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Synonyme de photographie, Arles passera l’été sans ses Rencontres pour cause de coronavirus. Qu’à cela ne tienne, les acteurs culturels locaux relèvent le défi avec une programmation pluridisciplinaire où l’image tient une place de choix. Sélection.


Jacques Léonard, Barcelone, 1960 © Archivo Familia J.Léonard

Un été sans les Rencontres d’Arles, ça n’est jamais arrivé depuis la création du festival en 1970 ! Privés de ce grand rendez-vous annuel international, professionnels et amateurs de photographie sont comme orphelins. En 2019, année record de fréquentation, ils ont été plus de 145 000 à arpenter la ville…

Au fil des éditions, celui qui fut le premier festival dédié à la photographie créé dans le monde s’est fait à la fois le témoin et l’acteur de la reconnaissance de la photographie comme art, de son évolution et de ses transformations. Ansel Adams, Brassaï, Jacques Henri Lartigue, Henri Cartier-Bresson, Robert Doisneau, Annie Leibovitz, Nan Goldin, Miguel Rio Branco, Andres Serrano, Martin Parr, Raymond Depardon… En cinq décennies, ce festival a accueilli les principales figures mondiales de la photographie mais a aussi révélé de nombreux talents. 

Habituellement, Les Rencontres, ce sont des expositions et des soirées mais aussi des lectures de portfolio et des stages pour les jeunes photographes, un salon d’édition, une vente aux enchères, des conférences, des débats… Bref, la vie de la photo sous toutes ses formes. A la cinquantaine d’événements de la programmation officielle s’ajoute une centaine de rendez-vous off…


De l'exposition On n'est pas là pour se faire engueuler © Cohérie Boris Vian

Si le vaisseau mère a déclaré forfait pour cause de coronavirus – difficile de produire des œuvres en confinement – galeries, fondations et autres musées arlésiens ont relevé le défi en concoctant un programme intitulé Arles Contemporain, du nom d’une association créée en 2013 regroupant de nombreux acteurs culturels arlésiens “à l’année”. « Un peu endormie, nous l’avons réveillée. Résultat : nous allons présenter plus d’une soixantaine de rendez-vous pendant deux mois. Ni les Rencontres ni le Off, cette initiative spontanée mise sur la diversité », raconte Nicolas Havette, le coordinateur de Arles Contemporain. 

Si tous les arts sont représentés, l’image tient une place de choix, comme à la Fondation Manuel Rivera-Ortiz, lieu dédié aux films et à la photographie documentaire, dont Nicolas Havette est le directeur artistique. Sous le titre Les Pionniers, il a imaginé un parcours en six expositions dans cette maison de ville de 600 m2. Aux deux thèmes, ô combien, d’actualité – l’écologie et la migration – s’ajoute un hommage à Boris Vian qui aurait eu cent ans cette année. Intitulée On n’est pas là pour se faire engueuler, clin d’œil à l’une des chansons de l’auteur de J’irais cracher sur vos tombes, l’exposition réunit photos et autres documents… Toujours à la Fondation Manuel Rivera-Ortiz, il faut voir Giving birth in exile de Sylvie Léget racontant le destin de cinq femmes venues d’Afrique et d’Europe de l’Est qui ont en commun d’avoir donné la vie sur la route de l’exil ou à leur arrivée en Suisse. « Sylvie Léget les a photographiées et a recueilli leur témoignage à lire dans l’exposition », explique Audrey Hoareau, la commissaire d’exposition. Contre-point à leurs histoires parfois cruelles, les paysages de Taiwan de Wu Cheng-Chang décrivent, derrière une apparente séduction, une autre dure réalité, celle de la crise environnementale.


De l'exposition Giving birt in exile, Ubah, 2018 © Sylvie LÉGET

Arles Contemporain fait aussi une place aux “historiques”, comme Jacques Léonard, à la galerie Anne Clergue, photographe oublié qui a saisi la communauté gitane de Barcelone dans les années 50. Et aux “valeurs sûres”, comme au musée Réattu, avec une nouvelle proposition d’accrochage de la collection photo incluant notamment Corinne Mercadier et Bodgan Konopka. De son côté, la librairie Actes Sud mise sur « Les “grands noms” de la photographie » pour reprendre le titre de leur exposition autour de la genèse de trois Photopoche dédiés aux femmes. Si vous voyagez en train, ne ratez pas Hexagone de Eric Bouvet et Yan Morvan – initialement programmés aux Rencontres – dans les gares de Lyon (Paris) et de Avignon-TGV : un travail de deux ans réalisé aux quatre coins de notre territoire autour de la question brûlante : « Qu’est-ce qu’être français ? ». Finalement, la tradition est respectée, il y aura bien de la photographie à Arles cet été !


Jeremie - Crédits ® Yan Morvan

 


Marie - Crédits ® Eric Bouvet

 


Jacques Léonard, Rosita, BCN, 1960 © J. Léonard, Archivo Familia J. Léonard

 


De l'exposition Giving birt in exile, Rosina, 2018 © Sylvie LÉGET

 


De l'exposition Vision of Taiwan, Jia Dong, 2011 © WU Cheng-Chang

 

Par Sophie Bernard

Arles Contemporain du 26 juin au 6 septembre, arles-contemporain.com 


Fondation Manuel Rivera-Ortiz du 3 juillet au 5 septembre, http://mrofoundation.org/

Galerie Librairie Actes Sud du 1er juillet au 30 août 2020, librairieactessud.com

Gares d’Avignon TGV et de Paris-Gare de Lyon du 25 juin au 1er septembre, rencontres-arles.com/fr/eric-bouvet-yan-morvan/

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