Blind Magazine : photography at first sight
Photography at first sight
Sergeï Bubka, 1996 © Gérard Rancinan / Courtesy Galerie Jean-Denis Walter

Sergueï Bubka, icône d’Ukraine

Sergeï Bubka est le plus illustre champion ukrainien de l’histoire. En cette période de soutien à son pays, Jean-Denis Walter, ancien rédacteur en chef de L’Equipe Magazine, aujourd’hui galeriste spécialisé en photographie de sport, raconte cette image, réalisée par Gérard Rancinan. 

C’était en 1996, pendant l’hiver précédant les Jeux Olympiques d’Atlanta, dans la campagne autour de Donetsk, sa ville de résidence à l’époque. Cette hiver 96, tous les grands champions du moment étaient passés devant l’objectif de Gérard Rancinan. Sergueï Bubka avait accepté de poser et lui avait proposé un rendez-vous chez lui, pendant « son » meeting, à Donetsk en Ukraine, une compétition qui avait traditionnellement lieu en février, en indoor évidemment.

Sergeï, est au crépuscule de sa carrière mais écrase toujours sa discipline, la perche. Il est champion du monde en titre et a déjà connu l’or olympique à Séoul. Il est une star, une vraie. Il est aujourd’hui membre du CIO.

« Quand je suis arrivé dans la salle où allait se dérouler le meeting, Bubka m’a proposé de poser là, comme ça… », raconte Gérard Rancinan. « Il a fallu le temps que je lui montre d’autres images, qu’il perçoive l’ambition du projet pour qu’il accepte de donner plus. J’avais préalablement fait un petit repérage autour de la ville et j’avais vu cet arbre posé dans ce paysage d’hiver, à quelques kilomètres du stade. Quand je lui en ai parlé, il a posé ses conditions : Okay, mais il faut un car chauffé pour que je puisse me changer et emmener ma perche”. Je ne sais plus par quel miracle j’ai pu louer un car dans la journée, dans une ville que je ne connaissais pas. »

« Quand nous sommes arrivés sur les lieux, la température avoisinait les -20°C, l’arbre avait givré et le cadre était devenu vraiment magique », poursuit le photographe. « Sergueï a pris la pose une minute la perche levée puis est revenu dans le car frigorifié. Je savais que je n’avais pas vraiment l’image , il manquait le petit truc qui lui donnerait plus de grâce, plus d’élégance. Je lui ai demandé de ressortir et de poser cette fois en se tenant sur la pointe des pieds. Il a accepté de mauvaise grâce, le temps de faire trois vues… De retour en France, j’étais un peu inquiet, espérant que tout allait bien ressortir sur le film. Quand le labo m’a appelé pour me dire que c’était prêt, j’ai juste demandé : “C’est Comment ?”. “C’est blanc”, m’a t’on répondu. “Mais blanc comment, ça veut dire quoi ???”. Ben blanc quoi…”» 

Oui effectivement c’est blanc mais pas que. J’ai vu les premières vues, celles ou le champion à les pieds à plat… C’est fou comme un détail, peut transformer une bonne photo en grande photo. Nous sommes en 1996, au temps de l’argentique, Gérard ne peut pas voir son image, mais il sait… Il sait qu’il a un truc mais pas le truc.

Lui demander de se mettre sur la pointe des pieds, comme le font tous les perchistes à plusieurs reprises avant d’entamer leur course d’élan est du pur génie. Evidemment que le galbe n’est pas le même et que la posture finale passe du pataud à l’élégant. 

Un tirage « petit » format (80×120 quand même) est déjà parti pour Toulouse il y a un moment. Je me souviens que j’étais tellement inquiet pour son transport (encadrement en boite américaine avec verre musée) que j’étais allé la livrer personnellement au volant de ma fidèle Renault Kangoo.

Pas sûr que je fasse cela à chaque fois.

Cette photographie, qui parle aussi de l’Ukraine, est disponible sur le site de la galerie Jean-Denis Walter.

Crédit image de couverture: Sergeï Bubka, 1996 © Gérard Rancinan / Courtesy Galerie Jean-Denis Walter

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