Blind Magazine : photography at first sight

Que voir à Paris Photo?

Paris Photo, c’est une foire attendue par les collectionneurs du monde entier mais c’est aussi pour les amateurs une gigantesque exposition offrant une traversée dans l’histoire de la photographie du 19e siècle à aujourd’hui doublée d’un panorama des tendances de ce qui se fait et s’achète.

Paris Photo, c’est plus de 1 600 artistes, 183 participants, dont près de 150 galeries et 34 éditeurs, venus de 31 pays représentant les cinq continents : 130 exposants d’Europe, 32 d’Amérique du Nord, 7 d’Afrique et du Moyen Orient, 3 d’Amérique du Sud, 14 d’Asie et d’Océanie. On comprend mieux pourquoi cette foire internationale fait une nouvelle fois de la capitale française l’épicentre de la photographie au mois de novembre.

Articulée en trois secteurs, le principal, Curiosa dédié à l’émergence, et les éditeurs, Paris Photo 2022 affiche 48 nouveaux-venus par rapport à 2021 dont 18 premières participations. Pour ses 25 ans, la foire s’offre une égérie en la personne de l’actrice espagnole Rossy de Palma dont l’atypique beauté fait le bonheur des photographes, à commencer par celui de son compatriote Gorka Postigo qui l’a saisie en 2018 pour le magazine Vogue. Visite guidée à travers les dix coups de cœur de Blind.

US Army and Navy photography, Operation Crossroads, "Baker", Bikini Atoll, 1946 © U.S. Army, Daniel Blau
US Army and Navy photography, Operation Crossroads, « Baker », Bikini Atoll, 1946 © U.S. Army, Daniel Blau

Du document à l’œuvre

Daniel Blau (Munich) fait partie des rares galeries à présenter des originaux du 19e siècle, d’Édouard Baldus à Gustave Le Gray en passant par Émile Zola. Autre particularité : Daniel Blau s’est fait une spécialité des images faisant référence à des événements historiques du 20e siècle, tel que la guerre ou la conquête spatiale avec des clichés signés de photographes de l’armée américaine ou de la NASA. Cette année, elle présente notamment une sélection rarement exposée de tirages vintage de l’attaque de Pearl Harbor ainsi que des photographies d’essais nucléaires du ministère américain de la Défense dans le désert du Nevada. Ou quand beauté et horreur ne font qu’un.

Cartier-Bresson forever

Si le 19e siècle se fait rare, le marché s’étant tari au fil des ans, les années 1920 à 1970 sont particulièrement bien représentées. Henri Cartier-Bresson, l’un des photographes les plus emblématique de cette période, est présent sur plusieurs stands : chez Augusta Edwards (Londres), avec d’autres photographes de l’agence de Magnum Photos qui fête ses 75 ans cette année, chez Peter Fetterman (Santa Monica) en compagnie d’autres “stars” (Ansel Adams, Eve Arnold, Gianni Berengo Gardin ou George Hoyningen-Huene), mais aussi chez Françoise Paviot (Paris) présentant avec Vintage Works (Chalfont) Charles Nègre, Man Ray et autres Brassaï. 

2 Henri Cartier-Bresson:Magnum Photos, Madrid, 1933, Courtesy Augusta Edwards Fine Art
Magnum Photos, Madrid, 1933, Courtesy Augusta Edwards Fine Art © Henri Cartier-Bresson

Cartier-Bresson chez les éditeurs

Du côté des éditeurs, delpire & co sort une nouvelle édition de l’ouvrage de référence (et épuisé) Henri Cartier-Bresson photographe, publié pour la première fois en 1979 rassemblant ses 155 photographies majeures sur la période 1926-1978 (344 pages, 65 €). Chez le même éditeur paraît Les Anglais / The English avec côté face des photographies en noir et blanc d’Henri Cartier-Bresson et côté pile des images en couleur de Martin Parr issues du projet The Last Resort (1984) et d’une commande des années 2009/2010). Ce livre (216 pages français/anglais, 42 €) accompagne l’exposition « Réconciliation » à la Fondation Henri Cartier-Bresson (du 8 novembre 2022 au 12 février 2023).

Insolite

La galerie Fraenkel (San Francisco) met en avant des figures emblématiques de l’histoire de la photographe du 20e siècle, qu’ils appartiennent à la mode (Richard Avedon), au portrait (Diane Arbus, Peter Hujar) ou encore à la street photography (Lee Friedlander, Garry Winogrand). A ces “classiques,” s’ajoutent des contemporains (Alec Soth) et des artistes évoluant dans le champ de l’art contemporain. A l’image de Christian Marclay et de cette pièce unique intitulée Hot August Night (1991), issue de la série Body Mix, un collage par fil de couture de deux pochettes de disque. Un geste créatif qui tient autant du cadavre exquis cher aux surréalistes que du sampling et du remix techniques propres à l’univers musical.

