Doublonnage (Marcel), 1988. © Yasumasa Morimura
EN IMAGES

Yasumasa Morimura, le double nippon de Cindy Sherman

Yasumasa Morimura et Charles Atlas inversent la mécanique du voyeurisme dans une exposition commune à la galerie new-yorkaise Luhring Augustine, où le corps observé reprend le pouvoir sur l’œil qui le scrute.

 

 

Par Guénola Pellen. Photos de Yasumasa Morimura et Charles Atlas

Portrait (éventail), 1991. © Yasumasa Morimura

Il s’infiltre dans les chefs-d’œuvre occidentaux comme un agent double. Au gré de ses transformations physiques, Yasumasa Morimura rejoue Manet, Velázquez, Vermeer et Frida Kahlo, toujours en occupant lui-même le rôle central de la figure peinte. Son corps devient le théâtre d’une substitution jubilatoire, doublée d’une minutie hallucinante dans la reconstitution des décors et des costumes d’époque, à la Cindy Sherman.

Une Moderne Olympia, 2018. © Yasumasa Morimura

L’artiste énigmatique, qui ne donne pas d’interview et ne fait jamais d’apparition publique, ne cherche pourtant jamais l’illusion parfaite. Le décalage est voulu, revendiqué, presque crâne : ses mises en scène empruntent au drag son clin d’œil complice. Le kitsch, appuyé par un  maquillage forcé et des postures tragi-comiques, oscillent entre le sublime et le grotesque.

Autoportraits à travers l'histoire de l'art (Van Eyck au turban rouge), 2016/2018. © Yasumasa Morimura
Doublonnage (Marcel), 1988. © Yasumasa Morimura

Doublonnage (Marcel) (1988), qui ouvre l’exposition, cristallise cette stratégie de feuilletage identitaire : Morimura y rejoue le portrait de Rrose Sélavy par Man Ray, superposant les masques : le sien, celui de Duchamp, celui du maquillage de geisha, dans un vertige de duplications qui abolit toute notion d’original.

Etude Vermeer (Une grande histoire née dans un coin de petite pièce), 2004. © Yasumasa Morimura
Fille de l'histoire de l'art (Princesse A), 1990. © Yasumasa Morimura

De Fille de l’histoire de l’art (Princesse A) en 1990 à Une moderne Olympia en 2018, Yasumasa Morimura n’a cessé, en quatre décennies, de retourner le male gaze comme on retourne un gant : le spectacle regarde désormais celui qui croit l’observer.

Un dialogue intérieur avec Frida Kahlo (Quatre perroquets), 2001. © Yasumasa Morimura
Dédié à La Duquesa de Alba/ Black Alba, 2004. © Yasumasa Morimura

Ce qui frappe dans l’ensemble des tableaux photographiques, c’est le vernis brillant que Yasumasa Morimura applique sur ses tirages, imitant la touche du peintre qu’il vampirise.

Un dialogue intérieur avec Frida Kahlo (Couronne de fleurs et larmes), 2001. © Yasumasa Morimura
Teach–X, 1998/2026. © Charles Atlas

Dans la seconde salle, Charles Atlas déploie une anthologie de trente minutes composée de huit portraits filmés, de Leigh Bowery, Hapi Phace et Kabuki Starshine, captés dans les années 1980 et 1990 puis remontés en 2026. Le montage stroboscopique fracture le regard unidirectionnel en une myriade de perspectives.

Life's A Beach, 2014/2019. © Charles Atlas
Kabuki Starshine (Répétition), 1998/2026 (en collaboration avec Anohni). © Charles Atlas

Face au burlesque incandescent de Bowery, Atlas oppose la lenteur hypnotique de Kabuki Starshine, peint de cobalt et de jaune acide, dont la caméra épouse le moindre geste avec une tendresse contemplative. Deux registres cinématographiques antagonistes qui célèbrent ensemble une même mutabilité joyeuse et insoumise.  

Vue d'installation de l'exposition « Anamneses » de Yasumasa Morimura et Charles Atlas. © Avec l'aimable autorisation des artistes et de la galerie Luhring Augustine, New York. Photo : Farzad Owrang.




L’exposition « Yasumasa Morimura & Charles Atlas: Anamneses » est à voir à la galerie Luhring Augustine de Chelsea, New York, jusqu’au 21 mars 2026.

Vous avez perdu la vue.
Ne ratez rien du meilleur des arts visuels. Abonnez vous pour 7€ par mois ou 84€ 70€ par an.