Blind Magazine : photography at first sight
Photography at first sight
Halloween à New York, ambiance post-pandémie

Halloween à New York, ambiance post-pandémie

Une journaliste et un photographe se sont aventurés dans les rues de New York tandis que ses habitants fêtaient dimanche dernier Halloween avec costumes, fêtes et défilés, après que les célébrations de l’année dernière aient été annulées pour cause de pandémie.
Des New-Yorkais regardent la parade d’Halloween depuis un toit © Ismail Ferdous I Agence VU’ pour Blind

Cette année, en cette fin octobre à New York, le week-end d’Halloween débute sous une pluie battante. Mercredi, j’ai vu le ciel devenir noir et vers 21 heures, la pluie a pris ses quartiers sur les trottoirs. Mais – Halloween oblige – cela ne semble pas gêner les velléités des fêtards. Après tout, il s’agit d’oublier la triste expérience virtuelle pour cause de confinement de l’année dernière, et la ville de New York est fin prête à célébrer cette fête comme elle le mérite.

Le déguisement d’Ismail est censé être une surprise. Il ne m’a donné que de vagues indications à ce sujet, la semaine précédente : il est question d’un cigare, d’un chapeau et d’une barbe. J’ai tenté sans succès « Popeye », « Ernest Hemingway » et « Wolverine » ; il m’a alors donné le tout dernier indice : un emoji olive, ce qui m’a laissé dix fois plus perplexe qu’auparavant. J’ai mis la couronne et enfilé la robe rouge de la Reine de Cœur et j’ai pris un taxi sous l’orage pour me rendre à Brooklyn dans un bâtiment industriel sur Greenpoint Avenue. C’est là que notre aventure d’Halloween va commencer.

Bendo, Camille, Cathleen et Vinciane attendent de voir la parade d’Halloween depuis le toit de Vinciane sur la 6ave à Manhattan © Ismail Ferdous I Agence VU’ pour Blind
Les gens regardent la parade sur la 6e Avenue à Manhattan © Ismail Ferdous I Agence VU’ pour Blind
Rue de New York © Ismail Ferdous I Agence VU’ pour Blind

Je suis alors accueillie par Ismail déguisé en Che Guevara mort, la moitié du visage maquillé d’un crâne et de fleurs magnifiques qui, lentement au cours de la nuit, vont fondre. Nous gagnons le deuxième étage et un immense atelier, et j’ai l’impression d’avoir été téléportée dans un autre univers.

Des toiles d’araignée en coton pendent des plafonds, parsemées d’arachnides en plastique qu’Ismail agite pour effrayer ses amis. Un éclairage d’ambiance rose et violet inonde la pièce d’une lueur céleste. Sur la piste de danse, se côtoient des costumes imaginés de longue date et ceux bricolés à la dernière minute. Parmi les plus remarquables, citons les spaghettis aux boulettes de viande, le Petit Chaperon rouge et un trio composé de l’homme de fer blanc, de l’épouvantail et de Toto du Magicien d’Oz (Toto, authentique chien, a volé la vedette). Quatre joyeux drilles ont décidé de rendre hommage à la France, en shorts dorés et débardeurs de soie bleus, ils singent Claude François et ses Claudettes. « Ce soir, personne ne va nous reconnaître », précise l’un d’eux, « mais cela ne nous empêchera pas de danser et de nous amuser ».

Un DJ lors d’une fête à Greenpoint, Brooklyn © Ismail Ferdous I Agence VU’ pour Blind

Près de la cabine du DJ et à intervalles réguliers, une machine à fumée envoie d’épais panaches. Ben, l’un des DJ, me précise entre deux sets qu’« à cause de la pandémie, cette soirée ressemble à une libération ».

Et il a raison. Les convives dansent, font salon et discutent jusqu’au bout de la nuit. À un moment donné, un homme aux cheveux longs déguisé en bélier se dandine devant moi. Lorsque je me décide enfin à mettre les voiles, les couloirs sont aveuglants, les murs trop blancs et aucune sortie n’est clairement indiquée. Alors que nous nous précipitions sous une pluie battante pour attraper un taxi, rentrer chez nous et nous préparer aux festivités du week-end à venir, l’impression d’avoir échappé de justesse à une scène de Shining nous étreint.

David sur son costume d’Halloween © Ismail Ferdous I Agence VU’ pour Blind

Le 31 octobre, je retrouve Ismail à Washington Square Park, où Halloween bat son plein. Les gens se promènent costumés. À côté de moi, un individu est équipé d’un système complexe qui fait couler du faux sang sur son masque en appuyant sur un bouton. Près de la fontaine, une femme avec une boite de tubes de gouache propose un grimage du visage de dernière minute. Des tueurs munis de haches, des princesses Disney et des nonnes se partagent l’espace.

Ismail est encore en Che Guevara, mais cette fois, exit la peinture sur le visage. Il mâche le même cigare éteint que vendredi soir mais le bout ressemble désormais à une ficelle effilochée, ce qui ne fait qu’ajouter à l’esthétique de son accoutrement.