Hot August Night, 1991, record album covers stitched with thread © Christian Marclay, courtesy Fraenkel Gallery, San Francisco
Hot August Night, 1991, record album covers stitched with thread © Christian Marclay, courtesy Fraenkel Gallery, San Francisco

Découverte

Le secteur Curiosa est l’occasion de découvrir la photographie autrement, via des scénographies audacieuses, des œuvres mixant les médias ou imprimées sur des supports insolites. La sélection 2022 comprend 16 projets provenant de 9 pays. Parmi lesquels celui de Pao Houa Her à la Bockley Gallery, (Minneapolis) qui mêle le vrai et le faux à travers une installation présentant des plans de pavots (plante permettant de fabriquer de l’opium) devant une image de ces mêmes fleurs. L’artiste fait ici référence à son enfance, quand elle a été “nourrie” d’opium pour éviter que ses cris n’attirent l’attention lors de la fuite clandestine du Laos.

Pao Houa Her, untitled (real opium, behind opium backdrop), 2020, The imaginative Landscape series
Untitled (real opium, behind opium backdrop), 2020, The imaginative Landscape series © Pao Houa Her

La beauté comme arme de séduction

Pour sa première participation à Paris Photo, la galerie C (Paris) investit le secteur Curiosa avec un solo signé Matthieu Gafsou qui a été choisi par Ruinart pour faire une résidence dans ses vignobles. Le Suisse fait partie de ces nombreux photographes contemporains qui abordent la thématique écologique. Dépassant la pratique purement documentaire, il adopte une démarche originale en enduisant ses tirages de pétrole. Matière à l’origine de la fabrication du plastique et dont l’effet sur l’environnement est délétère. D’une grande beauté, les images n’en n’attirent que plus notre attention, nous invitant à prendre conscience de l’ambivalence des choses.

6 Matthieu Gafsou, Pétrole 1, de la série Vivants, 2021-2022 © Matthieu Gafsou & Galerie C
Pétrole 1, de la série Vivants, 2021-2022 © Matthieu Gafsou & Galerie C

Les femmes d’abord

En 2018, les femmes représentaient 20% des artistes exposés à Paris Photo, cette année elles sont 31%. Si chaque galerie est libre d’exposer ce qu’elle souhaite, on peut imaginer que le parcours Elles x Paris Photo en partenariat avec le ministère de la Culture il y a 5 ans a contribué à améliorer la visibilité et la représentativité des femmes sur la foire. Cette année, c’est Federica Chiocchetti, spécialisée en photographie et littérature, qui a été invitée à désigner une centaine d’œuvres d’artistes femmes dans la programmation. Parmi elles, la Belge Elke Tangeten et cette carte postale recouverte de peinture pour vitre exposée par la galerie Sage (Paris) dont le stand est consacré à l’art brut. 

Sans titre, 2019, Peinture pour vitre sur carte postale, Sage © Elke Tangeten
Sans titre, 2019, Peinture pour vitre sur carte postale, Sage © Elke Tangeten

William Klein à l’honneur

Disparu en septembre dernier, William Klein est mis à l’honneur plusieurs fois sur la foire, à commencer par la galerie Le Réverbère (Lyon) fidèle à Paris Photo depuis la première édition et qui fête en 2022 ses 40 ans. C’est là que William Klein exposa ses contacts peints pour la première fois. Celui présenté ici fait partie des 25 images choisies par Rossy de Palma. D’autres tirages de l’Américain sont à découvrir chez Polka (Paris) ou encore Howard Greenberg (New York). 

Klein chez les éditeurs

Dans le secteur édition, Atelier EXB présente en avant-première les 30 exemplaires de l’édition de tête avec tirage de la monographie Yes retraçant la carrière de William Klein, mettant en lumière aussi bien le peintre que le photographe. Conçue en étroite collaboration avec Klein, cette ultime monographie est accompagnée d’un long essai de David Campany, curateur à l’International Center of Photography, New York (384 pages, 69 €). De son côté, delpire & co sort une adaptation, sous la forme d’un ciné-roman, de son film culte sorti en 1966 Qui êtes-vous Polly Maggoo ? (544 pages, 65 €). Une installation est aussi à découvrir dans leur librairie-galerie du 3 au 19 novembre dans le cadre du festival PhotoSaintGermain (13, rue de l’Abbaye, Paris 6e). 

8 William Klein, Ebbets Field New York 1955, 1955:Courtesy Galerie Le Réverbère
Ebbets Field New York 1955, 1955 © William Klein, Courtesy Galerie Le Réverbère

Séances de dédicaces

Si vous ne pouvez pas vous offrir un tirage, repartez avec un livre dédicacé ! Petite sélection : Sophie Calle, Joan Foncuberta, Harry Gruyaert chez Actes Sud ; Bernard Descamps, Sara Imloul, Kourtney Roy chez Filigranes ; Guillaume Herbaut, Martin Parr & Lee Shulman, Katrien De Blauwer chez Textuel ; Anaïs Boudot, Marina GadonneixAntoines d’Agata chez The Eyes ; Denis Dailleux, Jane Evelyn Atwood, Jean-François Spricigo chez Le bec en l’air ; Susan Meiselas, Sarah Moon, Paolo Woods chez delpire & co ; Raymond Depardon, Tom Arndt, Rinko Kawaushi…

Paris Photo, Grand Palais Ephémère, Paris, du 10 au 13 novembre, 2022

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