Blind Magazine : photography at first sight

Patrick Chauvel: « Dans la photo de guerre, quelque chose de brutal doit rester »

À 72 ans, Patrick Chauvel couvre la guerre en Ukraine pour Paris-Match. Quelques heures avant son départ, il a accueilli chez lui Blind pour revenir sur ses cinquante ans de photographie de guerre. Un demi-siècle d’histoire raconté dans l’album des 30 ans de Reporters sans frontières, 100 photos pour la liberté de la presse.

Patrick Chauvel ouvre la porte de son domicile parisien avec ses gants de jardinage. Les apparences sont trompeuses. Tailler le rosier, on verra ça plus tard. Le paquetage pour l’Ukraine attend dans un coin du salon. Il part le lendemain. À ce moment-là, les troupes russes n’ont pas encore lancé l’offensive, lui est persuadé de l’imminence de l’attaque. Ses photos du début du conflit seront dans Paris Match quelques jours plus tard. 

Depuis 50 ans qu’il couvre tous les conflits du globe, Patrick Chauvel n’avait pourtant encore jamais signé de livres photos. « Un truc de vieux ». Son premier c’est celui-ci, l’album des 30 ans de Reporters sans frontières, 100 photos pour la liberté de la presse. « La lettrine est un peu trop grosse, je vais me faire charrier », plaisante le photo-reporter de 72 ans en regardant la Une avec son nom écrit en capitale. L’album revient sur 14 des 34 conflits couverts par Chauvel. En 100 photos. Autant dire que le choix a été difficile. 

Cambodge, 1974. L’infanterie des forces gouvernementales monte à l’assaut sous le feu des Khmers rouges qui encerclent la capitale cambodgienne © Patrick Chauvel
Cambodge, 1974. L’infanterie des forces gouvernementales monte à l’assaut sous le feu des Khmers rouges qui encerclent la capitale cambodgienne © Patrick Chauvel

Israël, Vietnam, Cambodge, Irlande du Nord, Iran, Liban, Panama, Somalie, Afghanistan, Tchétchénie, Syrie, Ukraine… Un total de 380 000 photos, au plus près des combats, mais aussi quatre livres et des heures de documentaires, avec toujours la volonté farouche d’être la voix des anonymes qui font l’histoire. Un sacerdoce qui lui coûtera près d’une dizaine de blessures graves : tir de M16, obus de mortier ou d’artillerie lourde… Et pourtant il y retourne, encore aujourd’hui, pour témoigner au milieu du chaos.

« La photo, c’est le prétexte que j’avais trouvé pour aller sur le terrain »

Un casque ramené du Vietnam, une collection de Zippo gravés, quelques munitions, un appareil éventré qui lui a sauvé la vie au Liban en 1982, les livres de ses confrères, cinq ou six photos encadrées. Le bureau parisien du baroudeur photographe est un petit musée. Chaque objet est un témoin de ce demi-siècle à couvrir le tragique du monde. 

Un des casques du Vietnam porté par Patrick Chauvel avec la mention de son groupe sanguin. © Michaël Naulin
Ce Nikon éventré a sauvé la vie du photographe au Liban en 1982, la balle ayant ricoché sur l’objectif. © Michaël Naulin
Patrick Chauvel @ Anna Pitoun

Au commencement, il y a eu un terreau fertile. Un de ceux qui donnent le souffle du reportage, de la rencontre avec le fracas de la grande histoire. Patrick Chauvel se tient du haut de ses 5 ans devant les grilles du palais des Nations lorsque son grand-père diplomate, Jean Chauvel, signe aux côtés de Pierre Mendès France les accords de Genève. Son père, Jean-François Chauvel, est grand reporter au Figaro. « Je découpais ses articles du jour. Il y avait la photo de lui avec sa pipe et puis venait le titre : “L’Enfer du Yémen” », raconte-t-il avant de réciter la fin du texte. « Nous arrivons à un coin, le ravin est à droite. Nous sommes sur une toute petite piste collée au flanc de la montagne. J’entends un souffle de l’autre côté du coin. Le combattant arme son fusil. Il transpire… À demain. Les reportages étaient sous forme de feuilleton, on se jetait sur le journal du lendemain. »

Tous les dimanches, c’est l’histoire qui pousse la porte. Joseph Kessel, le cinéaste Pierre Schoendoerffer, qui deviendra son oncle, Gilles Caron ou encore le prix Albert Londres Jean Lartéguy, viennent à la table des Chauvel pour raconter leurs aventures. « C’est comme si j’avais Hemingway à côté de moi. Je rêvais debout. Les gars savaient raconter, Kessel surtout, c’était un géant. Parfois je dormais chez lui. Il me réveillait en me lançant des bouquins à la figure en me disant “lis ça crétin.” », s’amuse Chauvel. Mais lui aussi, le petit dernier, veut montrer qu’il a toute sa place à la table des aventuriers grands reporters.