Alma, en 20 ans de vie à New York après avoir immigré de Porto Rico, c’était seulement la deuxième fois qu’elle venait à la parade. qu’elle venait à la parade. Mais cette fois-ci, après la grisaille de la pandémie, elle « ne voulait pas la manquer ». © Ismail Ferdous I Agence VU’ pour Blind
Un inconnu rencontré lors de la soirée d’Halloween à New York © Ismail Ferdous I Agence VU’ pour Blind
Un homme promène son chien avec un costume d’araignée sur la 6e avenue à Manhattan © Ismail Ferdous I Agence VU’ pour Blind

À New York, où l’excentricité est cousue du fil blanc de la vie quotidienne, nous pouvons nous targuer de costumes particulièrement étranges. Le gagnant : un type qui marche avec un harnais censé être attaché à un chien invisible. Une fille déguisée s’arrête sur son passage et se baisse pour le caresser, le flattant d’un « gentil toutou ». Ismail et moi échangeons un regard dubitatif, avant de poursuivre notre chemin.

Alors que nous dînons avant la Parade Halloween de NYC Village, soit l’apogée du week-end, Ismail repère un homme aux cheveux blancs : « C’est Anderson Cooper ! ». J’en déduis qu’il s’agit d’un fêtard en costume d’Anderson Cooper et lance : « La ressemblance est impressionnante ». Bingo : c’est le seul et unique Anderson Cooper qui rentre chez lui dans le West Village pour fêter Halloween en famille.

Deux flics ou déguisés en flics, qui sait, à New York © Ismail Ferdous I Agence VU’ pour Blind

La ligne floue entre déguisement et authentique accoutrement ne se limite pas à Anderson Cooper. Tandis que nous marchons, nous tentons d’identifier les vrais des faux flics. Une tâche quasi impossible. Au croisement de MacDougal et de West 3rd St, un groupe de policiers (vraisemblablement authentiques) discute avec animation de la meilleure façon de placer des barricades entre les spectateurs et la masse de participants à la parade aux costumes extravagants qui, dans quelques heures, inonderont de bonbons les badauds.

Descendant la 6e Avenue, nous remarquons un arc-en-ciel. Heureuse coïncidence, il est assorti à la perruque de clown d’une femme assise sur un banc. Emigrée de Porto Rico, Alma nous dit qu’elle vit à New York depuis vingt ans mais que c’est seulement la deuxième fois qu’elle assiste au défilé. Après la grisaille de la pandémie, elle « ne voulait pas la manquer ». Deux heures à l’avance, les gens ont fait la queue pour se presser contre les barrières et ne rien rater de la parade post-COVID.

New York se prépare pour la parade d’Halloween © Ismail Ferdous I Agence VU’ pour Blind
La parade d’Halloween à Manhattan © Ismail Ferdous I Agence VU’ pour Blind

Puis, nous gagnons une fête sur un toit-terrasse au coucher du soleil. L’endroit idéal pour profiter du défilé, juste au-dessus de la 6e Avenue et du cortège qui se déplace du sud au nord. Au loin, l’Empire State Building darde des rayons orange et vert, tels de sombres nuages menaçants au sud. L’atmosphère demeure claire, et le ciel se pare de rose saumon.

La fête regorge de vins, fromages, pain et fruits. Le bélier dansant d’il y a deux nuits est là avec son ami, et il ressemble à un buisson hirsute et terrifiant surmonté d’un crâne de cerf. Le déguisé en buisson, David, m’explique qu’il bossait pour une entreprise qui fabrique des installations lumineuses pour les boîtes de strip-tease de Las Vegas, mais qu’il est finalement revenu à New York pour œuvrer dans les livres pour enfants. Mentalement, je note l’incroyable juxtaposition de ses carrières. Son costume est inspiré d’un personnage de livre pour enfants, précise-t-il, tout en posant pour la photo d’Ismail avec le bélier dansant.

Un homme déguisé en joker dans la rue à New York © Ismail Ferdous I Agence VU’ pour Blind
Un chien dans une rue de New York © Ismail Ferdous I Agence VU’ pour Blind
Un homme est assis sur un parcmètre, dans une rue de New York © Ismail Ferdous I Agence VU’ pour Blind

Le soleil se couche et le tintement des cloches vers 19 heures annoncent le début de la parade. La nuit reprenant ses droits, des New-Yorkais déguisés en dragons, fantômes et autres cartes à jouer font leur apparition dans la rue, en contrebas. Un homme accoutré en coronavirus provoque dans la foule des « Run ! Run ! Run ! ». Une minute après le passage d’un groupe de mariachis, deux individus vêtus du même costume, apparemment en retard, accourent pour rejoindre le défilé.

Avec Ismail, nous avons passé le reste de la soirée à photographier des personnages aux costumes criards qui déambulaient dans les rues de West Village. En nous frayant un chemin à travers cette foule compacte de sorcières et citrouilles, un an après cet ersatz peu folichon d’« Halloween perdu », il nous apparait clairement que la menace omniprésente du COVID-19 n’empêchera pas la Grosse Pomme de célébrer la nuit la plus hantée de l’année de la plus new-yorkaise des manières.

Spectateurs dans les rues de New York assistant à la parade d’Halloween © Ismail Ferdous I Agence VU’ pour Blind
Spectateurs dans les rues de New York assistant à la parade d’Halloween © Ismail Ferdous I Agence VU’ pour Blind

Par Trisha Mukherjee et Ismail Ferdous

Trisha Mukherjee est une journaliste spécialiste des droits de l’homme. Ismail Ferdous est un photographe et vidéaste bangladais, membre de l’Agence VU’.

Plus d’informations sur Ismail Ferdous et Trisha Mukherjee.

Ne manquez pas les dernières actualités photographiques, inscrivez-vous à la newsletter Blind.