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La photographie à tout prix

Tous les ans, la Bibliothèque Nationale de France soutient différents prix de la photographie française. Depuis 3 ans, ce soutien donne lieu à une exposition des lauréats de l’année passée dans une mise en avant de « l’effervescence créative d’aujourd’hui ».

Prix Niépce, prix Nadar, Bourse du Talent, Prix du tirage du Collège international de photographie et, depuis cette année, prix Camera Clara : la Bibliothèque Nationale de France (BNF) a su diversifier son soutien aux grands prix photographiques. Chaque lauréat de ses différents prix, pour la 3ème année consécutive, est ainsi exposé lors de l’exposition « La photographie à tout prix, Une année de prix photographiques à la BnF ».

Observateurs du monde contemporain 

Le prix Nadar, organisé par l’association Les Gens d’Images, au même titre que le prix Niépce, a récompensé Nous l’horizon resterons seul de Jean-François Spricigo publié aux Éditions Le Bec en l’air. Depuis 20 ans, l’artiste élabore un langage artistique mêlant différentes écritures photographiques, nourries par un dialogue entre l’écriture, le son, la vidéo et la mise en scène.

« Humblement, j’observe la nature et la reconnais comme seule norme tangible face aux mutations de nos sociétés », explique Jean-François Spricigo qui aime « inconditionnellement la nature et les animaux ». Il n’existe pour lui aucune hiérarchie dans le respect : peu importe la forme que la Vie a choisi de prendre, l’important est la Vie dans la forme. « Ainsi pouvons-nous tous nous reconnaître intensément vivants », souligne le photographe, se décrivant lui-même comme un « humain souvent rigolo, à tendance enthousiaste, prompt à l’émerveillement et passablement impatient ».

Tiré de l’ouvrage Nous l’horizon / resterons seul © Jean-François Spricigo

Dans la même veine, la photographe Juliette Agnel, lauréate du prix Niépce 2023, artiste, unique dans le paysage de la photographie française, s’est mise en quête de la « compréhension du monde » via une approche « philosophique globale ». Du ciel à la Terre, Juliette Agnel s’inspire du rapport au cosmos et des forces telluriques. « Elle photographie ce qui est invisible », selon la galériste Clémentine de la Féronnière et « tente de transmettre ce qui est de l’ordre du ressenti et de l’intériorité ».

« L’art qui me touche tient à cette relation du réel à l’invisible, à ces forces qui nous entourent, mais que nous ne voyons pas. C’est une autorisation de croire à un absolu. Au Groenland, au Soudan, dans le pays Dogon ou dans le Finistère, c’est la même quête que je poursuis inlassablement : saisir ce qui nous unit en profondeur, en rappelant que le corps de l’homme est un fragment signifiant du cosmos », explique Juliette Agnel, sur son site.

Geode de Pulpi, 2021 © Juliette Agnel
La main de l’enfant #23, 2023 © Juliette Agnel

Créée en 1997, la Bourse du Talent révèle cette année trois photographes, eux aussi témoins du monde : Daesung Lee, Florian Ruiz et Kamila K Stanley. Originaire de Busan, en Corée du Sud et basé à Paris, Daesung Lee est présenté comme un photographe humaniste, un témoin des périls et un observateur engagé. Entre poésie et recherche de sens, l’artiste éveille les consciences par le beau.

Photographe français, Florian Ruiz à fait de son côté le voyage inverse et vit actuellement au Japon. Son travail photographique passe par l’expression d’une atmosphère, d’un sentiment ou d’une impression de désolation. À grand renfort de collage, de superposition et de d’assemblage, l’artiste cherche à rendre visible l’invisible. La photographe anglo-polonaise basée à Paris Kamila K Stanley travaille elle aussi sur des questions sociétales : elle documente la communauté LGBTQI+ du Brésil sous le mandat homophobe du président Jair Bolsonaro et questionne l’identité européenne au lendemain du Brexit. À travers son travail, elle cherche à « élever le regard ».

Les racines de l’homophobie et l’intolérance au Brésil sont profondes. Société bâtie sur l’esclavage, depuis deux siècles les institutions ont martelé le culte de l’homme colonisateur: blanc, chrétien, patriarcal. Dans ce système hégémonique, aimer en dehors du modèle occidental cis-hétéronormatif est souvent un acte de résistance. Nous avons étendu cette faixa à la Praça XV: historique place où arrivaient les embarcations d’esclaves de la traite transatlantique, à Rio de Janeiro; la plus grande ville esclavagiste des Amériques. © Kamila K. Stanley
© Florian Ruiz

Basée à Londres, Laura Pannack est la lauréate du prix Camera Clara 2023. Créé en 2012 par Joséphine de Bodinat Moreno, ce prix récompense les artistes travaillant à la chambre photographique, loin du brouhaha des images numériques contemporaines. La lenteur y est vue comme une vertu. Le prix récompense « un travail d’auteur, inédit et présenté en série ou ensemble photographique afin qu’il puisse être jugé sur sa cohérence, tant sur la forme que sur son contenu ».

« La remarquable capacité de Laura à établir une relation de confiance et de respect avec son sujet lui permet d’exprimer une vulnérabilité crue qui est aussi sincère qu’elle est difficile à capturer », déclarait  le photographe Terry O’Neill. Le travail de Laura Pannack met en lumière la relation complexe entre la photographe et son sujet. Cela passe par une compréhension complète de la vie de ces derniers, par le fait « d’écouter ».

L’aveugle guidant l’aveugle © Laura Pannack
Le chemin a été long et encore plus long
© Laura Pannack
S’il n’avait pas été là, je t’aurais mangé
© Laura Pannack

L’exposition La photographie à tout prix. Une année de prix photographiques à la BnF à lieu à la Bibliothèque nationale de France jusqu’au 24 mars 2024 à l’allée Julien Cain, Quai François Mauriac, dans le 13e Arr. de Paris.

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