Edwin Torres récite son poème avec musique et la performeuse Gina Bonati lors du marathon annuel du jour de l’an du Poetry Project – St. Mark’s Church, New York, 1998. © Lina Pallotta
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Qui a besoin de poésie ?

La photographe Lina Pallotta a été intégrée comme une membre de la famille au sein des cercles de poésie underground de New York dans les années 1990 et 2000. Des décennies plus tard, son livre Tongue on Flames (Langue sur les flammes) revient sur l’héritage de cette communauté, et sur ce qu’elle peut encore offrir aujourd’hui.

 

Par Gaia Squarci. Photographies de Lina Pallotta.

Pedro Pietri au Knitting Factory – New York, 1996 © Lina Pallotta

« Je ne me souviens pas vraiment comment tout a commencé. Je me suis retrouvée au milieu de tout cela. » Les poetry slams — joutes improvisées de spoken word — naissent à Chicago en 1986 avec le poète Marc Kelly Smith, puis sont introduits à New York par Bob Holman. Dans le Lower East Side des années 1990, des lieux comme le Nuyorican Poets Cafe, le Bowery Poetry Club et l’église St. Mark’s Church sont des foyers de contre-culture et de pensée indépendante.

Nadine Mozon en performance à New York, 1995 © Lina Pallotta

Ainsi va la vie des sous-cultures : on peut totalement les ignorer, et le temps passe. Mais dès que l’on y entre, cet espace s’élargit en un réseau de reconnaissance et de solidarité. Dans ce cas précis, ce réseau allait de figures comme Saul Williams et Patti Smith jusqu’à des voix encore inconnues.

Saul Williams et Jessica Care Moore au National Poetry Slam, Portland, 1996 © Lina Pallotta

Photographier la poésie est une tâche difficile, mais Lina Pallotta s’est concentrée sur l’énergie qui l’entoure. Le livre traverse des éclats de visages, de regards et de gestes, qui émergent des pages noires comme des souvenirs instables. La participation du public était au cœur de ces soirées. Comme dit Bob Holman, les juges « attribuaient des notes entre 0 — un poème qui n’aurait jamais dû être écrit — et 10 !, un poème provoquant un orgasme simultané et collectif dans tout le public ».

Dana Bryant au Nuyorican Poets Café. New York, 1993 © Lina Pallotta

Tongue on Flames rassemble également des textes de Paul Beatty, Patricia Smith, Janice Erlbaum, Pedro Pietri, Sapphire et John Giorno, ainsi qu’un poème d’ouverture de Holman, écrit dans les années 1990 comme une anticipation du projet.

La foule au Fez 41 – New York, 1993 © Lina Pallotta

« Je pense que ce sentiment de communauté demeure », dit Lina Pallotta. Une communauté à l’approche toujours subjective, tout comme le langage du slam, qui transforme l’expérience individuelle en expérience partagée. Lina Pallotta espère que le livre touchera au-delà du cercle des amateurs de poésie, comme un espace de présence qui ne cherche pas à être lisse, mais qui accueille toutes les formes d’émotion — brutes, imparfaites, honnêtes, inconfortables.

Fin de soirée au marathon annuel du jour de l’an du Poetry Project. St. Mark’s Church, New York, 1996 © Lina Pallotta
Une poétesse inconnue au Nuyorican Poets Café lors d’un slam du vendredi soir. New York, 1996 © Lina Pallotta

Tongue on Flames est publié par Nero Editions et disponible au prix de 32 €.

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