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Le prix W. Eugene Smith figure parmi les plus anciens prix de photographie. Il récompense chaque année un photographe dont le travail s’inscrit dans la tradition de la photographie humaniste telle que pratiquée par l'Américain W. Eugene Smith. Pour cette 40e édition, deux finalistes ont retenu l’attention de la rédaction de Blind. C’est le cas du photographe italien Alessandro Cinque qui a mené une enquête haletante au coeur d’un corridor minier au Pérou.


15 août 2019, La mine de Las Bambas. Les travaux d'exploration du site par la société Xstrata Cooper ont débuté en 2004. En 2013, Glencore (la même société qui possède Antapaccay et Tintaya à Espinar) devient propriétaire de Las Bambas. Dans l'image, Gregorio Roja Paniura, représentant de la Communauté de Nuove Fuerabamba avec son chapeau typique. © Alessandro Cinque

Pendant deux ans, Alessandro Cinque a suivi le chemin tracé par ce corridor minier le long de la cordillère des Andes. Si cette exploitation réalise près de 40% de la production nationale de cuivre, contribuant à faire du pays le 2e producteur mondial de cuivre, de zinc et d’argent, elle est une catastrophe pour les populations locales. Cancer, anémie, maladies respiratoires, prostitution, délinquance… Ses photographies sont un témoignage tragique et alarmant. 

« Au cours des dernières années, la situation a considérablement changé » explique un fermier, « Si, avant nous vivions dans la prospérité avec nos animaux et nos champs luxuriants, maintenant nous n’avons plus rien ». Alessandro Cinque a recueilli les témoignages et les visages des quelques habitants restés pour résister. Car nombreux sont ceux qui ont quitté cette terre malade et meurtrière. L’eau contaminée est un fléau pour les habitants comme pour les animaux dont la quasi-totalité a été décimée. Et s’ils n’en meurent pas, ils naissent mort-nés comme le veau de Grimalda de Cuno, qu’elle s’apprête à enterrer. Et dans cette autre image, c’est le père de Félix qui a été enterré, tué lors d’une manifestation contre l’activité minière. Un reportage poignant au coeur de cette communauté prête à résister, quoi qu’il en coûte. 


16 août, Huisa, Espinar, Pérou. Grimalda De Cuno dans sa maison est en train d'envelopper son veau qui est né mort la veille. En raison de la pollution de l'eau par les métaux lourds, de nombreux animaux meurent pour boire dans la rivière, ou naissent morts. Le bétail a été détruit au fil des ans, ce qui a aggravé la situation des agriculteurs et des éleveurs déjà en situation de pauvreté. Au cours des 6 dernières années, la famille Grimalda a perdu 21 vaches et tous les moutons et lamas qu'elle possédait. © Alessandro Cinque

 


13 août 2018, Cimetière de Tres Angeles, Espinar, Pérou. Le fils priant sur la tombe de son père Félix. À Espinar, en 2012, il y a eu l'énorme cycle de manifestations " Espinar se Levanta " organisées par la population locale contre l'activité minière. La police a réprimé la manifestation par la violence. Il y a eu 3 morts et des dizaines de blessés. Parmi les victimes, il y a Félix, un pacifiste âgé de quatre-vingt-deux ans, chef de la communauté de l'Alto Huancanè. © Alessandro Cinque

 


Le 9 août 2018, Mamanocca, Espinar, Pérou. Les agriculteurs éteignent le feu dans un champ cultivé. 380 hectares brûlés, 40 familles concernées. Le problème des incendies touche souvent les territoires autour de la ville d'Espinar et le manque d'eau ne facilite pas l'extinction qui se fait avec des couvertures, des chandails et tout type de vêtements, par les agriculteurs qui se hâtent. Si les animaux sont morts et que leurs terres sont incinérées, il devient difficile de survivre. © Alessandro Cinque

 


16 août 2019. Doroteo Paniura Ucharo, 44 ans. Il a été abattu par la police en 2015, lors de manifestations contre la mine, dans la communauté de Pumamarca. La balle est entrée dans le mamelon et est sortie par l'aisselle. © Alessandro Cinque

 


25 août 2018. Le long de la route qui relie Sicuani à Espinar, Pérou, un camion renversé. Son contenu se répand dans l'environnement. Le manque d'attention accordée aux questions de sécurité au travail, les rythmes épuisants et le problème de l'alcoolisme contribuent souvent à l'occurrence de nombreux accidents. © Alessandro Cinque

 

Par Coline Olsina

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