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Alors que la photographie se démocratise, les artistes LGBTQ du monde entier font naître de nouveaux langages visuels, exprimant leurs conceptions du genre, de la sexualité, de l’amour et du désir.

© Maika Elan

La première génération élevée à internet, éduquée aux réseaux sociaux et parlant couramment le numérique accède à la majorité. Ces jeunes adultes sont dotés d’une compréhension innée de la façon dont les images peuvent explorer et exprimer les constructions complexes de l’identité et du moi. Alors que la photo se démocratise, le monde entier peut désormais créer, signer et distribuer son propre langage visuel, chacun racontant ses histoires comme il l’entend. Une nouvelle ère est arrivée, celle de la libération des mouvements.

Partout sur la planète, on révoque enfin les lois contre l’homosexualité et les droits transgenre. Pour les photographes LGBTQ, la renaissance est comparable à celle qui fut introduite il y a une cinquantaine d’années par les émeutes de Stonewall. Fracassant les concepts binaires qui gangrènent la pensée occidentale depuis des milliers d’années, une nouvelle génération d'artistes gays propose, au travers de ses œuvres, de nouvelles façons de concevoir et d’exprimer l’infinie complexité de la sexualité et du genre.

© Bettina Pittalugax

Avec la publication de New Queer Photography: Focus on the Margins (Gingko Press), l’éditeur Benjamin Wolbergs rassemble ainsi 52 artistes contemporains et internationaux, qui s’appuient sur la photographie en tant qu’outil de militantisme et de réalisation de soi. L’ouvrage présente les travaux de photographes tels que Dustin Thierry, Pauliana Valente Pimentel, Laurence Rasti ou encore Lissa Rivera, et propose toute une panoplie de perspectives, ouvrant de nouvelles frontières et repoussant les limites du mot « queer », qui en anglais signifie à la fois « étrange » et « gay ».

Tout va bien, the kids are all right!

La jeunesse est un temps de découverte du monde et de soi, un royaume tissé d’espoirs et de rêves. La photographie, infiniment diverse, suscite un frisson d’excitation grisant, qui s’apparente à la naissance des premiers émois. Les artistes représentés dans l’ouvrage usent d’un large éventail de genres, façonnant de nouveau paysages autour du désir, ceux de l’amour, du sexe, de la beauté, de l’identité, de la communauté et de la force. Il est une intimité qui jaillit du désir de la connaissance de soi, un voyage sur lequel ces artistes se sont embarqués aussitôt qu’ils ont clamé leurs vérités.

© Pauliana Valente Pimentel

L’esprit d’inclusion, d’acceptation et d’amour de soi commence avec la décision de Wolberg, qui a voulu mettre en avant des artistes travaillant en dehors des chemins battus. Dans son introduction, il écrit que fréquemment, le fait de « vivre en marge, dans différentes situations, peut engendrer les conditions qui permettent aux gens de se libérer du joug de la norme sociale et de prendre leur envol en toute liberté, d’explorer leur identité de genre dans toute sa fluidité, et de jouer avec elle de façon naturelle, sans complexe ».

La série de Julia Gunther, « Rainbow Girls », en est un magnifique exemple et nous livre le concours Miss Lesbian Beauty de Khayelitsha, township de la ville du Cap, en Afrique du Sud. Bouleversant le cadre hétéronormatif du concours, ces femmes noires, face à un monde qui les traite comme des mouchoirs jetables, s’emparent du caractère sacré de leurs vies et se le réapproprient. 

© Laurence Philomene

« Toutes les femmes de mes photos ont souffert, d’une manière ou d’une autre, révèle Julia Gunther. Elles ont été mises au ban de la société, elles vivent dans la misère, ou alors, elles ont vécu une injustice terrible. Mais elles sont toujours fières. Fières de qui elles sont, de leurs vies, et de l’amour qu’elles représentent. »

© Julia Gunther

Par Miss Rosen

Miss Rosen est journaliste spécialisée en art, photographie et culture, et vit à New York. Ses écrits ont été publiés dans des livres, des magazines et des sites web, dont Time, Vogue, Artsy, Aperture, Dazed et Vice, entre autres.

© M. Sharkey

 

© M. Sharkey

New Queer Photography: Focus on the Margins
Publié par Benjamin Wolbergs chez Gingko Press
$65,00

Pour achter le livre:
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Cover of New Queer Photography © Benjamin Wolbergs

 

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