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L’exposition The Campaign se propose de montrer comment la photographie a façonné l’image publique des candidats à la plus importante fonction au monde, celle de président des Etats-Unis, et contribué à recueillir des voix.

Hillary Clinton lors de la campagne présidentielle de 2008, New Hampshire © Brooks Kraft / Monroe Gallery of Photography

« La politique, c’est comme le théâtre. Peu importe que vous gagniez ou non. Vous affichez vos opinions. Vous lancez: ‘Me voilà, écoutez-moi.’ », déclarait Harvey Milk, le premier représentant ouvertement gay à avoir été officiellement élu en Californie. De tout temps, la photographie, avec sa capacité à transmettre à la fois les faits et la fiction, a joué un rôle majeur dans le discours politique, en le modelant sans dire un mot.

L’exposition The Campaign , à voir à la Monroe Gallery à Santa Fe, se propose de montrer comment la photographie des 80 dernières années a documenté la course à la présidence suprême – celle des Etats-Unis  –, de la campagne à l’investiture. Cette exposition  – qui comprend notamment des oeuvres de Cornell Capa, Bill Ray, John Loengard, Alfred Eisenstaedt, Neil Leifer, Brooks Kraft et Nina Berman – nous conduit jusqu’en 1948, date où Thomas E. Dewey se porta candidat à une élection qui serait l’une des plus controversées de l’histoire.

Convention Republicaine, Philadelphie, 1948 © Irving Haberman / Monroe Gallery of Photography

A travers les scènes de foule animées d’Irving Haberman, on comprend l’influence de la photographie : d’innombrables sympathisants brandissent des pancartes sur lesquelles on peut voir l’image d’un Dewey confiant, regardant le public avec insistance, et exprimant ce mélange parfait d’assurance et d’artifice que les Américains ont appris à connaître et aimer.

Un héros tragique

Bobby Kennedy fait campagne dans l'Indiana en mai 1968, avec divers aides et amis: l'ancien combattant Tony Zale et (à droite de Kennedy) les stars de la NFL Lamar Lundy, Rosey Grier et Deacon Jones © Bill Eppridge / Monroe Gallery of Photography

« Les reporters écoutent, les photographes regardent », déclarait le photographe Bill Eppridge durant la tragique campagne de Robert F. Kennedy, en 1968, qui se conclurait par sa mort bouleversante, avant qu’il ait pu accéder à l’investiture démocrate. Bobby Kennedy, dont l’image publique était largement héritée de celle de son frère John, avait compris le langage de la visibilité et de la représentation bien avant que ces mots ne deviennent en vogue.

Dans une photographie d’Eppridge de la campagne de Kennedy à Watts (Los Angeles), le dernier jour des primaires, trois jours avant que des émeutes contre les violences policières ne dévastent le quartier, nous pouvons voir l’ancien procureur général porté sur les épaules de Noirs, son large sourire contrastant de manière saisissante avec l’expression de méfiance de leurs visages. Cette image d’Eppridge met en évidence le mélange complexe de naïveté et d’arrogance qui est le propre des privilégiés, face au spectre de la violence américaine.

La campagne Kennedy parcourt la section Watts de Los Angeles le dernier jour avant la primaire, 1968 © Bill Eppridge / Monroe Gallery of Photography

Le pouvoir de la photographie

En septembre, l’audimat du premier débat entre Donald Trump et Joe Biden atteignit 73 millions, un genre de chiffre qu’apprécie le président. Businessman raté qui s’est recréé une image grâce à la télé-réalité, Trump comprend mieux que quiconque le pouvoir de l’image sur le public américain.

Campagne du président Barack Obama sous la pluie, Glen Allen, Virginie, 2012 © Brooks Kraft / Monroe Gallery of Photography

Etre photogénique devint une nécessité en 1960, lors du premier débat de John F. Kennedy et Richard Nixon. En régie, Irving Haberman photographia le plateau de télévision où se déroulait la scène, donnant aux spectateurs un accès aux coulisses de cet événement historique. 

Ce qui retient l’attention, ce n’est pas l’action sur le plateau, mais le moniteur TV, grâce auquel le visage radieux de Kennedy pénètre dans des millions de foyers américains. Sous l’oeil de la caméra, Kennedy est l’image même de la vitalité – image qui contredit son état de santé réel. Calme et posé, Kennedy prend son essor tandis que Nixon décline, et le public oublie allègrement la maxime, toujours aussi sage, d’Edgar Poe: « Ne croyez rien de ce que vous entendez, et seulement la moitié de ce que vous voyez. »

John F. Kennedy, moniteur sur le plateau lors du tout premier débat présidentiel télévisé en 1960 © Irving Haberman / Monroe Gallery of Photography

Par Miss Rosen

Miss Rosen est auteur. Basée à New York, elle écrit à propos de l'art, la photographie et la culture. Son travail a été publié dans des livres, des magazines et sur des sites Web, notamment Time, Vogue, Artsy, Aperture, Dazed et Vice.

Richard Nixon prononçant un discours devant les habitants du comté de Suffolk, New York en campagne électorale en 1968 © Irving Haberman / Monroe Gallery of Photography 


 

The Campaign 

Jusqu’au 15 novembre 2020

Monroe Gallery, 112 Don Gaspar, Santa Fe, NM 87501

https://www.monroegallery.com/


















 

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