour soutenir le combat visant à faire annuler une loi datant de l’ère coloniale, à savoir l’article 377 du code pénal indien, qui criminalisait l’homosexualité. L’ouvrage quant à lui propose un regard intime sur la vie de l’artiste, au travers de clichés, cartes postales, lettres, affiches et coupures de presse, le tout accompagné de notes manuscrites.

Selfie as person living with HIV, Delhi, 2008 © Suni Gupta

 

Untitled © Sunil Gupta

Par Miss Rosen

Auteure spécialisée en art, photographie et culture, Miss Rosen vit à New York. Ses travaux sont publiés dans des livres, des magazines et des sites web, dont Time, Vogue, Artsy, Aperture, Dazed et Vice, entre autres.

 

Sunil Gupta: From Here to Eternity
Publié par Autograph ABP
£25,00
https://autograph.org.uk/shop/sunil-gupta-from-here-to-eternity-1076 

 

Exposition jusqu'au 21 février 2021
The Photographers’ Gallery, 16-18 Ramillies Street, London W1F 7LW, Royaume Uni
https://thephotographersgallery.org.uk 

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