No vacancy pour la nostalgie
Dans Viewing Hours, Ben Geier arpente les vestiges de l’Amérique mid-century — motels délavés, enseignes éteintes, façades spectrales — et compose un requiem chromatique d’une douceur inattendue.
Par Guénola Pellen. Photos de Ben Geier.
Dix années de routes poussiéreuses et de haltes oubliées ont nourri ce corpus de plus de cent cinquante photographies, glanées à travers quinze Etats américains, de l’Arizona au Wisconsin, du New Jersey au Texas.
Ce qui frappe d’emblée, c’est la palette : des turquoises fanés, des roses poudreux, des ocres érodés par le soleil. Chaque image baigne dans une lumière diaphane qui confère aux lieux désertés une étrange dignité et une touche wes andersonesque.
Ben Geier ne documente pas la ruine. Il la transfigure. Ses théâtres art déco aux marquises muettes, ses stations-service Sinclair figées dans le temps deviennent les reliquaires d’un imaginaire collectif hyper cinématographique. L’ouvrage s’organise en six chapitres — Signs, Theatres, Restaurants, Motels, Roadside, Storefronts — qui dessinent une cartographie sentimentale de l’Amérique vernaculaire.
Profondément marqué par son enfance dans le Midwest, Ben Geier a d’abord trouvé dans l’abandon le point de départ de sa pratique photographique. Son esthétique immédiatement reconnaissable et sa palette chromatique singulière ont insufflé une vie nouvelle à des espaces décolorés par le temps.
Depuis, il n’a cessé d’élargir son champ pour saisir l’architecture, les curiosités routières, et sa véritable passion : tout ce qui relève du rétro et de l’Americana. Artiste aux multiples facettes, il a travaillé pendant plus de vingt ans pour de nombreuses agences de design — une rigueur qui irrigue chacune de ses images. La composition est impeccable. Le geste, lui, est radical : faire revivre, de ses propres ruines, une certaine idée du rêve américain.
Viewing Hours de Ben Geier est publié par Trope Publishing Co. et disponible au prix de 48,95€.