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Le nouveau Centre Photographique de Marseille présente une exposition sur la vaste thématique du Pouvoir. Ouvert il y a tout juste un an, le CPM souhaite accompagner les publics dans la découverte de la photographie contemporaine et lui donner les clés pour comprendre les images d’aujourd’hui. À une époque où les images jouent un rôle crucial dans la société, quoi de plus important que d’interroger la relation entre photographie et pouvoir ?


Barbara Kruger, Sans titre, 1989 © droits réservés / Cnap /

Le Centre Photographique de Marseille est installé au coeur du quartier de la Joliette. Au carrefour du port industriel, d’un imposant centre commercial et du quartier historique du Panier, la Joliette brasse un public à la fois populaire et dynamique. Un public en prise avec les paradoxes de notre société saturée de visuels : images publicitaires, images de presse, images de campagnes politiques, images virtuelles … Elles sont partout, omniprésentes. Quel pouvoir ont-elles sur nous ? Influencent-elles notre perception du monde ? Nos opinions ? 

En réunissant les photographies de plus d’une vingtaine d’artistes, l’exposition Pouvoir(s) donne un aperçu de toutes ces formes photographiques qui interrogent la notion de pouvoir et esquissent des questions essentielles. Sélection de deux « pépites » de l’exposition. 


Michael Jackson, 2003 © Valérie Belin

L’habit ne fait pas le moine

C’est une icône qui accueille le visiteur à l’entrée de l’exposition. Une superstar, l’idole, le symbole de toute une génération : Michael Jackson. Cet immense portrait en noir et blanc d’1m60, c’est la photographe française Valérie Belin qui l’a réalisé. Fascinée par les faux-semblants et l’artifice, l’artiste a produit ce travail grâce à la participation de différents sosies de Michael Jackson. 

De loin, il ne fait aucun doute, c’est bien la star américaine de la pop que l’on voit. De près, quelque chose louche… Comment imiter un être aussi insaisissable que lui ? Lui, le maître de la transformation et des apparences. En mêlant le vrai et le faux, l’authentique et la reproduction, Valérie Belin s’amuse de la puissance trompeuse des images. Un trompe-l’oeil dont s’amuse aussi Erick Gudimard, directeur du CPM, qui a choisi sciemment de placer la photographie au début de l’exposition de façon à ce qu’elle soit visible de la rue. « Elle attire l’oeil ! Les passants ont tout de suite envie de passer la porte » dit-il d’un air espiègle. 


Alain Bizos, Jacques Mesrine, le tir de la série Mesrine, 1979  © Adagp, Paris / Cnap / Crédit photo : (Service photographique interne)

L’idole des jeunes

Un peu plus loin, c’est le triptyque d’Alain Bizos représentant Jacques Mesrine qui attire le regard. Jacques Mesrine, « L’ennemi public n°1 », le gangster qui a fait trembler tout la France autant qu’il l’a fasciné. Car oui, Mesrine est conscient de la fascination qu’il exerce et ce, en dépit, des meurtres, des braquages et des enlèvements pour lesquels il est ardemment recherché. 

Au printemps 1979, il est en cavale. Avec la complicité de son ami Gilles Millet qui prévoit d’écrire un livre sur Jacques Mesrine, Alain Bizos - alors reporter pour le journal Libération -  le rencontre clandestinement dans une maison de campagne près d’Orléans. Des photos de souvenirs où les quelques personnes qui participent à la rencontre posent fièrement à côté du malfrat, les images de Mesrine virent petit à petit à la mise en scène ironique : Mesrine qui dévoile son visage, Mesrine qui escalade un mur comme s’il était en fuite, Mesrine qui mime son guillotinage… Et dans ce triptyque au flash, Mesrine qui dégaine et braque son arme. En une pellicule, Alain Bizos a immortalisé la légende. En trois photos, Alain Bizos donne au bandit ses lettres de noblesse. 

Une semaine plus tard, le 2 novembre 1979, Jacques Mesrine meurt sous les balles de la police française. La série d’Alain Bizos est publiée dans le journal Paris Match quelques jours après et Jacques Mesrine est devenu « l’idole des jeunes ». 


Nickolas Muray,  Frida Kahlo on Bench, 1939 © droits réservés / Cnap / crédit photo : Galerie Camera Obscura

 


Hocine, La Madone de Benthala, 23 septembre 1997 © droits réservés / Cnap / crédit photo : Yves Chenot

 

 


Bill Owens, Reagan TV Interior, 1972 © Bill Owens / Cnap / crédit photo : Bruno Scotti

 

Par Coline Olsina

 

Pouvoir(s)

Du 12 octobre 2019 au 11 janvier 2020

Centre Photographique de Marseille, 2 Rue Vincent Leblanc, 13002 Marseille

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