Blind Magazine : photography at first sight
Rechercher
Fermer ce champ de recherche.

Rineke Dijkstra en boucle

En quatre vidéos au pouvoir hypnotique, l’artiste néerlandaise enregistre des teenagers face à un tableau de Picasso, et des gymnastes en quête de perfection. Du grand art !

Dès son apparition à la sixième édition du Printemps de Cahors, en 1996, Rineke Dijkstra a montré combien, pour elle, regarder l’autre n’était pas le dépecer et le réduire à une caricature sur papier. Surgissait tout à coup une artiste néerlandaise, née le 2 juin 1959 à Sittard (Pays-Bas) et formée à la Gerrit Rietveld Akademie (Amsterdam), qui accordait à ses modèles non seulement du temps mais des « moments de vérité ». Adolescents au bord de la Baltique. Toreros juste après la corrida, ensanglantés. Femmes venant d’accoucher, comme hallucinées, leurs nouveau-nés serrés contre leurs ventres. 

À ses photographies, Rineke Dijkstra ajouta bientôt des vidéos, ainsi The Buzz Club (1996-1997), projeté au beau Musée d’art contemporain de Rochechouart (Haute-Vienne), en 1998. On y découvrait des teenagers en boîte de nuit, à Liverpool et près d’Amsterdam, qui frémissaient langoureusement sous une techno sweet en mâchant du chewing-gum. Dijkstra : « Dans ces situations génériques, chacun peut s’identifier car chacun a des souvenirs. En un sens, ces adolescents de Liverpool ressemblent à tous les adolescents et, pourtant, tous sont différents. »

Image de Lera, The Gymschool, 2014, 15'16'' © Rineke Dijkstra - Courtesy de l'artiste et Marian Goodman Gallery, Paris et New York.
Image de Lera, The Gymschool, 2014, 15’16” © Rineke Dijkstra – Courtesy de l’artiste et Marian Goodman Gallery, Paris et New York.
Image de Eva, The Gymschool, 2014, 15'16'' © Rineke Dijkstra - Courtesy de l'artiste et Marian Goodman Gallery, Paris et New York. Image de Lera, The Gymschool, 2014, 15'16'' © Rineke Dijkstra - Courtesy de l'artiste et Marian Goodman Gallery, Paris et New York.
Image de Eva, The Gymschool, 2014, 15’16” © Rineke Dijkstra – Courtesy de l’artiste et Marian Goodman Gallery, Paris et New York.
Image de Anna, The Gymschool, 2014, 15'16'' © Rineke Dijkstra - Courtesy de l'artiste et Marian Goodman Gallery, Paris et New York.
Image de Anna, The Gymschool, 2014, 15’16” © Rineke Dijkstra – Courtesy de l’artiste et Marian Goodman Gallery, Paris et New York.

La Maison Européenne de la Photographie propose aujourd’hui quatre vidéos captivantes qui montrent comment ses sujets, filmés dans un lieu très précis, parfois à la limite de l’enfermement, parviennent à s’en échapper, à produire du rêve et à faire naître chez celui qui regarde une grande proximité.

Ainsi de Marianna (The Fairy Doll, 2014) et de The Gymschool (2014) qui furent présentées à la galerie Marian Goodman, à Paris, en 2015. « L’idée de départ, précisait alors Rineke Dijkstra, est celle de la répétition, et de l’enjeu de la perfection. C’est ce qui relie les deux vidéos, celle sur Marianna, et celle que j’ai tournée pendant quatre jours à Saint-Pétersbourg. Dans la deuxième vidéo, comme j’ai isolé les gymnastes de leur contexte, il y a ce côté irréel du mouvement des corps. (…) Il leur faut trouver un équilibre et elles reprennent encore et encore et encore le même mouvement, jusqu’à parfois paraître désincarnées. Elles deviennent comme des sculptures abstraites. »

Changement de perspective avec les deux autres vidéos, réalisées à la Tate Liverpool, en 2009. L’une, un portrait de groupe sur trois écrans, montre des gamins commentant La Femme qui pleure/The Weeping Woman (1937) de Picasso dans le cadre d’un atelier pédagogique (I see a Woman Crying).

Images de I See a Woman Crying (The Weeping Woman), 2009, 3 channel video HD, 12' © Rineke Dijkstra - Courtesy de l'artiste et Marian Goodman Gallery, Paris et New York.
Images de I See a Woman Crying (The Weeping Woman), 2009, 3 channel video HD, 12′ © Rineke Dijkstra – Courtesy de l’artiste et Marian Goodman Gallery, Paris et New York.

L’autre, en caméra fixe, se concentre sur l’une des écolières en uniforme, Ruth, dessinant sa Femme qui pleure, jambes allongées sur le sol, sans prononcer un seul mot (Ruth Drawing Picasso). Elle fait la moue. S’applique. Tire la langue. Se penche en avant. Et ne cesse de louvoyer entre la peinture de Picasso et son cahier de dessin. On entend le bruissement de son crayon à papier, on meurt d’envie de voir son portrait (il est exposé sous vitrine, juste à côté), et on retrouve cette joie à profiter naturellement de cet espace-temps où chacun, modèle et spectateur, est pris, non en otage, mais en considération.

Image de Ruth Drawing Picasso, 2009, 6'33'' © Rineke Dijkstra - Courtesy de l'artiste et Marian Goodman Gallery, Paris et New York.
Image de Ruth Drawing Picasso, 2009, 6’33” © Rineke Dijkstra – Courtesy de l’artiste et Marian Goodman Gallery, Paris et New York.

Rineke Dijkstra, I See You, à la Maison Européenne de la Photographie, jusqu’au 1er octobre. Commissaires : Clothilde Morette et Simon Baker. Galerie Marian Goodman.

Image de Marianna (The Fairy Doll), 2014, 19'13'' © Rineke Dijkstra - Courtesy de l'artiste et Marian Goodman Gallery, Paris et New York.
Image de Marianna (The Fairy Doll), 2014, 19’13” © Rineke Dijkstra – Courtesy de l’artiste et Marian Goodman Gallery, Paris et New York.

Lire aussi : Une lionne à Paris

Ne manquez pas les dernières actualités photographiques, inscrivez-vous à la newsletter de Blind.