De 1907 à 1914, Antonin Personnaz profite d’un nouveau procédé photographique, l’autochrome, pour immortaliser la vallée de l’Oise en couleur. Une exposition à Pontoise met ces images aux allures impressionnistes à l’honneur.

Méry-sur-Oise. L'Oise en amont de L'Île de Vaux. Femme à l'ombrelle rouge. 1907-1914 © Antonin Personnaz / Société française de photographie, Paris

Si l’on parle de photographies des premières années du XXème siècle, il y a de bonnes chances pour que vous pensiez à ces portraits d’aïeux guindés qui sommeillent encore parfois dans les placards. Un monde tout en nuances de gris ou de sépia où la chaîne de montre de Monsieur tranche sur le tissu sombre de son austère costume tandis que la taille de Madame est serrée dans une longue robe au col montant fermé d’un camée. Les images d’Antonin Personnaz (1857-1937) ont beau avoir été prises à la même période, elles nous révèlent pour une partie d’entre elles un monde aux teintes douces où paysages vallonnés, campagnes enneigées et scènes champêtres sont formés de milliers de petites touches de couleurs. Ce sont ces photos, des autochromes, qui sont à l’honneur au musée Pissarro à Pontoise. Quelques quarante clichés tous pris dans la vallée de l’Oise ont été retenus pour cette exposition (et le double pour le catalogue). De salle en salle, on ne peut que noter la proximité entre les autochromes d’Antonin Personnaz et les toiles impressionnistes dont il était collectionneur – 142 tableaux et dessins ont ainsi été légués aux musées nationaux à sa mort.

Méry-sur-Oise. L’Oise en amont d’Auvers-sur-Oise. Péniches au chargement. 1907-1914 © Antonin Personnaz / Société française de photographie, Paris
Nesles-la-Vallée. Vue générale, 1907-1914 © Antonin Personnaz / Société française de photographie, Paris

Son goût et sa connaissance de la peinture impressionniste ont nourri son regard et formé son œil, de même que l’activité familiale, le négoce de tissus, a certainement participé à sa sensibilité pour les couleurs. « Antonin Personnaz a utilisé l’autochrome d’une manière assez originale à l’époque », explique Christophe Duvivier, directeur des musées de Pontoise. « La plupart des personnes qui, à partir de 1907, se sont emparés de cette technique nouvelle, ont profité de pouvoir capter la couleur pour faire des portraits ou des natures mortes très chromatiques, assez "pétard"Mais Personnaz, lui, a choisi de faire des paysages à des moment typiquement impressionnistes où les couleurs ne sont pas très contrastées : le matin tôt, le crépuscule, les gelées blanches, les brumes matinales, les inondations, les paysages enneigés… » 

Le photographe revendique lui-même ce lien avec la peinture. Dès 1907, année de commercialisation par les frères Lumière de ces plaques de verre mettant à portée de tous la photographie directe des couleurs, Antonin Personnaz écrit dans le Bulletin de la Société française de photographie (SFP) dont il est membre depuis 1896 : « Messieurs Lumière ont mis dans nos mains un merveilleux procédé qui nous permet de faire automatiquement œuvre picturale. […] Ne nous bornons pas à lui faire produire des tons éclatants ; tournons aussi nos regards vers les maîtres paysagistes : les Cazin, les Monet, le divin Corot qui se contentait, pour exalter les verts tendres et les gris harmonieux de ses paysages, de la coiffe rouge d’une paysanne. Inspirons-nous de leurs exemples en cherchant à traduire les colorations les plus douces et les plus délicates de la nature, et nous ferons ainsi œuvre d’art. » 

Effet de soleil dans les arbres. Inondations. Hiver, 1907-1914 © Antonin Personnaz / Société française de photographie, Paris
Auvers-sur-Oise. Sente du Montier. Hiver, 1907-1914 © Antonin Personnaz / Société française de photographie, Paris

On ne s’étonnera donc pas de voir sa compagne, ombrelle rouge à la main, poser dans certaines de ses photos selon la technique éprouvée de Camille Corot. Cette sensibilité et la maîtrise de l’autochrome valent à Antonin Personnaz une certaine renommée dans le monde des photographes amateurs. Les autochromes étant des pièces uniques impossible à tirer sur papier ou à dupliquer à l’époque, ils ne sont diffusés que lors de projections organisées dans les cercles d’amateurs. « Quand on lit les comptes-rendus de la SFP, on comprend qu’il était considéré comme l’un des maîtres de l’autochrome car on lui demandait son avis, on lui demandait d’organiser des concours, de participer à des jurys », pointe Christophe Duvivier. 

Pourtant, après la Première Guerre mondiale, Antonin Personnaz laisse de côté cette technique jusqu’à sa mort, en 1937. Ses archives d’autochromes, environ un millier de plaques, mais aussi des clichés en noir et blanc ainsi que des vues stéréoscopiques sont confiés par sa veuve à la SFP. « Après une longue période d’oubli quelques-unes de ces photographies ont été dévoilées à partir de la fin des années 1970 mais la première exposition personnelle consacrée à l’activité photographique de ce personnage discret n’a eu lieu qu’en 2020 à l’initiative du musée des Beaux-Arts de Rouen », raconte l’historienne de la photographie Virginie Chardin dans le catalogue de l’exposition. Une réjouissante redécouverte.

Par Laure Etienne

Laure Etienne est une journaliste basée à Paris, ancienne membre de la rédaction de Polka et ARTE.

 

« La Vallée de l’Oise en couleurs. Antonin Personnaz, autochromes 1907-1914 », exposition au musée Pissarro à Pontoise jusqu’au 17 octobre 2021.

Antonin Personnaz. Autochromes 1907-1914, catalogue de l’exposition, édition Selena, textes en français, 22€. 

Paysanne se reposant dans un chemin en sous-bois. 1907-1914 © Antonin Personnaz / Société française de photographie, Paris
Auvers-sur-Oise. Les Moissons. La Charrette chargée. 1907-1914 © Antonin Personnaz / Société française de photographie, Paris

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