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Desert Storm: l’héritage architectural du Koweït

Desert Storm: l’héritage architectural du Koweït

Le photographe français Jérôme Poulalier a documenté le patrimoine en voie de disparition de ce pays méconnu du golfe Persique.

Si le Koweït est synonyme de pétrole et évoque la guerre du golfe, la division daguet ou l’opération « Tempête du désert » dans l’inconscient collectif, qu’en est-il de son histoire, de son patrimoine, et de son architecture ? Dans ce pays où plus de 90% de la population vit à Kuwait City, la capitale, la démolition de nombreux sites historiques prend de telles proportions qu’il ne restera bientôt plus aucune trace du passé mais des buildings, d’immenses centres commerciaux et autres business centers. 2021 marque le 60ème anniversaire de l’indépendance du pays et le 30ème anniversaire de la fin de la guerre du Golfe.

Au travers des photographies qui suivent, Jérome Poulalier nous plonge au cœur d’un héritage peu connu des occidentaux.

© Jérôme Poulalier

Le palais de Sheikh Abdullah Al-Jabir est touché de plein fouet durant l’invasion irakienne en 1990. Le diwan échappe au vaste plan de destruction de la vieille ville qui intervient dans les années 1950, conçu pour accorder l’urbanisme avec l’image d’un pays considéré à l’époque comme le plus moderne du Golfe. Il devient ainsi l’un des derniers bâtiments historiques du pays, et profite de l’engouement croissant pour le passé du Koweït qui, après son indépendance en 1961, cherche un ancrage historique.

© Jérôme Poulalier

Le palais Fahad Al Salem est l’un des rares complexes résidentiels historiques situés au cœur de Koweït City, à quelques mètres du rivage. En 2018, le gouvernement approuve la cession de la propriété au ministère de la Santé en vue de démolir le complexe pour construire une extension de parking à l’hôpital Amiri. Bel exemple de préservation du patrimoine koweïtien, le NCCAL (Conseil national koweïtien de la culture, des arts et des lettres) a fait jouer son droit de propriété pour commencer la restauration complète du bâtiment il y a 2 ans.

© Jérôme Poulalier

Les tours du Koweït sont le point de repère le plus important sur la route du Golfe au Koweït. Elles furent conçues par l’architecte danoise Malene Bjorn et inaugurées le 26 février 1977. L’eau est contenue sous une forme sculpturale qui imite les bouteilles de parfum traditionnelles arabes. Le projet est devenu un symbole de la ville et de l’État du Koweït avec ses immenses sphères accrochées à des tours pointues.

© Jérôme Poulalier

Construite dans les années 1950, la rue Fahad al-Salem est la première rue commerçante du Golfe. Surplombés par 4 étages d’appartements, les rez-de-chaussée d’une trentaine de bâtiments en béton se composent de restaurants, magasins de tissus ou revendeurs de marques étrangères. Dans les années 1980, les étages sont rapidement convertis en bureaux après avoir été jugés peu propices à la vie familiale et les magasins sont abandonnés pour de meilleurs emplacements dans des constructions plus récentes.

© Jérôme Poulalier

Avec plus de 500 appartements, le complexe résidentiel Al Sawaber qui s’étendait sur 24 hectares a été démoli en 2019 à la demande du ministère des Finances. Construit en 1981, Al Sawaber était une construction relativement récente imaginée initialement comme un modèle de vie collective. Si elle participe à façonner la modernisation de l’architecture koweïtienne, elle incorpore également des techniques ancestrales permettant l’intimité et la protection contre le soleil d’été et les tempêtes de sable. Malgré l’association des communautés locales pour tenter de sauver le complexe en exprimant leur soutien et en sensibilisant l’opinion publique à l’importance du patrimoine urbain sur les réseaux sociaux, 70% des locataires sont rapidement évacués et relogés. Le manque d’entretien et l’augmentation de la valeur des terres conduisent à la démolition, bien que le gouvernement n’ait jamais exprimé de vision claire pour l’avenir de la zone. Le complexe a aujourd’hui complètement disparu et laisse un immense vide en plein cœur de Koweït City.

© Jérôme Poulalier

La maison d’Amin, célèbre domaine au cœur de la ville de Koweït, est maintenant abandonnée parce que trois familles en proclament la propriété et l’affaire est restée ouverte pendant des années en raison de son incroyable complexité. Les toits se détériorent mais la maison, construite en béton au lieu de briques de terre traditionnelles, reste un symbole important du patrimoine et de l’innovation koweïtienne.

Par Hasan Ashkanani

Hasan Ashkanani est un professeur assistant en anthropologie et archéologie à l’Université du Koweït. Il consacre sa recherche au commerce et aux échanges dans le golfe arabique et à la complexité de l’économie politique durant l’âge de la pierre (Néolithique) et l’âge du bronze.

Plus d’informations sur Jérome Poulalier : https://www.jeromepoulalier.com/.

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