« Je voulais être plus fort qu’eux, plus courageux qu’eux. Je voulais surtout savoir si j’avais le courage ». Un soir de 1967 Chauvel dit à Caron qu’il aimerait faire comme lui. « Vas-y ! », lui dit-il. Un Leica M3 autour du cou prêté par le photographe, 500 dollars en poche, et 5 films noir et blanc, Chauvel, 17 ans, prend la direction d’Israël. « Aujourd’hui la photo, c’est important pour moi, on finit par aimer ça. Mais au départ, je m’en foutais, c’est le prétexte que j’avais trouvé pour aller sur le terrain. J’étais assez complexé au niveau de l’écriture, je faisais 2 000 fautes par pages, alors j’ai choisi la photo. » Quarante-huit heures après son arrivée, la guerre des Six Jours éclate. Coup de pot. Ça y est, il y est. « D’un seul coup, tu vois des gens mourir, et d’autres viennent te voir pour te demander de raconter leur histoire, alors tu règles ton appareil : “ouverture 2.8, 200 mm, attendez… ”. » Les photos de ce premier reportage seront pour la plupart ratées. L’une des seules réussies : une photo de lui devant le Mur des Lamentations prise un militaire israélien. Il en rigole encore.

Des photos de Bardot au Vietnam

Iran, 1979. La garde impériale iranienne, corps d’élite de l’armée du shah d’Iran, lors d’une démonstration de force dans les rues de Téhéran © Patrick Chauvel
Iran, 1979. La garde impériale iranienne, corps d’élite de l’armée du shah d’Iran, lors d’une démonstration de force dans les rues de Téhéran © Patrick Chauvel

Pour la mise au point on repassera. L’important est ailleurs. « J’ai compris que j’adorais ça. J’ai vu que des mecs flanchaient alors que moi j’allais plus loin. » Alors Chauvel commence l’apprentissage du métier par un stage au journal France Soir. « Ça a été une très bonne école. » Enfermé dans le placard à s’occuper des films des photographes du quotidien, il éduque son œil. « Et puis j’ai eu le droit de faire les planches contact. C’est là que j’ai appris à reconnaître une bonne photo. »

Entre-temps il devient le chasseur d’images de la rubrique people : Les Potins de la commère tenue par Carmen Tessier. On l’envoie faire des photos de soirées parisiennes, des clichés de Bardot, Nicoletta, Depardieu… le show biz ça paye bien, mais c’est la guerre qui le botte. Coup du sort, appel du destin… une altercation avec Roman Polanski aura raison de sa carrière strass et paillettes. Pierre Lazareff, le patron de France-Soir, le convoque dans son bureau. « Il m’a viré mais en me donnant quand même de l’argent car il croyait en moi », salue Chauvel. Lazareff lui conseille d’aller au Vietnam. À vos ordres.

1968. Coupe à la Jackson Five, pantalon patte d’eph, à 18 ans, le jeune photoreporter est largué dans l’enfer vert. Il emporte avec lui sa trousse de médic et sa bonne étoile. « Les gars apprécient que tu aies tes bonnes pompes, ton sac de couchage, ta tente, ton couteau, ta bouffe, ton eau. Et en plus de la chance et une bonne trousse à pharmacie. » C’est là qu’il fera les rencontres marquantes avec les grands du métier : Larry Burrows, Catherine Leroy… Suivront Don McCullin, Noël Quidu, Etienne Montès et tant d’autres. Naîtra aussi dans la folie de la jungle une amitié romanesque avec Sky Eyes, un Apache enrôlé dans les “Lurps”, les patrouilles de reconnaissance américaines. Sky, livre écrit par Chauvel, raconte cette histoire. « Les rencontres. C’est pour ça qu’on fait ce métier. On est là pour parler des autres, à travers la photo ou le texte. ». Inlassablement, il bringuebale ses pompes et son boîtier dans tous les conflits. Tantôt en indépendant, tantôt pour l’agence Sipa puis Sygma. « Au début je n’en revenais pas qu’on me paye un billet d’avion pour faire ce que j’aime », s’étonne-t-il encore.

