À Paris, qui dit novembre dit photographie. On ne compte plus les expositions, festivals et autres événements consacrés à l'image. Point central de cette effervescence : Paris Photo, leader mondiale des foires photo. Visite guidée.

Payram, Fragile, 1995, Galerie Maubert © Payram

Cette 24e édition s’annonce exceptionnelle à plus d’un titre. D’abord parce qu’il s’agit d’une renaissance après l’annulation de l’édition 2020 pour cause de pandémie. Ensuite parce que la foire se tient au Grand Palais Éphémère. Si ce nouvel écrin signé de l'architecte Jean-Michel Wilmotte est moins spacieux que l’original (mais plus dense), il présente l’avantage d’être situé au pied de la Tour Eiffel, ce qui le rend très attractif. 

Ce qui ne change pas, c’est que la foire couvre tous les âges de la photographie, du XIXe siècle au contemporain en passant par le moderne. De même, sa dimension internationale reste forte puisque les 177 exposants proviennent d’une trentaine de pays. Évidemment, en ces temps où les voyages sont encore restreints, les galeries françaises sont les plus nombreuses (34 %) devant celles d’Amérique du Nord (13 %) et les Allemandes (12%). Il faut néanmoins saluer la présence de neuf galeries d’Afrique et du Moyen Orient, cinq d’Asie et trois d’Amérique latine.

Joana Choumali, But listen carefully to the sound of loneliness, 2021 © Galerie Loft Art

Le Grand Palais Éphémère étant plus petit, la physionomie de la foire est transformée puisqu’elle est réduite à trois secteurs : le principal avec 127 galeries, Curiosa (dédié aux artistes émergents) avec 20 projets monographiques et une trentaine d’éditeurs venus de neuf pays. « Ce secteur est important parce qu’il représente l’ADN de la foire », comme aime à le rappeler Florence Bourgeois, directrice de Paris Photo. Le livre est aussi mis à l’honneur depuis 2012 à travers trois prix créés en partenariat avec la Fondation Aperture. Les trente-cinq présélectionnés répartis en trois catégories – premier livre, livre photo de l’année et catalogue de l’année – sont présentés sur la foire et en ligne sur aperture.com. Le jury, constitué de professionnels, rendra son verdict le 12 novembre prochain.

Le tour d’horizon ne serait pas complet sans mentionner deux parcours dédiés aux artistes femmes choisies par des spécialistes : « Elles x Paris Photo » et le Centre national des arts plastiques (CNAP). La foire a aussi quelques partenariats originaux, comme celui avec Pernod Ricard qui pour la 12e fois donne carte blanche à un photographe. Cette année Olivier Culmann a revisité quelques rituels photographiques, comme la photo d’identité et la carte postale. A noter aussi le partenariat philanthropique avec le Estée Lauder Pink Ribbon Photo Award qui se mobilise contre le cancer du sein. 

Olivier Culmann pour Pernod Ricard
Sandy Skoglund, Radioactive Cats, 1980, Galerie Paci © Sandy Skoglund

Comme l’expliquent les spécialistes, ce qui fait la qualité d’une foire, ce sont aussi les solo et duo shows car ils permettent de mieux appréhender le parcours des artistes et offrent des accrochages muséaux. Cette année, le secteur principal compte respectivement 17 solos et 8 duos. Parmi eux, on note le retour de l’Américaine Sandy Skoglund (1946) – qui s’est fait connaître dans les années 1980 avec de surprenantes mises en scène –, les vues urbaines du Russe Alexey Titarenko (1962), ou encore les broderies sur photographies imprimées sur toile de l’Ivoirienne Joana Choumali (1974).

Si le 19e siècle se fait rare, la période moderne et les œuvres des années 1970-1990 sont en passe de devenir des classiques affichent une présence remarquée. Témoin, chez Howard Greenberg (New York) avec Berenice Abbott, Man Ray, et aux Douches (Paris) qui a concocté un stand autour de différents thèmes (humaniste, expérimental, graphisme et féminité) avec notamment Arlene Gottfried et Vivian Maier. Ailleurs, on trouve aussi des Herbert List, Helen Levitt, Brassaï, etc. Et comme toujours des trésors poétiques chez Camera Obscura (Paris) signés Paolo Roversi, Sarah Moon ou Michael Kenna.

Alexey Titarenko, White Dresses, St. Petersburg, Russia, 1995 © Galerie Nailya Alexander
Herbert List, The Shadows of the Apostles, Vatican, Italy, 1951 © Herbert List Estate, Hamburg, Germany, Magnum Photos, Galerie Karsten Greve

L’intérêt d’une foire, c’est aussi de dresser un panorama des tendances et des pratiques contemporaines. Plusieurs thèmes se dégagent dans le secteur principal. Si le photojournalisme n’a pas sa place à Paris Photo, les œuvres documentaires sont en revanche nombreuses : des vues réalisées par les photographes de la Nasa chez Daniel Blau (Munich) à une commande de Jurgen Schadeberg pour le magazine Drum à la galerie Bonne Espérance (Paris). De leur côté Clémentine de la Féronnière (Paris) et Sit Down (Paris) mettent notamment l’Angleterre à l’honneur, respectivement celle des années 1970 en noir et blanc de Martin Parr et celle en couleur des années 1990 de Tom Wood.

Autre thème récurrent : l’identité, incarné par la surprenante série d’autoportraits du Polonais Tomasz Machcinski (1942) chez Christian Berst Art Brut (Paris) ou par Anne Deguelle (1943) qui rend hommage à Marcel Duchamp et d’autres maîtres de l’histoire de l’art à la Galerie Dix9 Hélène Lacharmoise. Avec Anaïs Boudot à la galerie Binome (Paris), on peut davantage parler de mythologie personnelle à travers sa série « Les oubliées » remettant des femmes anonymes - effacées par l’histoire - sur le devant de la scène.

Tomasz Machcinski, Sans titre, 2010 © Christian Berst Art Brut (Paris)

L’environnement et la nature, sujets omniprésents dans le champ de la photographie depuis près de deux décennies, sont aussi de la partie avec les incontournables Edward Burtynsky chez Nicholas Metivier (Toronto) et Mitch Epstein chez Thomas Zander (Cologne). Enfin, Paris Photo est certes le royaume de la photographie d’auteur mais elle accorde aussi depuis sa première édition en 1997 une place de choix aux images d’anonymes pourvu qu’elles soient originales. La présence de la galerie Lumière des Roses (Montreuil) spécialisée dans ce domaine en atteste.

Autre tendance forte : le recours aux procédés anciens et l’idée de transformer le tirage – de le triturer, perforer, déchirer ou de lui adjoindre peinture ou broderie – quand il ne s’agit pas de réaliser des impressions sur des supports insolites comme du tissu.

Anne Deguelle, Double Portrait - Duchamp, 1997 © Galerie Dix9 Hélène Lacharmoise

Tout cela est à découvrir à Paris Photo, et bien plus encore! Et pour ceux qui ne peuvent se rendre sur la foire, rendez-vous sur la version online jusqu’au 17 novembre. 

 

Par Sophie Bernard

Sophie Bernard est une journaliste spécialisée en photographie, contributrice pour La Gazette de Drouot ou le Quotidien de l'Art, commissaire d'exposition et enseignante à l'EFET, à Paris.

 

Paris Photodu 11 au 14 novembre 2021, Grand Palais Éphémère, Champ-de-Mars, Place Joffre, 75007 Paris.

 

NASA, Mariner 6 approach to Mars © Daniel Blau

 

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