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Gaston Paris, un photographe illustrateur

Découvert fortuitement par l’historien de la photographie Michel Frizot il y a près de trente ans, Gaston Paris est à l’honneur à travers deux expositions, au Centre Pompidou et à la Galerie Roger-Viollet, ainsi qu’une publication.
Reconstitution d’une scène de meurtre, France, vers 1935 © Gaston Paris / Roger-Viollet

Ne cherchez pas son nom dans les livres d’histoire de la photographie, vous ne le trouverez pas. Gaston Paris, né en 1903, était totalement inconnu jusqu’à il y a peu. Il a pourtant été découvert par Michel Frizot dans les années 1990 « à l’occasion d’un salon de vieux papiers ». Intrigué par des tirages des années 1930 rangés dans une boîte, l’historien de la photographie les a achetés dans l’ignorance puisque les images n’étaient pas signées. La composition, l’éclairage et le point de vue original du photographe l’avaient convaincu. Représentant notamment des mannequins dans des vitrines parisiennes, ces épreuves originales accueillent le spectateur dans l’exposition du Centre Pompidou dont il est cocommissaire.

Faire une découverte, c’est le rêve de tout historien. Michel Frizot l’a vécu, mais celle-ci ne s’est pas faite en un jour. Il faudra attendre près de trente ans pour que celle-ci prenne la forme d’une exposition et d’un livre. Car quelque temps après son acquisition, l’historien tombe sur des planches contacts, et en 2006, alors qu’il prépare l’exposition sur le magazine VU pour la Maison Européenne de la Photographie, il fait des rapprochements et acquiert la certitude que Gaston Paris est l’auteur des images qu’il a achetées.

L’Abri, Paris, fin 1939/ Bibliothèque historique de la Ville de Paris © Gaston Paris / BHVP / Agence Roger-Viollet
Cirque Bouglione, deux artistes sur le trapèze, vers 1936/ Roger-Viollet Collection, Bibliothèque historique de la Ville de Paris © Gaston Paris / BHVP / Agence Roger-Viollet

S’il est inconnu, ce photographe n’est pas n’importe qui : « Il a publié plus de 2400 images dans la presse des années 1930 et 1940 et a été salarié du magazine VU où il a signé plus de 1 300 images ». Michel Frizot découvre aussi progressivement que l’agence Roger-Viollet possède des négatifs du photographe. Elle les a achetés en 1964, année de son décès, et a ensuite reçu un don de la part de sa veuve en 1983. Ces quelque 15 000 négatifs sont aujourd’hui conservés à la Bibliothèque de la Ville de Paris (BHVP) et l’agence continue de diffuser le travail de Gaston Paris.

« Gaston Paris est le seul photographe à avoir été salarié de VU pendant trois ans », explique Michel Frizot, précisant que ce magazine, créé en 1928, est précurseur de la presse illustrée. Life (fondé en 1938) et Match, qui deviendra Paris Match en 1949, se sont largement inspiré de VU « qui a été le premier magazine à tout miser sur la photographie. Cette publication a été particulièrement inventive en termes de maquette et de mise en valeur de l’image, ayant notamment recourt au photomontage ».

Les « nouveaux » Clérans, trapézistes, 1946/ Collections Roger-Viollet, Bibliothèque historique de la Ville de Paris © Gaston Paris / BHVP / Agence Roger-Viollet
Soufflerie aérodynamique de Chalais-Meudon, 1936/ Roger-Viollet Collection, Bibliothèque historique de la Ville de Paris © Gaston Paris / BHVP / Agence Roger-Viollet

Pédagogique, la deuxième partie de l’exposition met en scène la manière dont différents journaux (VU, Regards, La Semaine, etc.) ont utilisé les images de Gaston Paris. Et surtout, elle rend compte de la singularité de sa maîtrise de la composition, et de son don pour trouver le bon angle, usant de plongées et de contre-plongées, flirtant volontiers avec l’absurde et le surréalisme. Le parcours est ainsi une véritable immersion dans les années folles, puis dans celles de la guerre. On voit ainsi la diversité des thèmes traités par Gaston Paris, alternance de sujets légers et graves : le cirque coulisses comme côté spectacle, le music-hall aux Folies Bergères ou au Casino de Paris côté, la pauvreté et la précarité aux bordures de Paris, etc.

Ouvrier et rosace en contre-jour à la cathédrale Notre-Dame de Paris, Paris, vers 1935 © Gaston Paris / Roger-Viollet
Edith Piaf (1915-1963), chanteuse française, France, 1940 © Gaston Paris / Roger-Viollet

Éclectique, Gaston Paris a aussi photographié l’architecture – Notre-Dame, la tour Eiffel, etc. –, les cheminées d’usine, a embarqué à bord d’un cuirassé de la marine française, a capté les coulisses de tournages de films, a fait le portrait de personnalités comme Kiki de Montparnasse et d’anonymes, ou des reportages sur Édith Piaf, Maurice Chevalier, etc. « Un œil fantastique » pour reprendre le titre de l’autre exposition qui se tient en parallèle à la galerie Roger-Viollet. 80 tirages modernes permettant de prendre la mesure de ce photographe illustrateur qui mérite sa place dans l’histoire de la photographie.

Par Sophie Bernard

Sophie Bernard est une journaliste spécialisée en photographie, contributrice pour La Gazette de Drouot ou le Quotidien de l’Art, commissaire d’exposition et enseignante à l’EFET, à Paris.

Gaston Paris« La photographie en spectacle», du 19/01 au 18/04/2022, Centre Pompidou, catalogue en coédition avec Atelier EXB, 256 pages, 45 €.

Gaston Paris « L’œil fantastique », du 20/01 au 23/04/2022, galerie Roger-Viollet.

Les trois masques, vers 1932 © Gaston Pari /BHVP / Agence Roger-Viollet Photo / Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / Audrey Laurans

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