Salvador, 1980. Une femme enceinte fuit les tirs avec ses enfants lors des obsèques de l’archevêque Romero © Patrick Chauvel
Salvador, 1980. Une femme enceinte fuit les tirs avec ses enfants lors des obsèques de l’archevêque Romero © Patrick Chauvel

« Quand la photo est trop belle, tu perds le témoignage »

La photo de Chauvel est brute, dans le flou de l’action. Frontale. Il est du genre à monter aux barricades, appareil au clair. Il s’en amuse. « On me disait souvent, “Chauvel, il fait la photo et il vérifie la lumière après” ». Dans cet album des 30 ans de RSF, les images et les dates défilent. Aux explosions se succèdent les tirs en rafale, les regards dans le vague, les visages d’enfant creusés par la guerre, le silence des morts. Chauvel n’a jamais cherché à donner de l’esthétisme à ses clichés. Il s’en défend. « Quand la photo est trop belle, tu perds le témoignage. Dans la photo de guerre, quelque chose de brutal doit rester. » Il ne se range d’ailleurs pas dans le rang des photographes journalistes « comme James Nachtwey, Luc Delahaye ou Gilles Peress », mais comme un journaliste qui fait des photos, un journaliste de bataille.

Déclencher sous le feu. En première ligne. Au plus près. Parfois trop près, comme au Cambodge en 1974 lorsqu’il couvre un assaut des soldats cambodgiens baïonnettes au fusil, chargeant les Khmers rouges. En sortira le cliché célèbre pris par son confrère américain de sa tignasse bouclée, le regard vide, porté par deux hommes, après avoir reçu un éclat d’obus (image qui fera d’ailleurs la Une du premier album de Reporters sans frontières). Dans son bureau, il montre une autre photo de l’assaut. Il est couché, la tête dans le sol, l’explosion vient de le projeter à terre : « Pierre Schoendoerffer m’a dit, “là, c’est beaucoup trop près” ».

Tchétchénie et Ukraine, un goût de déjà-vu 

Dans ce métier, forme extrême du reportage, ne pas avoir de chance est une faute professionnelle. Plusieurs fois, la mort n’a pas voulu de Chauvel. Malgré les blessures graves et les opérations lourdes, il en réchappe. Mais la tête ? Comment gérer cette spirale infernale, ce décalage entre la folie meurtrière de la guerre et l’autre monde de la paix ? Comment ne pas vriller quand on passe de l’un à l’autre en quelques heures… ? Bienvenue en absurdie. « À 20 ans, je n’étais pas fréquentable, avoue-t-il. Je me battais tout le temps à Paris, je ne supportais pas les gens qui se marraient alors que d’autres mourraient au Vietnam. J’ai fini avec quatre mois de prison ferme. C’est la justice qui m’a sauvée. » Le stress post-traumatique s’est dilué avec le temps, quand un sens est trouvé à tout ça. « Quand tu retournes sur le terrain et qu’on te remercie d’avoir raconté ce que tu as vu, tu as l’impression de servir à quelque chose. À partir du moment où tu te dis que tu as raconté l’histoire de cet Irakien ou de ce Syrien et que tu as fait comprendre aux Français ce qui se passait là-bas, ça équilibre. »

Aujourd’hui en Ukraine, Patrick Chauvel retrouve un goût de déjà-vu. La première fois qu’il a été confronté à l’armée russe, c’était à Grozny, pendant la première guerre de Tchétchénie (1994-1996). Au cœur du chaos gelé et ses 100 000 morts. « C’était terrifiant, je n’avais jamais vu ça. Je me suis aperçu que je n’avais fait que des petites guerres. Là c’était l’armée russe, la ville détruite à 90 % en six jours, c’était un roulement continu, jour et nuit. » Un enfer de feu et de glace. Et puis il y a cette photo de 1996, encadrée dans son bureau. Une fillette de Grozny, petits chaussons aux pieds, des collants roses et une robe rouge. Elle se tient debout sur un char russe, détruit, déjà piqué par la rouille. « Il y avait un moment de calme. Dès que les combats cessaient, les gens sortaient bien habillés parce qu’ils en avaient marre d’être dans leurs caves. Et elle était là, sur ce char russe, avec son air de petit chaperon rouge, je ne pouvais pas ne pas faire la photo. » Nous vient la troublante impression d’avoir croisé ce visage dans ces trains bondés de réfugiés ukrainiens, convois de la dernière chance. L’histoire radote.

