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Énergie, intensité et sensibilité : L’univers de George Tice

À 84 ans, George Tice revisite l’œuvre d’une vie dans un opus de six décennies présenté en première mondiale au Photography Show de New York.
George Tice
Enfants Amish jouant dans la neige, Lancaster, Pennsylvanie, 1969 © George Tice

Le photographe américain George Tice a grandi parmi les Travelers, peuple nomade qui raconte son histoire en chanson. Sa mère, Margaret Robinson, a des origines irlandaises, écossaises et galloises. Mariée puis divorcée, elle a veillé à ce que le jeune Tice rende régulièrement visite à son père, William Tice. 

Ce dernier a conservé méticuleusement les albums de photos de famille, collant, encadrant et légendant les clichés en noir et blanc de proches, de voitures et du foyer pour raconter une histoire en images. « Chaque fois que je lui rendais visite, je demandais à voir les albums puis je m’installais sur le canapé et parcourais chaque page », écrit Tice dans la postface de son 25e ouvrage, George Tice : Lifework, Photographs 1953-2013 (Vertias Editions).

George Tice
Embarcadère de ferry, Jersey City, New Jersey, 1979 © George Tice
George Tice
Le restaurant de Steve, Route #130, North Brunswick, New Jersey, 1974 © George Tice

Après cette première rencontre intime avec la photographie, George Tice, piqué au vif, découvre un moyen bien réel d’ancrer les gens en un lieu. Bien que son père ait remonté l’arbre généalogique familial jusqu’à des immigrants allemands arrivés à la fin du XIXe siècle, Tice apprendra plus tard que ses ancêtres américains remontent à 1663, lorsque les premiers Tice ont quitté Liège, en Belgique, et se sont embarqués pour la Nouvelle-Amsterdam. Après s’être installée à New Utrecht (aujourd’hui Brooklyn), la génération suivante a obtenu 750 acres de terres dans le comté voisin de Monmouth, dans le New Jersey, non loin de l’endroit où il vit et travaille aujourd’hui. 

Descendant d’agriculteurs et de bateliers, Tice étudie les personnes, la nature et les lieux. Aujourd’hui âgé de 84 ans, il revient sur une vie passée derrière l’objectif avec la publication de son magnum opus, dont le lancement officiel aura lieu les 20 et 21 mai sur les stands des galeries Joseph Bellows, Scott Nichols et Nailya Alexander pendant le Photography Show. L’ouvrage rassemble plus de 300 images en noir et blanc, presque toutes réalisées avec un appareil grand format et la qualité du procédé en chambre noire pour lequel il est connu. 

La poursuite du bonheur

George Tice
Pique-nique sur la montagne Garret, Paterson, New Jersey, 1968 © George Tice

Au cours de l’été 1953, George Tice, alors âgé de 14 ans, s’offre un véritable appareil photo 35 mm et un kit de développement. Pour transformer la caravane familiale en chambre noire, il suspend des couvertures sur les fenêtres. En été, le minuscule espace est une véritable fournaise dont il se dégage des odeurs de produits chimiques, qui ne sont pas du goût de son beau-père. La tension monte, et Tice commence à faire des bêtises. 

« Un jour, le directeur m’a dit : “George, qu’est-ce que tu aimerais vraiment faire ?” écrit Tice. J’ai répondu : “J’aime la photographie, j’aimerais être un grand photographe.” Il ne s’attendait pas à une réponse aussi audacieuse de la part d’un petit nomade mauvais élève et qui filait un mauvais coton. »

George Tice
Île du Mont-Désert, Maine, 1970 © George Tice
George Tice
Chêne, Holmdel, New Jersey, 1970 © George Tice

Le directeur de l’école indique à George Tice un club photo local ; l’adolescent trouve sa voie. À partir de ce moment, Tice va utiliser l’appareil pour parcourir le monde, maîtrisant à la fois l’art de la photographie et celui perdu du tirage au platine. S’établissant comme photographe à une époque où la photographie commence tout juste à tracer sa voix dans le monde de l’art, il se fait simultanément artiste et auteur, et raconte des histoires révélatrices de la société américaine. 

« À l’instar de D.H. Lawrence et de George Orwell, M. Tice a vécu dans les paysages qu’il dépeint, ce qui explique probablement pourquoi il est si juste », écrivait Vivien Raynor dans le New York Times en 1980. « Là où d’autres photographes auraient pu s’emparer du magasin de vêtements pour hommes de Trenton ou de la station Esso de Hoboken comme symboles de la banalité, il les aborde lui sur un pied d’égalité. Il n’y a ni satire ni sentimentalisme dans son art, seulement une reconnaissance et, peut-être, une prise de conscience de l’affreuse solitude qui accompagne la poursuite du bonheur. »

Romantique urbain

George Tice
Le salon de coiffure de Joe, Paterson, New Jersey, 1970 © George Tice

À l’automne 1968, George Tice fait la connaissance de Lee Witkin, qui vient d’ouvrir une galerie de photographie dans l’East 60th Street alors qu’il n’en existe qu’une seule dans tout New York. À une époque où le Museum of Modern Art est le seul grand musée à présenter régulièrement des photographies, Witkin joue un rôle essentiel auprès du monde artistique, plutôt excluant. Aux côtés de Scott Hyde, George Krause, Duane Michaels et Burk Uzzle, Tice fait partie de la première exposition de la galerie, « Spectrum 1 : Five Contemporary Photographers », en 1969, et sa photographie Tree #15 figure sur le fronton de la galerie, devenant ainsi un symbole pendant ses trois décennies d’existence. 

L’année suivante, Tice publie son premier livre, Fields of Peace : A Pennsylvania German Album, pratique qui a fini par définir son approche de la photographie. Qu’il s’agisse d’immortaliser sa famille bien avant que les histoires personnelles ne soient légion ou de faire des images d’architecture et de rue grand format qui ont jeté les bases du mouvement New Topographics des années 1970, Tice fait la chronique intime de l’Amérique des dernières décennies du millénaire. 

George Tice
Depuis le Chrysler Building, New York, 1978 © George Tice
George Tice
Voiture à vendre, Paterson, New Jersey, 1969 © George Tice

« Ses histoires sont des poèmes visuels et les voyages et les observations de Tice soulèvent invariablement des questions qui le mènent dans des bibliothèques et des archives, ainsi qu’à converser avec les habitants de passage qui s’arrêtent un instant, curieux de l’appareil photo en bois et de son linceul noir, telles des reliques du XIXe siècle », écrit Michael Miller en introduction. « Je n’ai jamais rencontré une réincarnation plus fidèle d’Hérodote que George Tice. »  

George Tice : Lifework, Photographs 1953-2013 (Veritas Editions), 135 $.

Séance de dédicaces :

AIPAD : The Photography Show

Vendredi 20 mai, de 14 à 16 heures et samedi 21 mai même heure au Center 415, 415 Fifth Avenue, Ground & 2nd Floor New York, NY.

ICP : Photobook Fest

Samedi 20 mai, de11h00 à Midi

79 Essex St, New York, NY

Galerie 270

Jeudi 2 juin, de19h à 21h

270 Westwood Ave., Westwood, NJ

George Tice
Jetée de la rivière Hudson, Jersey City, New Jersey, 1979 © George Tice

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