Blind Magazine : photography at first sight
Rechercher
Fermer ce champ de recherche.

Bob Farese, promenade sensorielle

Avec Am I Not Light, publié chez Lecturis, Bob Farese offre un voyage dans son intériorité, ballotée par l’environnement dans lequel il évolue et auquel il est confronté.

La couverture même du livre est une invitation à s’immiscer dans l’intime avec le titre Am I Not Light creusé dans l’épaisseur du carton, qui encourage à toucher ces lettres gravées, et découvrir l’envers du décor. On tombe sur le dos velouté d’une femme dans un déshabillé de soie blanche. Sa chevelure presque platine étincelle dans l’obscurité de la pièce. Elle est plongée dans ses pensées au beau milieu de la nuit. Insomnie ? Cette nuit éveillée lui offre la solitude. Le temps suspendu, le monde endormi sont propices à l’écoute du silence, à la réflexion et à l’introspection. Écouter les variations de l’âme, voilà le dessein de Bob Farese à travers ce livre.

Le titre, Am I not light, est également un « clin d’œil à Einstein, qui nous a appris que la lumière, l’énergie et la masse sont relativement interchangeables », raconte le photographe. « J’ai pensé qu’il convenait également à un livre de photographie, qui, par essence, tente de capturer la lumière. » 

Bob Farese
© Bob Farese
Bob Farese
© Bob Farese

Bob Farese est un scientifique, président du département de métabolisme moléculaire à la Harvard School of Public Health et professeur en biologie cellulaire à la Harvard Medical School (Boston, États-Unis) où il dirige un laboratoire. Comme tout chercheur, il cherche à comprendre le monde. En menant des expériences, il espère trouver des réponses. Au fil des images, on décèle une expérience de soi, et du monde. Les images du photographe témoignent de ses interactions avec l’univers dans lequel il évolue.

Bob Farese est venu à la photographie grâce à celle avec qui il partage sa vie, qui est elle-même photographe : « Ma femme Nancy Richards Farese est photographe et m’a initié à la photographie il y a environ 5 ans en me montrant comment David Guttenfelder, du magazine National Geographic, utilise son smartphone pour nombre de ses images. J’ai décidé d’essayer. Lors d’un atelier avec David, il m’a fait découvrir la photographie à l’ iPhone de Gueorgui Pinkhassov. Après cela, j’ai été totalement accroché et j’ai voulu apprendre, et encore apprendre, pour je l’espère, atteindre une certaine maîtrise. »

Bob Farese
© Bob Farese
Bob Farese
© Bob Farese

La photographie est alors une révélation et lui ouvre les portes d’une nouvelle appréhension du monde. « La photographie a, en un sens, changé ma vie », raconte t-il. « Je remarque les choses. Je suis plus attentif à la lumière, aux couleurs, à la beauté et à d’autres choses dans mon environnement. Et je suis très heureux lorsque je photographie, que j’apprends et que je suis dans cet espace créatif (…) Je suis souvent à la recherche de ces éclats de beauté cachés qui sont juste devant nous, mais que la plupart des gens ne voient pas. »

Bob Farese sort simplement de chez lui, et muni de son portable, photographie ce qui l’intrigue, l’étonne et l’émeut lors de ses balades solitaires dans des villes qu’il découvre. « La plupart des photos sont de Boston. Mais certaines sont issues de mes voyages à San Francisco, New York, Paris et d’autres endroits du monde où mon travail m’emmène. »

Bob Farese
© Bob Farese
Bob Farese
© Bob Farese

Abandonné à la flânerie, il est à l’affût de tout ce qui l’entoure et s’offre à son œil. De la perception de l’espace et des formes, des textures et des reflets, il fige le poétique et le magique et nous propose tous ces clichés comme autant d’impressions visuelles. La texture grasse et huileuse des feuilles d’une plante verte, les silhouettes et les ombres des passants qu’il croise, le soleil qui flamboie à la surface d’un étang, des illuminations qui palpitent dans du verre brisé, des gouttelettes d’eau et des traces de doigts sur des parois vitrées, le miroitement du béton mouillé… Bob Farese fait feu de tout bois et nous propose une réalité scintillante.

Au fil des pages, des images, des mots sont disséminés, isolés par des pages vierges, ce qui leur confère une préciosité et une force toutes particulières. Même si Bob Farese se défend d’être un poète. « Mon grand-père et ma mère aimaient la poésie, ils m’ont donc influencé. Pendant un temps, je lisais régulièrement Mary Oliver et Rumi. Et David Whyte. Je ne suis en aucun cas un poète. Mais j’aime les paroles et l’écriture de chansons, et j’écris beaucoup pour mes recherches scientifiques. J’aime le langage et j’aime voir ce que le langage peut capturer en quelques mots. » 

Bob Farese
© Bob Farese

L’effet est pourtant là. Du bruit de ses pas dans sa maison, de la musique qui se déploie dans l’air pour trouver refuge dans ses oreilles, sa sensation de solitude face à la foule, son souffle. Bob Farese met ses sens en éveil. Il nous fait part de ses sensations les plus instinctives et primaires qui émergent au contact du monde, et comment celles-ci influencent ses émotions et états d’âmes.

Parcourir Am I not light nous incite à chercher la lumière dans nos existences, à s’ouvrir au monde pour s’en émerveiller. Alors sortez et ouvrez l’œil, tout est là !

Am I Not Light de Bob Farese, Lecturis, 320 pages, 35€.

Plus d’informations sur le travail de Bob Farese sur son site.

Bob Farese
© Bob Farese

Ne manquez pas les dernières actualités photographiques, inscrivez-vous à la newsletter Blind.