Blind Magazine : photography at first sight

La vie à Odessa, avant la guerre

Pendant cinq ans, Yelena Yemchuk a photographié Odessa et ses habitants. C’était avant l’invasion russe.

Pour la jeune fille née à Kyiv, Yelena Yemchuk, Odessa apparaissait comme un rêve lointain, une destination inatteignable, bercée de romantisme, un mystère. Enfant, elle voyageait avec ses parents à la mer Noire mais jamais à Odessa qui avait la réputation d’être « un îlot de liberté » durant l’ère soviétique. « Un lieu de blagues et de personnages, peuplé de hors-la-loi et d’intellectuels », écrit la photographe à la fin de son ouvrage Odesa 2015-2019, publié par Gost Books et paru en mai 2022 alors que l’Ukraine est en guerre.

Yelena Yemchuk
« Odesa » © Yelena Yemchuk
Yelena Yemchuk
« Odesa » © Yelena Yemchuk
Yelena Yemchuk
« Odesa » © Yelena Yemchuk

Yelena Yemchuk a 11 ans quand elle quitte avec sa famille son pays pour les États-Unis. On est en 1981, l’Ukraine vit sous le joug soviétique. 10 ans plus tard, à la grande surprise, l’URSS s’effondre et le pays annonce son indépendance. Yelena Yemchuk est de nouveau autorisée à retourner voir ses proches. Elle commence à se rendre souvent à Kyiv où elle aime passer ses journées à prendre des photos et ses soirées avec sa grand-mère. C’est à ce moment-là que son langage photographique nait, bercée par les tiraillements identitaires de l’Ukraine. Odessa, elle la découvre pour la première fois en 2003.

Les années passent, la Russie envahit et annexe la Crimée. Un an plus tard, en 2015, Yelena Yemchuk remarque que les jeunes s’engagent de plus en plus à l’armée. Elle retourne à Odessa photographier les garçons et filles de 16 et 17 ans à la Odesa Military Academy. Nombre d’entre eux se battent probablement en ce moment pour défendre leur pays. Une fois ces portraits pris, la photographe réalise que ces visages méritent d’être contextualisés, d’être immergés dans la ville. Elle commence alors à tout photographier: la ville d’Odessa, sa population, les moindres détails. 

Yelena Yemchuk
« Odesa » © Yelena Yemchuk
Yelena Yemchuk
« Odesa » © Yelena Yemchuk
Yelena Yemchuk
« Odesa » © Yelena Yemchuk

Pendant cinq ans, elle capture cette ville qu’elle considère à la fois « comme nostalgique et nouvelle ». C’est en quelque sorte « sa ville rêvée », écrit-elle. Entre portraits intimistes, scènes de vie et d’intérieur de maison, Yelena Yemchuk dépeint une ville hors du temps, pleine de mélancolie. La poète Ilya Kaminsky ponctue les photographies par ses textes aux mots poignants : « Odessa est une ville d’immigrés, construite par des immigrés pour des immigrés. Quelle est la langue commune de tous les immigrés ? C’est un langage à travers lequel l’âme se déplace à mesure que le corps se déplace dans le temps. » Un langage qui ne peut être que photographié.

Odesa, par Yelena Yemchuk, édité par Gost Books, 176 pages, 62€

Yelena Yemchuk
« Odesa » © Yelena Yemchuk
Yelena Yemchuk
« Odesa » © Yelena Yemchuk

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