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André D. Wagner, tout un monde nommé New York

Depuis son port d’attache à Brooklyn, le boursier de la Fondation Gordon Parks revient sur une décennie de photographie de rue.

En 1972, la légende du jazz Roy Ayers sortait « We Live in Brooklyn, Baby », un hymne hypnotique dédié aux personnes qui luttent pour survivre dans le comté de Kings (où se trouve Brooklyn). Un demi-siècle plus tard, le photographe et boursier 2022 de la Fondation Gordon Parks, Andre D. Wagner, a revisité une décennie de son travail pour l’exposition, « New City, Old Blues ».  

Originaire d’Omaha (Nebraska), Wagner arrive à New York en 2012 et s’installe à Bushwick (Brooklyn). Dix ans plus tard, le coin a bien changé, les habitants du quartier ont dû se déplacer, sous la pression implacable de la gentrification. Un jardin communautaire a été rasé pour construire un immeuble d’habitation. En l’espace de dix ans, tout a changé.

« En tant que photographe, en tant qu’artiste, en tant qu’habitant du quartier, je me demande comment je peux aider à préserver ou à raconter cette histoire, à la prolonger »

Pour Wagner, le passage du travail social à la photographie de rue est « une belle évolution ». Naturellement, l’appareil devient pour lui une boussole pour se déplacer dans le monde, enregistrant des moments fugaces d’intimité, l’isolement de certains, la connexion entre d’autres.

« Je n’aurais jamais imaginé que l’inspiration pour mon travail me viendrait du quartier où je vivais, mais en même temps, étant originaire du Midwest et me sentant chez moi dans une communauté, c’est logique. J’ai toujours été quelqu’un de sociable », explique Wagner, qui considère que les principes de base du respect, de l’empathie et de l’entente avec les autres sont au cœur de son œuvre.

Après des années de travail, la série New City, Old Blues est à la fois une lettre d’amour aux habitants de New York et à l’art de la photographie. A l’instar des grands photographes noirs de Kamoinge, notamment Roy DeCarava, Ming Smith, Anthony Barboza, et Adger Cowans, Andre Wagner est animé par une passion pour la rue, ce terrain de jeu pas comme les autres.

© Andre Wagner
© Andre Wagner

Le troisième œil

Andre Wagner se souvient de la lecture de Voices in the Mirror : An Autobiography by Gordon Parks. La photographie devient alors une évidence. « Cela m’a donné la confiance nécessaire pour me dire que je pouvais avoir ce mode de vie », confie-t-il.

Dix ans plus tard, Wagner boucle la boucle au gala de la Fondation Gordon Parks, en tant que récipiendaire de la bourse, reçue à quelques pâtés de maisons de la résidence universitaire où il avait lu le livre. « Je n’ai pas vraiment l’impression d’avoir choisi la photographie, j’ai l’impression que c’est elle qui m’a choisi », avoue Wagner à propos de son parcours.

« J’ai réalisé que l’expression d’un visage racontait tout un monde »

« J’ai réalisé que l’expression d’un visage racontait tout un monde. Chacun a quelque chose qu’il peut exploiter, et nos expériences façonnent la manière dont on perçoit le monde. Je suis photographe de rue, tous ces mondes s’y retrouvent », explique Wagner. « Je viens d’Omaha, j’ai grandi dans la communauté noire, je me suis rendu dans l’Iowa pour jouer dans l’équipe de basket-ball entièrement blanche dans une école entièrement blanche ; puis dans la même ville, j’ai été travailleur social, j’ai été employé par des tribunaux pour mineurs pour m’occuper de jeunes à risque. Le fait d’être dans tous ces espaces différents m’a donné cette empathie que je ressens dans mon corps. J’étais athlète dans ma jeunesse, et la photographie de rue a libéré cette physicalité. Elle combine, en fait, les meilleurs aspects de ma vie. »

© Andre Wagner
© Andre Wagner
© Andre Wagner
© Andre Wagner

Une star est née

A la façon d’un blog des années 2010, Andre Wagner a posté pendant plusieurs semaines sur Twitter le processus de tirage des photographies de sa série New City, Old Blues donnant ainsi accès aux coulisses de sa chambre noire. « Il est important pour moi de travailler avec mes mains. C’est très intuitif et naturel », explique Wagner. « Les images elles-mêmes ont fini par être de grands autoportraits, au sens propre comme au sens figuré. Lorsque vous pointez votre objectif sur quelqu’un d’autre, ou quelque chose d’autre, c’est tellement révélateur de vous-même. »

Wagner crée ainsi un espace de partage avec sa communauté. Communauté que nous retrouvé au vernissage de l’exposition à la Gordon Parks Foundation Gallery, où près de 300 personnes se sont déplacées à Pleasantville, dans l’État de New York, pour y assister. « On sentait une énergie incroyable, il y avait beaucoup de photographes et d‘amateurs de mes photographies », salue Wagner. « C’était vraiment extraordinaire de voir une communauté se construire autour de mon travail. »

© Andre Wagner

L’exposition Andre D. Wagner : New City, Old Blues a été présentée à la Gordon Parks Foundation Gallery à Pleasantville, New York. 

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