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La jeune photographie ne perd pas le Niort

Du 25 mars au 27 mai, Les Rencontres de la Jeune Photographie Internationale à Niort accueillent sept artistes émergents internationaux en résidence de création et proposent un grand parcours d’expositions dans la ville.

Voilà 28 ans que les Rencontres de la jeune photographie internationale accueillent 8 jeunes (parfois 7) au Fort Foucault, résidence d’artistes de la ville de Niort. Si lors de sa première édition en 1994, les photographes travaillaient à l’argentique et les candidatures étaient envoyées par la poste, le concept était déjà le même : offrir un espace de temps et de lieu exclusivement consacré à la création. Patrick Delat, directeur artistique des Rencontres, résume l’événement comme « une sorte de laboratoire de création, le tout dans un esprit de bienveillance ».

© Victor Manuel Gamarra Goicochea
© Victor Manuel Gamarra Goicochea

« Chaque année, je fais une programmation qui permet au grand public de découvrir toutes les facettes de la photographie, que ce soit des photographes reporters comme Philip Blenkinsop, de la photographie argentique classique comme Descamps ou Françoise Huguier, ou encore des artistes plasticiens comme Corinne Mercadier », précise Patrick Delat. 

Cette année, Joan Fontcuberta est l’invité d’honneur des Rencontres. L’artiste espagnol investit la Villa Pérochon avec son exposition « Monstres ». Véritable « recycleur d’images », il récupère des images « orphelines » issues d’archives, et les fait dialoguer avec d’autres, produites par intelligence artificielle. Également parrain de la promotion 2023, Joan Fontcuberta a pu accompagner les sept jeunes résidents dans leur processus de création. 

Le temps de l’expérimentation

Les Rencontres s’organisent en deux temps. Du 25 mars au 14 avril, la Médiathèque Pierre-Moinot a exposé les œuvres des résidents de la promotion 2023 présentées dans leurs dossiers de candidature. Après 15 jours de création, la première exposition consacrée aux anciens travaux des sept résidents est remplacée par leurs créations durant leur résidence. Les nouvelles œuvres sont désormais visibles jusqu’au 27 mai.

La promotion 2023 offre une sélection très variée en termes de création. Côté France, Romy Alizée pose un regard féministe sur la sexualité avec ses tirages noir et blanc érotiques et transgressifs. Chloé Milos Azzopardi, à travers  ses clichés quasi surnaturels, interroge notre rapport au vivant, entre domination et servitude.

Autoportrait avec Celio, 2020 © Romy Alizée
Autoportrait avec Celio, 2020 © Romy Alizée
© Chloé Azzopardi
© Chloé Azzopardi
© Chloé Azzopardi
© Chloé Azzopardi

Valia Russo aborde le concept d’effondrement. Entre 2021 et 2022, il documente photographiquement les signes précurseurs de cet effondrement, qui selon lui, est ancré dans le réel depuis un certain temps. Douces et poétiques, ses photographies de nuit au flash rompent avec l’idée de chaos qu’elles laissent présager. Enfin, les installations photographiques de France-Lan Lê Vu, posent une réflexion sur le retour aux techniques naturelles et les alternatives de la photographie face à l’ultra modernité.

Here, the world comes to an end more quietly © Valia Russo
Here, the world comes to an end more quietly © Valia Russo
Here, the world comes to an end more quietly © Valia Russo
Here, the world comes to an end more quietly © Valia Russo
© France Lan Lê Vu
© France Lan Lê Vu

Côté international, 3 photographes ont posé leurs valises à Niort. Md Fazla Rabbi Fatiq aborde l’histoire coloniale du Bangladesh et la réalité de l’exploitation du thé. Victor Gamarra retrace son enfance au Pérou, sur les plages de Lima, tandis que le photographe ukrainien Yehor Simakov expose sa mémoire sur du vieux papier soviétique, à la manière d’un puzzle d’archives et de pellicules.

