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La mort aussi bruyante que la vie

Le photographe Ronan Guillou (1968–2022) a mené depuis les années 2000 une vaste odyssée photographique en couleurs à travers l’Alaska. Son travail, qui tient tant de l’intention documentaire que de la recherche formelle, à donné lieu à l’ouvrage La mort aussi bruyante que la vie.

Le 30 mars 1867, le Secrétaire d’État américain William H. Seward achète l’Alaska à une Russie endettée pour un coût dérisoire (7 millions de dollars, soit moins de 5 dollars au km2). Quatre années de Guerre de Sécession ont mis à mal l’Union et Seward espère retrouver une unité nationale en flattant la fibre expansionniste des Américains. Mais ce vaste et lointain territoire glacé, séparé des États-Unis par le Canada, ne suscite guère d’intérêt. On se moque de cet achat et il faudra attendre 1959 pour que l’Alaska devienne le 49e État américain, le plus septentrional, le plus étendu aussi mais l’un des moins peuplés. Sa position stratégique en a fait un espace ultra-sensible durant toute la Guerre froide.
Le dérèglement climatique et la fonte des glaces en font aujourd’hui l’objet d'inquiétudes.

Le photographe Ronan Guillou découvre l’Alaska du XXIe siècle. L’Amérique le fascine, comme tant d’autres avant lui. Alors que le Grand Ouest américain et ses vastes étendues ont été parcourues, documentées et mises en récit par des générations de photographes et de cinéastes, nourrissant un imaginaire mondial commun, très rares sont les photographes qui se sont aventurés en Alaska, cet État que les Américains nomment à présent "The Last Frontier".

Ronan Guillou entreprend quatre longs voyages en Alaska, chacun à une saison différente. Saisi par ce qu’il découvre, un territoire qui porte encore les traces de son passé – terre autochtone et sauvage qui a vu déferler colonisateurs, trappeurs et chercheurs d’or –, il va s’intéresser aux fragiles équilibres entre civilisation et nature. Guidé par la force de ses rencontres avec une population souvent marginale ou soumise aux rudesses locales, le photographe ne cède pas à la tentation d’images exotiques. Il s'intéresse aux « expériences avec les humains et les lieux ». En résulte un corpus de photographies étonnamment libres, rythmé par les quatre saisons de ses voyages.


La mort aussi bruyante que la vie : Ronan Guillou. , Éditions Le bec en l'air, 136 pages, 94 photographies, 42 €.

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