Blind Magazine : photography at first sight
Photography at first sight
Ebony, icône des magazines de photo afro-américains

Ebony, icône des magazines de photo afro-américains

Un nouveau livre intitulé Ebony: Covering Black America rend un superbe hommage au magazine qui a documenté la prodigieuse histoire de l’Amérique noire, tout au long du 20e siècle et bien au-delà. Un ouvrage qui coincide avec l’annonce de la renaissance d’Ebony ce mois ci.

© Ebony

Au milieu du 20e siècle, durant l’âge d’or des magazines papier, la plupart des publications américaines populaires hésitent à embaucher plus d’un photographe noir dans leurs équipes. La représentation des problèmes de la communauté afro-américaine s’en trouve déformée. Convaincu comme le journaliste H. L. Mencken que la liberté de la presse se limite à celle dont seuls certains disposent, l’homme d’affaires John Harold Johnson fonde en 1942 la Johnson Publishing Company, offrant ainsi à l’Amérique noire un moyen d’expression propre.

En 1945, cette maison d’édition lance Ebony, qui devient rapidement l’équivalent de LIFE magazine pour la communauté afro-américaine. Au lieu de diffuser la culture conventionnelle des blancs, Ebony propose un regard d’initié sur la classe bourgeoise noire, qui travaille sans relâche, au travers d’une série d’essais photographiques et d’articles sur des célébrités et des événements marquants. Pendant 75 ans, Ebony est à l’avant-garde de la culture afro-américaine et fait la chronique de l’époque, offrant une histoire visuelle de la nation, depuis la ségrégation jusqu’aux mouvement américain des droits civiques, sans s’y arrêter.

© Ebony
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« Je fais partie des rares à avoir connu le monde avant Ebony. Laissez-moi vous dire que le magazine de John Johnson a tout changé et qu’il continue de le faire », déclare Hazel S. Red, éducatrice, dans le somptueux ouvrage de Lavaille Lavette, Ebony: Covering Black America (Rizzoli New York). « C’est un véritable vecteur qui nous a permis d’entretenir notre dignité et nous a préservés de la folie, tout au long des efforts que nous avons déployés pour aboutir à la justice et à l’égalité pour tous. »

Black is beautiful

« La presse afro-américaine a été notre pilier et nous a sauvés. C’est elle qui a raconté et diffusé notre histoire alors que d’autres ne le pouvaient pas, ou ne le voulaient pas », explique Sheila Jackson Lee, élue au congrès du Texas. Ebony a rend alors compte des faits que d’autres passaient sous silence, mais ce n’est pas tout. Le magazine présente aussi un portrait lumineux du glamour, de l’élégance et de la beauté noire. Sous son égide, les Noirs accédent à des statuts d’icônes et de légendes. Les lecteurs voyent ainsi s’ouvrir tout le champ des possibles, laissant libre cours à leurs rêves les plus fous tout en se libérant de leur quotidien.

© Ebony
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En créant un espace voué aux conversations politiques, culturelles et économiques, Ebony donne une voix à la communauté afro-américaine, loin des préjugés et de l’intolérance d’autres médias. Le livre Ebony: Covering Black America livre alors un portrait captivant des hommes et des femmes qui ont transformé le monde, avec des essais rédigés par la championne de tennis Venus Williams, le magnat de la musique Sean Combs, la créatrice de mode Kimora Lee Simmons, la star de la pop Ciara, le rappeur Common, ou le couple brillant formé par Dwyane Wade et Gabrielle Union.

Organisé en chapitres sur les droits civiques et la justice sociale, l’amour et la famille, les hommes, les femmes et la musique, ce livre est un tour de force visuel, avec des reproductions de unes et de doubles pages tirées de numéros emblématiques du magazine. Photo par photo, des portraits de visionnaires telles que la chanteuse de jazz Billie Holiday, la militante Betty Shabazz, le boxeur Mohamed Ali, la superstar Michael Jackson ou encore le président Barack Obama retracent le cheminement de l’histoire.

© Ebony

« J’ai grandi dans le sud au cours des années 1970, et le magazine Ebony était l’un des seuls moyens pour un gamin noir comme moi d’imaginer que la vie pouvait me mener en dehors de ma petite ville », raconte l’ingénieur John Thibodeaux. « Ebony m’a montré que mon futur ne se limitait pas à mon environnement immédiat. »

Par Miss Rosen

Miss Rosen est une journaliste spécialisée en art, photographie et culture, et vit à New York. Ses articles ont été publiés dans des livres, des magazines et des sites web, dont Time, Vogue, Artsy, Aperture, Dazed et Vice, entre autres.

© Ebony

Ebony: Covering Black America 
De Lavaille Lavette
Publié par Rizzoli New York
$57,50
Livre disponible ici.

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