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Reed Estabrook : images des vestiges de l'Amérique

Reed Estabrook : images des vestiges de l’Amérique

Une nouvelle exposition de la galerie Joseph Bellows, en Californie, présente les photographies de Reed Estabrook datant des années 1970, prises lors de ses nombreux voyages en voiture.
© Reed Estabrook

Le périple à travers le pays est une tradition typiquement américaine, motivée par le désir de voir la « vraie » Amérique, de découvrir ce qui se trouve au-delà de nos environnements étriqués. Dans les années 1970, le photographe Reed Estabrook prend la route pour un voyage au cours duquel il documente l’immensité du territoire et les repères qui le parsèment. Ses clichés sont aujourd’hui exposés à la galerie Joseph Bellows. « Reed Estabrook : American Roadside Monuments » dépeint les reliques de l’Amérique avec des tirages vintage des années 1970 ; comme Robert Frank avant lui, Estabrook a voyagé vers l’Ouest et photographié les vestiges parfois délabrés de constructions et de publicités des années 1950, certains toujours d’actualité, d’autres caducs.

Le relais routier, qui a fleuri dans toute l’Amérique après la construction, supervisée par le président Dwight Eisenhower, de près de 65 000 km de nouvelles autoroutes dans les années 1950, est l’une de ces reliques. Estabrook capture ce qui semble être un arrêt abandonné au milieu d’une vaste étendue de terre, la signalisation étant si vétuste que seuls les contours de mots sont visibles sur le côté du bâtiment. Au-dessus, une enseigne au néon éteinte, figurant un camion, traverse le ciel vide. Sur une autre photo, le mot « Café » est gravé sur le côté d’une portière de voiture qui a été hissée sur un poteau, enseigne d’un bâtiment qui a disparu. N’est visible aujourd’hui que la prairie derrière, qui s’étend à l’infini.

© Reed Estabrook
© Reed Estabrook

« « American Roadside Monuments” raconte la rencontre d’un jeune Yankee avec l’immensité de l’Ouest américain », a déclaré M. Estabrook. « Les jeunes gens de ma génération traversaient régulièrement le pays en voiture. J’avais déjà fait deux fois le tour des Etats-Unis avant d’obtenir mon diplôme de fin d’étude. Mais en 1971, lors de mon premier poste d’enseignant à l’université de l’Illinois, je me suis retrouvé dans la prairie. Lorsque je regardais par la fenêtre de ma chambre, je voyais le train Panama Limited qui roulait vers le sud, de Chicago à la Nouvelle-Orléans. Les voies ferrées se trouvaient à une dizaine de kilomètres de là : parler de platitude serait un euphémisme. »

De nombreuses photographies d’Estabrook montrent ces grandes étendues sans aucun point de repère permettant de savoir où elles se situent précisément. Sur certaines images, on voit ces structures encore à moitié debout – un magasin abandonné, un mur solitaire – donnant l’impression d’une ville fantôme. D’autres, en revanche, se concentrent exclusivement sur les panneaux publicitaires, comme la main géante saisissant une bouteille de Coca-Cola, ou le buste d’une pin-up. Ces graphismes définissent l’esthétique américaine d’une certaine époque, reprise aujourd’hui pour son aspect « vintage ».

© Reed Estabrook
© Reed Estabrook

« Chaque été, nous nous échappions de la tyrannie des paysages verdoyants en roulant vers l’ouest, et ces structures se sont imposées dans le paysage », se souvient Estabrook. « Ce sont d’authentiques « MONUMENTS », typiquement américains et souvent fabriqués de main d’homme, qui nous relient à ce lieu, et qui se dressent de façon spectaculaire contre le bleu du ciel. Ils symbolisaient cette merveilleuse expérience de l’itinérance et de la découverte. »

Par Christina Cacouris

Christina Cacouris est journaliste et commissaire d’expositions. Elle vit entre Paris et New York.

L’exposition « Reed Estabrook : American Roadside Monuments » est présentée à la Joseph Bellows Gallery jusqu’au 27 novembre 2021.

© Reed Estabrook
© Reed Estabrook
© Reed Estabrook
© Reed Estabrook

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