© Md Fazla Rabbi Fatiq
© Md Fazla Rabbi Fatiq
Md Fazla Rabbi FATIQ
© Md Fazla Rabbi Fatiq
© Victor Manuel Gamarra Goicochea
© Victor Manuel Gamarra Goicochea
© Victor Manuel Gamarra Goicochea
© Victor Manuel Gamarra Goicochea
Yehor Simakov
© Yehor Simakov

Un parcours au cœur de la ville

En parallèle de la résidence, les Rencontres proposent un panel d’expositions, constitué des travaux d’anciens résidents et d’artistes invités. L’occasion de découvrir les lieux symboliques de Niort, « ville à taille humaine », comme le souligne Patrick Delat.

Ancien hôtel de ville de Niort et désormais espace d’arts visuels, Le Pilori accueille les travaux des anciens résidents, Soham Gupta et David Fathi. Artiste en résidence à Niort en 2015, David Fathi présente son nouveau projet « Les morts gouvernent les vivants ». Mêlant images photographiques et vidéos d’archives où des hommes politiques se battent à mains nues, l’artiste pose une réflexion sur l’avenir, l’ordre et le progrès.

David Fathi - Les morts gouvernent les vivants 02
Les morts gouvernent les vivants © David Fathi

Une réflexion partagée par Soham Gupta à travers sa série « Desi Boys », archive photographique d’une jeunesse indienne marginalisée et victime de xénophobie, face à la droite nationaliste hindou, les nouvelles technologies et la mondialisation. Photographe à la croisée du documentaire, de l’art et de l’écriture, il expose également « Angst ». Cette série de portraits de pauvres Calcutta, sa ville natale, avait déjà été présentée lors de sa résidence en 2016.

Desi Boys © Soham Gupta
Desi Boys © Soham Gupta
Desi Boys © Soham Gupta
Desi Boys © Soham Gupta

Tirages argentiques sur papier photo des années 70, reproduction de lettres et de documents d’archives sur du papier chinois original. C’est au Pavillon Grappelli, ancienne école de dessin désormais espace d’arts numériques, Rachele Maistrello présente sa série « Blue Diamond ». La photographe italienne nous plonge dans un univers fictif plus vrai que nature. Réalité ou science-fiction ? C’est au visiteur de se faire sa propre idée. 

Blue Diamond © Rachele Maistrello
Blue Diamond © Rachele Maistrello
Blue Diamond © Rachele Maistrello
Blue Diamond © Rachele Maistrello
Blue Diamond © Rachele Maistrello
Blue Diamond © Rachele Maistrello

Non loin de là, dans l’îlot de verdure de la galerie Desmettre, la botanique artificielle laisse place à une anarchie d’herbes folles. Dans ce lieu entièrement encerclé d’eau, Sylvie Bussières conjugue botanique, images photographiques et mines de graphite. Réalisées durant le confinement, ses œuvres donnent vie aux mauvaises herbes qui prolifèrent suite à l’absence de présence humaine. 

Enfin, la Grèce s’invite au Séchoir, avec les travaux de six photographes grecs programmés par Manolis Moresopoulos, directeur d’Athens photo festival. L’exposition « Rites de passage », interroge la culture et l’identité grecque, un pays au passé historique considérable, mais à l’avenir incertain. Que ce soit sur l’impact de la crise industrielle, la spiritualité, le deuil ou les rituels de l’après mort, chaque artiste donne à voir l’espace intermédiaire entre la présence et l’absence.

The Truth is in the Soil © Ioanna Sakellaraki
The Truth is in the Soil © Ioanna Sakellaraki
Iconostases © Marilia Fotopoulou
Iconostases © Marilia Fotopoulou
Eleu Sis © Myrto Papadopoulos
Eleu Sis © Myrto Papadopoulos

Rencontres de la Jeune Photographie Internationale de Niort. Expositions visibles du mardi au samedi de 13h30 à 18h30, entrée gratuite, jusqu’au 27 mai 2023.

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