Une nouvelle exposition à la New York Historical Society retrace l'ascension de l'ancienne patronne du Washington Post, de la salle de rédaction au Bal Noir et Blanc de Truman Capote.

Femme de l'année en économie et business : Katharine Graham, 1973 © Bettmann/Getty Images

Katharine Graham fut une figure inattendue dans le monde de l'édition. Suite à la mort tragique de son père, puis de son mari, elle fut chargée de gérer l'entreprise familiale et se retrouva à la tête du Washington Post. Malgré les obstacles qu'elle dut surmonter à ce poste sans précédent pour une femme de son époque, elle devint l'une des figures les plus influentes du journalisme, ainsi que la première femme PDG sur la liste de Fortune 500. La dernière exposition de la New York Historical Society, Cover Story : Katharine Graham, CEO, (En couverture : Katherine Graham, PDG) rend hommage à la vie de cette pionnière à travers des photographies et documents témoignant de son influence sur le monde de la presse et de ses incursions dans la haute société de Manhattan.

À l'époque, les femmes qui se lançaient dans le journalisme devaient se limiter à couvrir les sujets mode, les potins et la vie domestique, ce que l'on appelait les « pages féminines ». L’éditrice Katharine Graham s'est révoltée contre cette situation. En octobre 1988, dans une note adressée à ses rédacteurs en chef, elle demandait pourquoi le reportage sur la Première dame de l'époque, Nancy Reagan, à l’occasion d’un discours qu’elle avait prononcé aux Nations Unies, avait été relégué dans la section « Style ». « Lorsqu’une femme prononce un discours, ou qu’un membre du gouvernement s’adresse à un public féminin, il relève du sexisme que cela soit publié dans les pages Style », écrivait-elle. « Ne faudrait-il pas changer ces habitudes d’un autre âge ? »

Bal Noir et Blanc, Plaza Hotel, 1966 © Elliott Erwitt/Magnum Photos
Bernard Gotfryd (1924-2016), Katharine Graham et Truman Capote au Bal noir et blanc, 28 novembre, 1966 © Patricia D. Klingenstein Library, New-York Historical Society

Mais le joyau de l'exposition, ce sont les photos du légendaire Bal Noir et Blanc de Truman Capote, au Plaza Hotel de New York en 1966. L'un de ces clichés, pris par Elliott Erwitt, montre la foule dans la grande salle de bal, summum du glamour des années 1960. Truman Capote a dédié son bal à Katharine Graham, une soirée qui allait cimenter sa place dans la haute société au-delà des limites de Washington D.C. ; des photos des deux réunis témoignent de la joie et de l’exubérance de Katharine.

L’exposition met également en lumière des femmes qui furent importantes dans le journalisme de ces années-là ; sur une photo, Dorothy Butler Gilliam - première femme reporter noire travaillant pour le Washington Post - est assise devant une machine à écrire dans une robe fourreau blanche. Sur une autre photo, on découvre Graham, aux côtés de la journaliste et activiste Gloria Steinem, en 1974.

Dorothy Butler Gilliam, 1962 © Harry Naltchayan /The Washington Post/via Getty Images
Katharine Graham à la réunion du conseil d'administration de l'Associated Press, 1975 © Associated Press

L'exposition coïncide également avec le 50e anniversaire des Pentagon Papers, une période agitée pour le Washington Post, qui publia des informations classifiées sous la menace de représailles du gouvernement des États-Unis. Toujours sur la brèche, Graham dirigea l'enquête du Post sur le scandale du Watergate, qui se conclut par la toute première démission d'un président en exercice, Richard Nixon.

Mais l'image la plus émouvante de l'exposition est peut-être celle de la réunion du conseil d'administration de l'Associated Press en 1975, où Graham est la seule femme dans une assemblée de vingt-deux hommes, soulignant sa solitude de femme dans le monde de l'édition. Au milieu d’une mer de costumes gris, elle est assise dans un coin, vêtue d'une robe couleur azur : l'image d'une femme qui a non seulement enduré, mais aussi vaincu.

 

Par Christina Cacouris

Christina Cacouris est journaliste et commissaire d'expositions. Elle vit entre Paris et New York.

 

« Cover Story : Katharine Graham, CEO » est présenté à la New York Historical Society jusqu'au 3 octobre 2021.

 

Truman Capote et Katharine Graham au bal noir et blanc ; Charlotte Curtis à l'arrière plan, 1966 © Harry Benson / Archive Hulton via Getty Images
Katharine Graham avec Ben Bradlee et Len Downie, 27 octobre 1988 © L'Université du Texas à Austin, Centre Harry Ransom

 

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