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L’afropéanité : identités plurielles

Pour son numéro 12, la revue de photographie bilingue français/anglais The Eyes a invité l’auteur Johny Pitts à être le curateur d’une édition consacrée à l’afropéanité.
Marvin Bonheur
Sans relâche, 2020, Marvin Bonheur
Johny Pitts
p h o t o m e m o r i e s, Gillingham, 2021, Johny Pitts

On accorde la paternité du terme « afropéen » à David Byrne et Marie Daulne du groupe Zap Mama en 1991. Depuis, de nombreux et nombreuses femmes et hommes s’en revendiquent dont des artistes, des photographes et des écrivains. Johny Pitts en fait partie. Né d’une mère européenne et d’un père afro-américain, il dirige la revue en ligne afropean.com. Il est aussi l’auteur de l’ouvrage Afropean : Notes from Black Europe, un essai sur l’identité afro-européenne où il a suivi les traces des Européens d’origine africaine à travers le continent : Paris, Bruxelles, Amsterdam, Berlin, Stockholm, Moscou, Marseille, Lisbonne… livre qui a déjà été traduit en français, en allemand, en italien et en espagnol.

La revue de photographie indépendante et bilingue français/anglais The Eyes fondée en 2013 consacre une édition sur l’afropéanité. À chaque numéro, The Eyes propose une carte blanche à une personnalité experte du thème choisi. Cette fois-ci, Johny Pitts s’y colle. « L’afropéen écrit-il dans son introduction me semblait quelque chose dans lequel je pouvais m’ancrer, mais pas d’une manière monolithique – il fallait permettre à ce terme de se modifier et d’évoluer en fonctionnant comme l’antithèse du propos nationaliste, de son absolutisme ethnique et de sa rhétorique du sang et du sol. Cela devait être une zone de fusion et de flou. »

Cédrine Scheidig
Terry, 2020 copie, Cédrine Scheidig

C’est bien de cela qu’il s’agit dans cette nouvelle édition, d’une zone de fusion et de flou, d’identités plurielles, de visions diverses d’une afropéanité en perpétuelle évolution et remise en question. À travers des photographies historiques et contemporaines singulières (Zineb Sedira, Marvin Bonheur, Bruno Boudjelal, Silvia Rossi, Délio Jasse…), des livres fondateurs, des revues pionnières, des textes inédits et de nombreuses références musicales, Johny Pitts poursuit son travail sur l’identité afropéenne en explorant cette fois-ci majoritairement le monde de la photographie. 

« Pour ce numéro de The Eyes, je voulais commencer par les photographes noir.e.s en Europe sans pour autant les isoler (…) je propose ici leurs travaux de la même manière que je propose les miens sur l’afropéanisme : comme un espace de fusion et de possibilités. » The Eyes pose ici une réflexion juste et nécessaire en ces temps où l’Europe se replie sur elle-même et des regains nationalistes d’un ancien temps pointent leurs nez de nouveau. Là où certains essaient de figer des identités dans des blocs monolithiques, Johny Pitts, The Eyes et les différents contributeurs qui participent à ce numéro viennent ouvrir de nouveaux horizons.

Par Sabyl Ghoussoub

Né à Paris en 1988 dans une famille libanaise, Sabyl Ghoussoub est un écrivain, chroniqueur et commissaire d’exposition. Son deuxième roman Beyrouth entre parenthèses est sorti aux éditions de l’Antilope en août 2020.

THE EYES #12  « B-SIDE : PHOTOGRAPHIE . AFROPEA . FUSION », 240 pages, 25 €.

Johny Pitts
Une autre sorte de vie, Barbican, 2018, Johny Pitts
Eddie Otchere
Blackstar, New York, 1998 copie, Eddie Otchere
Rémy Bourdeau
Artists, Boiler Room Peckham Festival,2019, Rémy Bourdeau
Yala Rodrigues
Playing with Visual Fragments, 2021, Sofia Yala Rodrigues

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