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Comment la culture noire a transformé le style vestimentaire américain

Comment la culture noire a transformé le style vestimentaire américain

Un nouveau livre rend compte de la façon dont l’Amérique noire a révolutionné la mode au plus fort du mouvement des droits civiques.
Charles ‘Teenie’ Harris/Carnegie Museum of Art/Getty Images

« Il faut avoir du style dans tout ce que l’on fait – écriture, musique, peinture, mode, boxe, tout », écrivait la légende du jazz Miles Davis dans son autobiographie. Le style n’est-il pas essentiellement l’expression authentique de soi? Dans un monde où les modes et les tendances vont et viennent, le style distingue ainsi l’individu de la masse, révélant les talents et les personnalités.

Au cours des 150 dernières années, l’Amérique noire a révolutionné de nombreuses formes d’art, et influencé la culture populaire avec panache. Plus qu’une simple parure, la mode est un véhicule de liberté. Avant l’émancipation des années 1960, elle était utilisée pour la signifier ; ensuite, elle est devenue un moyen de transcender la réalité. Les afro-américains travaillent alors souvent comme ouvriers ou employés de maison, et sont obligés de porter des uniformes qui effaçent leur individualité. Ce n’est que le dimanche, lorsqu’ils s’habillent pour aller à l’église, qu’ils peuvent s’exprimer.

Reel Art Press
Bill Ray/The LIFE Picture Collection/Shutterstock

Ce désir a inspiré la vie de personnalités telles que Malcolm X, Martin Luther King Jr, James Baldwin, Miles Davis, John Coltrane ou Arthur Ashe. Ces hommes n’étaient pas seulement des génies aussi talentueux que puissants, ils étaient aussi des icônes qui avaient un style bien à eux, contestant le style BCBG de l’Ivy League (élite étudiante américaine) et créant un nouveau genre, beaucoup plus cool. Dans le nouveau livre Black Ivy : The Birth of Cool (Reel Art Press), les auteurs Jason Julies et Graham Marsh retracent la transformation du look classique américain – chemise boutonnée en tissu Oxford, mocassin cousu main, veste à trois boutons et éternelle cravate à rayures – par les jazzmen, artistes, écrivains et leaders noirs qui l’ont réinterprété à leur façon au plus fort du mouvement des droits civiques.

C’est cool comme ça

« C’est une histoire de style inédite. Une révolte du style », écrit l’auteur Jason Jules. « C’est l’histoire d’une génération de personnes défiant le statu quo, réclamant l’égalité raciale et les droits civiques. C’est le récit de l’une des périodes les plus volatiles et incendiaires de l’histoire américaine, mais c’est aussi une histoire de dignité et de lutte pour l’autodétermination. Pour la première fois, nous enquêtons sur le rôle majeur qu’a joué ce style de vêtements durant cette période de bouleversements et de changements sociaux, et sur ce que ces vêtements disaient des hommes qui les portaient. »

© Burt Glinn/Magnum Photos
Reel Art Press

Black Ivy ressence la mode masculine des Noirs américains à travers les images de photographes comme Eve Arnold, Dennis Stock, Danny Lyon, Charles « Teenie » Harris, Burt Glinn, Arnold Newman, Kwame Brathwaite, Neil Leifer, Bruce Davidson et Richard Avedon, pour ne citer que quelques-uns des artistes présents dans le livre. Organisé en chapitres consacrés à la littérature, aux arts, à la musique, au cinéma, à l’école, à la politique, aux mouvements protestataires, au sport et à la publicité, l’ouvrage explore le rôle joué par la photographie dans la fabrication de l’image du « noir cool » durant l’âge d’or des magazines.

« Un vieil adage : la question n’est pas ce que vous portez, mais comment vous le portez, n’est jamais aussi vrai que dans le cas du style Black Ivy », écrit Jules. En s’appropriant, en remixant et en réimaginant la mode conçue pour la classe dirigeante, la culture noire américaine a transformé des symboles indigents du statut social en vêtements révolutionnaires.

Don Hunstein / Columbia Records
© Art Kane

« Nous devions être vus parce que nous devions être entendus », déclare Tommie Smith, médaillé d’or olympique, qui s’est tenu aux côtés de son camarade John Carlos, les poings gantés de cuir noir levés lors de la cérémonie de remise des médailles du 200 mètres aux Jeux olympiques de Mexico en 1968. Un demi-siècle plus tard, ce geste simple a toujours autant d’impact, soulignant le pouvoir inhérent qui se trouve à l’intersection de la politique, du style et de la photographie.

Par Miss Rosen

Miss Rosen est journaliste. Basée à New York, elle écrit à propos de l’art, la photographie et la culture. Son travail a été publié dans des livres et des magazines, notamment TimeVogueArtsyApertureDazed et Vice.

Black Ivy : The Birth of Cool est publié par Reel Art Press, $49,95.

Ed Widdis/AP/Shutterstock

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