A Tale of One City, de Daniel Stier, dresse un portrait accablant de la ville, décrite comme un amoncellement de capitaux et de marchandises, un véritable organisme qui se nourrit d’achat et de vente, un lieu qui se reconstruit pour se détruire à l’infini.

A Tale of One City © Daniel Stier

Le livre s’ouvre sur une photo montrant deux groupes d’immeubles dressés sur un sol rosâtre. Neutre et rognée, elle ne comporte aucun caractère distinctif et c’est une manœuvre délibérée. Certes, les photos de l’ouvrage ont été prises à Londres, mais l’intention est d’observer la société de consommation, dans toute sa démesure et les quantités cataclysmiques de matières générées, n’importe où dans le monde.

Les images de Daniel Stier déclinent produits de luxe sagement disposés, étals de marchés chaotiques, détritus par monceaux, chantiers, ou encore maigres biens de sans-abris. Certaines photos comportent des contradictions : un placage de brique en cours d’application sur un gratte-ciel par exemple, ou une valise arborant un photomontage de sites touristiques emblématiques. D’un bout à l’autre du livre, les apparences sont trompeuses et nous submergent, sans qu’on puisse véritablement en discerner les incohérences. « J’ai voulu instaurer un sentiment de confusion », confirme le photographe.

A Tale of One City © Daniel Stier
A Tale of One City © Daniel Stier

Daniel Stier a travaillé à ce projet de 2017 à 2019, quasiment par hasard. Alors qu’il cherchait un emplacement bien spécifique pour une campagne de publicité, il a commencé à étudier la ville d’un œil nouveau et à interpréter son chaos visuel, qu’il avait jusque-là apprécié, en termes plus sinistres. Sillonnant les rues, il s’est mis à voir Londres comme une accumulation d’éléments plus qu’un lieu géographique. « La ville m’apparaissait comme un véritable organisme nourri d’achat et de vente, un lieu qui se reconstruisait pour se détruire à l’infini », explique-t-il. « Tous ces éléments, produits de luxe ou simples objets de plastique, se rassemblent au hasard pour disparaître aussitôt. Qu’il s’agisse de lits de fortune ou de vitrines soigneusement composées, c’est la même chose. Tout est question de survie. »

Vivant entre Londres et Berlin, Daniel Stier travaille aussi bien pour la publicité que sur ses projets personnels. À l’occasion de la Biennale für aktuelle Fotografie, organisée l’an dernier par l’éminent spécialiste David Campany, le photographe a exposé avec bonheur un mélange de ses travaux, réalisés sur commande ou non. Il explique que la Biennale lui a ouvert les yeux, en prouvant que les générations les plus expérimentées de photographes évoluent librement entre travaux confiés et entreprises personnelles.

A Tale of One City © Daniel Stier
A Tale of One City © Daniel Stier

Les prises de vue destinées au livre A Tale of One City, ont aussi permis à Daniel Stier de mieux appréhender « tous les procédés visuels exploités pour nous vendre n’importe quoi », il avoue que son projet peut être perçu comme « légèrement subversif ». Par leurs couleurs vives et leurs cadrages serrés, ses images jouent sur la séduction, comme toujours, mais elles cherchent à promouvoir des idées, et non des produits.

« De toute évidence, nous produisons trop, ce qui génère une foule de problèmes », déclare Daniel Stier. « La ville est l’esclave du marché. Le flux effréné de l’argent, des marchandises et des forces de travail ne peut supporter le moindre grain de sable, sous peine de nous plonger dans la crise, la dévaluation et le chaos. Par ailleurs, je me suis rendu compte que toutes ces marchandises commençaient à se ressembler : accessoires de luxe ou biens de consommation ordinaires, ils finissent tous au rebut. »

A Tale of One City © Daniel Stier

Par Diane Smyth

Diane Smyth est une journaliste et curatrice basée à Londres. Elle a été rédactrice au British Journal of Photography durant 15 ans, et organisé des expositions pour The Photographers' Gallery et Lianzhou Foto Festival. Son compte instagram: @dismy.

 

A Tale of One City, de Daniel Stier, chez DSPress, 30,00 €. Disponible ici.

A Tale of One City © Daniel Stier

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