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Le photographe camerouno-nigérian Samuel Fosso explore les notions d’identité, de représentation et d’histoire dans l’Afrique postcoloniale, à travers un récent ouvrage qui rassemble cinquante années de travail.

Emperor © Samuel Fosso

Au milieu des années 1970, à l’époque où Cindy Sherman commence à réaliser des autoportraits pour explorer la construction de l’identité de la femme blanche, un photographe camerouno-nigérian âgé de treize ans, Samuel Fosso, ouvre son propre studio à l’autre bout de la terre. Faisant de lui-même son propre sujet, Fosso utilise alors la photographie pour revendiquer sa place dans le monde.

Samuel Fosso est né en 1962, atteint de paralysie partielle. Bien que, dans la tradition nigériane, on commande une photo de son enfant à ses trois mois, son père estime que la dépense n’en vaut pas la peine. Fosso n’est pas photographié avant l’âge de dix ans – et cette absence d’images façonne d’emblée sa vision du monde. Après avoir grandi au Biafra pendant la guerre civile nigériane, il s’enfuit à Bangui (République centrafricaine) à la mort de sa mère pour y vivre avec un oncle. Apprenti durant cinq mois chez un photographe local, il ouvre Studio Photo National en 1975.

Tati © Samuel Fosso

« En Afrique, on dit qu’il faut tirer soi-même ses images pour devenir un vrai photographe : c’est ce qui fait que l’on vous considère comme un professionnel », explique Fosso dans le récent ouvrage Autoportrait (publié par The Walther Collection/Steidl), qui retrace son travail sur cinquante ans. 

« Ce qui m’a motivé tout d’abord, lorsque j’ai réalisé ces autoportraits, c’était d’envoyer des images à ma grand-mère à laquelle je manquais beaucoup. Parfois, quand je n’étais pas content des photos que je prenais, que je ne m’y trouvais pas beau, je coupais les négatifs au lieu de les développer. Mais si je jugeais que l’image était belle ou qu’elle illustrait ce que je ressentais, je les gardais après avoir tiré la photo. »

Portrait de l’artiste en jeune homme

Autoportrait © Samuel Fosso

Journal visuel d’un garçon atteignant l’âge adulte, les premières œuvres de Fosso témoignent d’une fascination pour le rapport entre ce que l’on est et ce que l’on donne à voir. Bien que les lois dictatoriales de son pays aient proscrit la mode occidentale des pantalons pattes d’éléphant et des chaussures à semelles compensées, Fosso arbore ce style avec défi, posant dans des décors improvisés aussi gais que peut l’être la rébellion adolescente.

« Mes autoportraits », dit Fosso, « étaient plus que de simples images; c'étaient des représentations de ma personnalité, ce qui n’était pas commun chez les photographes de Bangui. Et aussi, je m’exprimais librement, j’écrivais même des phrases sur certains tirages, du genre : ‘La liberté c’est la vie ’. Je voulais traduire l’idée qu’un homme qui n’est pas libre n’est pas vivant. »

Tati © Samuel Fosso

Le livre Autoportrait retrace ainsi le parcours d’artiste de Fosso, qui a transformé son studio en théâtre et incarné différents personnages pour explorer l’identité noire en lien avec le genre, l’orientation sexuelle et l’histoire, ce dont témoignent des séries telles que Tati (1997) ou African Spirits (2008). 

« Bien que toutes les séries que j'ai réalisées puissent apparaître comme indépendantes et autonomes aux yeux du spectateur, donc différentes les unes des autres, un thème les fédère toutes à mes yeux – et c’est la question du pouvoir. Je veux montrer la relation de l’homme noir avec le pouvoir qui l’oppresse. »

African Spirits © Samuel Fosso

Par Miss Rosen

Miss Rosen est auteur. Basée à New York, elle écrit à propos de l'art, la photographie et la culture. Son travail a été publié dans des livres, des magazines et sur des sites Web, notamment Time, Vogue, Artsy, Aperture, Dazed et Vice.

 

Le rêve © Samuel Fosso

 

Samuel Fosso: Autoportrait
éd. The Walther Collection/Steidl
$85 / 75€

https://steidl.de/Books/AUTOPORTRAIT-1118323858.html

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