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Saïdou Dicko, du dessin à la photographie

Saïdou Dicko, du dessin à la photographie

Parmi les artistes exposés à Art Paris, focus sur Saïdou Dicko dont l’œuvre est imprégnée de ses origines burkinabè. Il est présenté par Afikaris, une jeune galerie créée en 2018 qui a d’abord existé en ligne avant d’inaugurer son espace rue Quincampoix à Paris en janvier dernier. Sa mission : promouvoir l’art d’Afrique, principalement de la peinture et de la photographie.
Le Tabouret, 2020 © Saïdou Dicko, Afikaris Gallery

Saïdou Dicko a commencé à intégrer la photographie dans son processus artistique tardivement, en 2006. Autodidacte, sa première passion est le dessin qu’il pratique depuis l’enfance au Burkina Faso où il est né en 1979. Il est alors attiré par les ombres des animaux qui dansent sur le sol. « Enfant, je les regardais comme d’autres contemplent les nuages et je me racontais des histoires. Cela a commencé par des dessins sur le sol et sur les murs, puis sur des tissus que ma mère brodait », raconte Saïdou Dicko. Depuis, cette capacité au rêve et à l’imagination ne l’a plus quitté et les ombres demeurent le fil conducteur de son travail.

Quand Saïdou Dicko s’installe à Dakar en 2006, il est repéré et expose dans le Off de la Biennale. C’est à cette époque qu’il met la photo au service de son imaginaire. « Ce qui m’intéresse, c’est de saisir le réel et la vie ordinaire et d’en faire autre chose. Je n’ai que rarement recourt à la mise en scène ou au studio », note-t-il. Et autre détail qui a son importance, il privilégie le téléphone portable, plus discret, parce qu’il veut préserver la spontanéité de ses sujets. « Devant un appareil photo, les gens changent de comportement », note-t-il.

La Vichyssoise de Ouaga, 2020 © Saïdou Dicko, Afikaris Gallery
Sur le trône © Saïdou Dicko, Afikaris Gallery

Thème récurrent dans son travail, l’enfance transparaît autant dans le choix de ses modèles – principalement des enfants – que dans les décors qui font la part belle aux tissus et tapisseries traditionnels africains. « Un hommage aux artisans dont les savoir-faire sont en voie de disparition. Selon moi, il n’y a pas de raison d’opposer artisanat, art, tradition et modernité. En les mêlant, on peut créer quelque chose de nouveau ».

Certaines de ses séries sont le résultat de montages photographiques ou d’associations de différents médiums, par exemple l’aquarelle et la photo. Pour d’autres, il reste fidèle au dessin en recouvrant les personnages d’encre noire. Un traitement qui lui permet de les rendre anonyme et de les transformer en ombres – comme un retour aux sources, là où tout a commencé. Devenus silhouettes, ses personnages acquièrent par la même un caractère universel. D’ici ou d’ailleurs, on est tous les mêmes semble nous dire Saïdou Dicko.

Les chaussures oranges, 2021 © Saïdou Dicko, Afikaris Gallery
Ikea, 2021 © Saïdou Dicko, Afikaris Gallery

Car sous-tendu à son œuvre se dessine un point de vue sur le monde d’aujourd’hui. Un regard empreint de bienveillance et d’humanisme. Derrière la candeur de ses images et la filiation que l’on peut faire avec l’art naïf, se déploie aussi une forme de sagesse. Sans doute un héritage des contes de son enfance. Ainsi, un autre thème fort de son travail est le plastique, matière tellement décriée actuellement. « Comme pour tout, ce qui compte, c’est ce que les hommes en font », explique Saïdou Dicko, rappelant que dans certains pays, les bidons en plastique sont indispensables quand l’eau n’est pas accessible. « Ils sont recyclés à l’infini et finissent leur vie en pot de fleurs, par exemple ». Il en a fait des œuvres vivantes à découvrir à Art Paris. « On peut inventer avec ce qui existe déjà », conclut Saïdou Dicko. Un adage qu’il a fait sien dans ses productions qui reposent sur l’idée de recyclage et de réappropriation : « Je continue à créer en m’amusant. »

Par Sophie Bernard

Sophie Bernard est une journaliste spécialisée en photographie, contributrice pour La Gazette de Drouot ou le Quotidien de l’Art, commissaire d’exposition et enseignante à l’EFET, à Paris.

Saïdou Dicko, Galerie Afikaris. Art Paris Art Fair du 9 au 12 septembre 2021. Grand Palais Ephémère, Plateau Joffre 75007 Paris.

Elégance © Saïdou Dicko, Afikaris Gallery
Homme fleuri, 2021 © Saïdou Dicko, Afikaris Gallery

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