Viêt Nam, 1969. Opération Apache Snow. Une section du 187e régiment d’infanterie dans la vallée d’A Shau doit reprendre la colline 937, plus connue sous le nom de Hamburger Hill © Patrick Chauvel
Viêt Nam, 1969. Opération Apache Snow. Une section du 187e régiment d’infanterie dans la vallée d’A Shau doit reprendre la colline 937, plus connue sous le nom de Hamburger Hill © Patrick Chauvel
Iran, 1978. Manifestation du 11 décembre à Téhéran annonçant le début de la Révolution iranienne, qui provoquera le départ du shah Reza Pahlavi un mois plus tard © Patrick Chauvel
Iran, 1978. Manifestation du 11 décembre à Téhéran annonçant le début de la Révolution iranienne, qui provoquera le départ du shah Reza Pahlavi un mois plus tard © Patrick Chauvel
Tchétchénie, 1996. Petite fille sur un char russe détruit par les combattants tchétchènes à Grozny © Patrick Chauvel
Tchétchénie, 1996. Petite fille sur un char russe détruit par les combattants tchétchènes à Grozny © Patrick Chauvel
Irak, 2016. Explosion d’une voiture kamikaze à l’avant d’une colonne de la Division d’or qui progresse dans Mossoul face à l’Etat islamique. Au premier plan, Antoine Chauvel, fils de Patrick © Patrick Chauvel
Irak, 2016. Explosion d’une voiture kamikaze à l’avant d’une colonne de la Division d’or qui progresse dans Mossoul face à l’Etat islamique. Au premier plan, Antoine Chauvel, fils de Patrick © Patrick Chauvel

Alors dans l’horreur, on se raccroche aux camarades. « On n’est pas bien payés, mais qu’est-ce qu’on se marre », partagera Chauvel avec son confrère Hervé Merliac après un bombardement à Beyrouth en 1978. Se marrer pour évacuer. « C’était notre façon de supporter ce qu’on avait vu. » Encadré lui aussi, ce cliché de 1984 à Beyrouth. Clac ! L’objectif de Chauvel saisi un chat fuyant à grandes enjambées devant un tank de l’armée libanaise chrétienne ouvrant le feu sur les milices musulmanes. “Un chat de religion indéterminée fuit les combats”, dit la légende. Tout l’humour british du photographe. Ne pas se prendre au sérieux mais faire son travail sérieusement.

« Plus personne ne lit la presse, tout le monde regarde les réseaux sociaux »

Aujourd’hui le métier a évolué. Le numérique a effacé un peu du romantisme de la profession. La barre de téléchargement a remplacé l’enveloppe à pellicules remise à un illustre inconnu, dans l’espoir qu’elle arrive un jour sur le bureau des rédactions. « Parfois on perdait trois jours par semaine rien que pour trouver un moyen de les transmettre, rappelle Chauvel. Je me souviens de nuits où je me rongeais les ongles jusqu’au sang en attendant l’appel de l’agence ou le télex qui me confirmait que les films étaient bien arrivés. »

Trois clics, un peu de connexion, et les nouvelles du front sont maintenant instantanées. Plus de labo non plus. C’est devenu le rôle du photographe. « Avant, on envoyait les films et c’était l’agence qui sélectionnait 25 images. Le soir on était tous au bar. Aujourd’hui c’est toi l’éditeur. On fait tous le boulot du labo dans notre chambre et il n’y a plus grand monde pour un verre. » Chauvel ne joue pas « au vieux con ». Il le reconnaît volontiers, les nouveaux boîtiers facilitent le métier. Il aime répéter sa formule : « Vous jetez votre appareil en l’air et vous avez une double page dans Match. »

