Pour ses 50 ans, les Rencontres d’Arles dédient un des plus beaux espaces de la ville aux femmes photographes. À l'Espace Van Gogh à Arles, le festival rend hommage à un trio de femmes engagées. Au tournant des années 1970, Abigail Heyman, Eve Arnold et Susan Meiselas contribuent toutes trois à l’émancipation de la femme grâce à trois publications monographiques majeures. 


Abigail Heyman, Autoportrait, 1971

Quoi de plus fort que de commencer cette exposition par un autoportrait dans une salle de bain, une femme face à son reflet dans le miroir. L’image résume à elle seule le contenu de l’exposition : des femmes qui parlent de femmes, de leur intimité et de leur condition qui les réduit à des objets de beauté, utile et agréable. Cet autoportrait d’Abigail Heyman est extrait de son livre Growing up female, publié en 1974 qui interroge l’enfermement des femmes dans certains stéréotypes. De la quinquagénaire en bigoudi au supermarché, on passe de la mère au foyer dévouée à la petite fille qui pousse sagement une poussette dans le jardin. Des clichés derrière lesquels se dessine surtout l’ennui d’une vie déjà tracée et prévisible. Ces “non-sujets” sont réduits, chez Eve Arnold, à un simple geste impersonnel et répétitif : celui d’une main qui savonne une casserole ou qui reprise une chaussette. Un style efficace et direct qui insiste sur la fonction domestique des femmes et les déshumanise. 


Eve Arnold, Reportage sur le travail quotidien d’une femme au foyer, Londres, 1971. Avec l’aimable autorisation de Eve Arnold / Magnum Photos

Dans les coulisses

Si la femme n’est pas la mère, elle est l’amante, le fantasme. On la regarde s’effeuiller sur les planches d’un théâtre de fortune comme dans cet ouvrage de Susan Meiselas paru en 1976, Carnival Strippers. Pendant quatre ans, la photographe documente les spectacles de strip-teases forains dans le nord-est des États-Unis. Un témoignage d’autant plus poignant que la photographe dévoile les coulisses de ces déesses nocturnes : l’attente, la lassitude, la fatigue. Pourtant, ces dernières ne se considèrent pas toutes comme des victimes et posent aussi fièrement, nues, devant l’objectif, assumant leurs corps et leur profession. Ce sont surtout des femmes libres et indépendantes que représente Susan Meiselas, en adéquation avec leur époque qui brise les carcans et les préjugés, et ce, en dépit d’une profession souvent stigmatisée. Il en est également ainsi des images d’Eve Arnold. Dans son livre The Unretouched Woman, paru en 1976 et qui inspire ici le titre de cette exposition, la photographe brise les stéréotypes sexistes et célèbre au contraire la femme au naturel, sans fard ni retouches. Elle offre notamment de rares et belles images de Marilyn Monroe, icône de la femme désirable, qu’elle parvient à photographier sur le vif, à des instants inattendus de son quotidien. Des photographies qui contrastent avec sa série sur l’actrice Joan Crawford dont elle documente les interminables séances de maquillage et autres soins de beauté qui précèdent toutes apparitions publiques. Des images touchantes qui lève le voile sur la condition des femmes et décrivent avec tendresse la réalité de leur intimité. 


Susan Meiselas, Nouvelle strip-teaseuse, Tunbridge, Vermont, États-Unis. Avec l’aimable autorisation de Susan Meiselas / Magnum Photos

Abigail Heyman, Supermarché, 1971

Couverture du livre d’Abigail Heyman, Growing Up Female: A Personal Photo-Journal, New York, Holt, Rinehart & Winston, 1974

Couverture du livre de Susan Meiselas, Carnival Strippers, New York, Farrar, Strauss & Giroux 1976

Couverture du livre d’Eve Arnold, The Unretouched Woman, New York, Knopf, 1976

Par Coline Olsina

 

Eve Arnold, Abigail Heyman and Susan Meseilas : Unretouched women

Du 1er juillet au 22 septembre 2019

Espace Van Gogh, Arles 

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