Erythrée, 1975. Combattante du Front de libération de l’Erythrée © Patrick Chauvel
Erythrée, 1975. Combattante du Front de libération de l’Erythrée © Patrick Chauvel
Tchétchénie, 1995. Trois combattants tchétchènes montent à l’assaut sous le feu russe © Patrick Chauvel
Tchétchénie, 1995. Trois combattants tchétchènes montent à l’assaut sous le feu russe © Patrick Chauvel

Lui qui a connu les galères et les frustrations des combats au crépuscule ou dans la jungle ne se soucie plus de la technique mais seulement du cadre. « Quand ça pète, je me focalise sur l’action. » Et plus besoin de compter ses prises de vues. « Ça me permet aussi de faire des photos d’illustration pour moi. Quand je regarde mes photos du Vietnam, je n’en ai pratiquement aucune de Saïgon, c’était du cinéma avec les pousse-pousse, les voitures américaines… ça, je le regrette beaucoup. »

Avec deux vues pour une semaine de reportage dans la jungle, pas de place pour la gâchette facile. La rareté de l’image. C’est ce que transmet Patrick à son fils Antoine qui a lui aussi pris les objectifs. C’est de famille. Lors d’un reportage commun en Irak, le père lui apprend à se méfier de l’immédiateté de l’image, de savoir parfois mettre sur pause et de ne pas publier certains clichés. Le fils lui montre qu’on peut compresser les fichiers pour envoyer les photos plus rapidement. Chacun sa génération. 

En Ukraine, le conflit est aussi guerre d’images, un bombardement incessant, banalisation de la violence, des sources non vérifiables… « Plus personne ne lit la presse, tout le monde regarde les réseaux sociaux », regrette le photographe. Il y a quelques jours son confrère Eric Bouvet évoquait cette quête de la photo toujours plus spectaculaire. « Il y a beaucoup de journalistes sur place. On a passé un cap, il y a une forme de surenchère où on cherche à avoir plus, à avoir le scoop, au mépris du danger ». Souvent, une photo suffit. Celle qui résume la situation. Pas besoin de plus. « Trop d’images, tue l’image », répétait Chauvel encore récemment sur un plateau télé.

Un fonds photo, pour le devoir de mémoire

Liban, 1984. Un tank de l’armée libanaise chrétienne tire sur les milices musulmanes dans le centre-ville de Beyrouth. Un chat de religion indéterminée fuit les combats © Patrick Chauvel
Liban, 1984. Un tank de l’armée libanaise chrétienne tire sur les milices musulmanes dans le centre-ville de Beyrouth. Un chat de religion indéterminée fuit les combats © Patrick Chauvel

Tout photographier mais ne pas tout montrer. Pas tout de suite. Les photos que Patrick Chauvel ne publie pas servent pour la mémoire, comme preuves historiques. En 2014, des mécènes suisses lui ont proposé de créer le Fonds Patrick Chauvel. « C’est un truc de vieux de s’occuper de ses archives, répète-t-il. Moi, je veux continuer à partir. Mais ce patrimoine est plus grand que moi, ça m’échappe, tous ces gens, ces visages, c’est un demi-siècle d’histoire. » Toute une équipe, dont sa compagne Anna Pitoun, s’attelle à rassembler et à faire vivre ces archives : les 380 000 photos, les 1 000 heures de films, des textes, carte de presse, passeport… Un témoignage sur le devoir de mémoire et l’histoire des peuples qui a désormais son exposition permanente au Mémorial de Caen. 

Patrick Chauvel compte alimenter ce fonds, avec des reportages qu’il n’a pas encore faits, comme suivre la Légion étrangère. Cet album de Reporters sans frontières est en tout cas un bel ouvrage témoin, agrémenté de textes de photographes comme Don McCullin, James Nachtwey, ou des journalistes Rémy Ourdan et Adrien Jaulmes. Un plaidoyer pour rappeler la nécessité du métier de reporter de guerre, pour continuer d’interpeller, de sensibiliser, « pour ne plus entendre dire : “on ne savait pas” ».

Patrick Chauvel, 100 photos pour la liberté de la presse, 9,90€, en vente en librairie et chez le marchand de journaux ou sur www.rsf.org. 100% des bénéfices sont reversés à Reporters sans frontières. 

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